‹ L'AlgérieChapitre 52 sur 104 · DUNES · texte numérisé non relu

DUNES

lieu à un autre et que des caravanes pouvaient être englouties dans ces rafales de sable. C'est là une erreur, contre laquelle s'est élevé avec raison M. Pomcl (1).

Que le sable, poussé par un sirocco sec et brûlant, gcne considérablement la marche des caravanes et rende la respiration difficile, rien n'est plus certain, mais, le calme rétabli, on en est quitte pour une légère couche de sable et de poussière à secouer de ses vêtements, et les plus fortes tempêtes produisent assez peu de changement sur les dunes pour que leurs sommets, leurs cols, leurs vallées, etc., aient des noms que les Sahariens se transmettent de père en fils. En réahté, les dunes ne changent guère de place et ne se modifient que bien lentement, avançant ou reculant suivant le sens du vent.

Sur ces surfaces de sable pur, parfaitement uni, le moindre insecte laisse une trace d'une netteté remarquable.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire àpriori, en dehors des oasis, les dunes sont les contrées les plus plantureuses du désert. Aussi, loin de les fuir, les caravanes orientent toujours leur route vers elles, sûres d'y trouver de l'eau et de l'herbe pour les chameaux, ce que l'on chercherait vainement dans le Reg comme dans la Hamada. Sans doute, avec un mauvais guide on risque de s'y perdre, mais sans elles il serait bien difficile de traverser le désert. Ces masses de sable constituent de gigantesques éponges où s'emmagasine la moindre averse, bien vite descendue à un niveau assez bas pour être

(1) Pomel, Sahara, p. 19.

à l'abri de l'évaporation, et la capillarité maintient longtemps celte eau dans la profondeur, ne la laissant écouler que lentement. Si la dune se trouve sur un bas-fond, les eaux sous-jacentes, protégées contre l'évaporation, peuvent môme y monter par capillarité.

Sources. — Presque toujours, près des dunes, on trouve des sources. Au désert, partout où il y a de l'humidité, il y a de la végétation et, bien que le sable soit peu fertile par lui-même, comme les plantes peuvent en peu de temps y produire des racines extrêmement longues, capables d'aller chercher à des distances énormes l'humidité et la nourriture, une abondante végétation s'établit presque toujours vers la base de la dune. Le Drinn est le principal facteur de cette végétation, mais avec lui se trouvent une foule de plantes : Genista Saharœ^ Calligonum comosum, Rumex tingitanuSy Liyiaria agglutinans^ Euphorbia Guyoniana^ Scropkularia Saharœ^ Convolvulus supinus, Eremobium linea?'e, etc.

Ce n'est pas seulement près des dunes que Ton trouve de l'eau au Sahara. Il ne peut guère en subsister à ciel ouvert, mais des nappes souterraines, parfois d'une puissance extraordinaire, circulent çà et là, le plus souvent sous le Ut des anciens fleuves. Lorsqu'un pli de terrain imperméable, brusquement redressé, les arrête, elles viennent sourdre à la surface et former les oasis naturelles. Près de Laghouat, le sol est imperméable et chaque dépression forme une Daya pleine d'eau l'hiver. Dans ces Dayas poussent debeauxBetoum [Phtacia atlantica), le Zizyphus Lotus, des Salsolacées, des plantes

SOURCES

annuelles, etc. On peut môme quelquefois y cultiver de rOrge. Ailleurs on voit çà et là des ravins nourrissant quelque végétation, indice d'une certaine humidité que les plantes sahariennes savent aller chercher à d'énormes profondeurs (fig. 13).

D'où peuvent provenir ces eaux? probablement des montagnes. Les montagnes quibordentle Sahara, surtout dans le Sud oranais, sont admirablement disposées pour absorber l'eau avec leurs couches parallèles réguUèrement incUnées. Sur le Mzi, vers 2000 mètres, nous avons vu, au miheu de juin, un magnifique ruisseau avec des cascades. Or, c'est à peine si, à la base de la montagne, il existe quelques puits. L'eau de ce ruisseau doit aller ressortir quelque part, au Figuig probablement. Il semble évident que les eaux des Zibans proviennent de l'Aurès. Les montagnes sahariennes peuvent aussi ahmenter des cours d'eaux souterrains; enfin l'eau qui tombe à la surface du Sahara peut atteindre les couches profondes du sol. Il est rare de trouver de l'eau dans la Hamada. Le Mzab est extrêmement pauvre en eau; peut-être cependant renferme-t-il à une grande profondeur des réserves aquifères. Yille a entendu, à travers une fente du calcaire, d'où sortait un vent assez fort pour éteindre une bougie, gronder un Oued souterrain (i).

Flore saharienne. — La flore saharienne est naturellement pauvre. La sécheresse en exclut la plupart des plantes ; les froids assez considérables de l'hiver n'y laissent guère pénétrer les espèces soudaniennes. Elle est remarquablement homogène. Les

(1) Oa a, depuis que ceci était écrit, créé un véritable lac à El Goléa,

FLORE SAHARIENNE. lo9

plantes qui ont pu résister à de telles conditions climatériques doivent être peu difficiles sur le choix des stations. On y distingue surtout les plantes des sables et celles des terrains durs.

Lorsque le Sahara avait un régime aquifère plus riche, à l'époque où coulaient ses fleuves et où se déposaient ses grandes alluvions, il dut nourrir une flore bien plus riche, dont on trouvera peut-être des restes dans les montagnes, lorsque celles-ci seront connues. Mais même alors il devait exister déjà sur cette immense surface des contrées désertiques. Il serait difficile de s'expliquer autrement l'existence de la flore saharienne, qui n'a évidemment pu prendre naissance qu'à une époque fort reculée. Il est même possible que les espèces qui habitaient alors les contrées riches en eau fussent les mêmes que nous trouvons aujourd'hui sur les Hauts-Plateaux, le Tell et même en Espagne, et qui ont émigré peu à peu en suivant les changements du cUmat. On assure que l'on trouve dans le Ahaggar la vigne, le laurier-rose, le figuier et le Thwja^ ou plutôt le Juniperus phenicea (\). A défaut des montagnes sahariennes, nous avons exploré le Mzi et l'Aissa dans la région d'Ain Sefra. Le Mzi est surtout caractéristique. Jusque vers 1800 mètres, on trouve des peuplements d'Alfa et une flore subdésertique. Là, à l'alfa succède VAvena fiUfoHa^ espèce d'Espagne, puis apparaît le Chêne vert, le Genévrier oxycèdre. Ensuite viennent des prairies, des sources, des ruisseaux et une flore très riche formée d'espèces communes en Europe : Bosa Pouzini^Geranium rolundi-

(1) Ces deux arbres portent en effet le même nom arabe ; Arrar, et le dernier est bien pitjs méridional.

foliiim, Lithospennum incrassatum , Belosciadium nodiflorum^ No^ium Oleander, etc. ; toute une colonie de plantes qui n'étaient alors connues qu'en Espagne, d'autres de l'Aurès, du Djebel Amour et du Maroc, d'autres enfin spéciales. Un beau Silène nouveau était voisin d'un Silène de Perse. Cette flore curieuse forme une véritable île isolée, sur ce sommet de montagne, au milieu d'une mer de plantes désertiques et subdésertiques. Les montagnes voisines présentent des pliéiiomènes analogues.

II est probable que, lors du changement de climat du Sahara, beaucoup d'espèces ont disparu totalement. Nos genres monotypes des Hauts-Plateaux sont peut-être des survivants de cette flore.

Pomel et Cosson évaluent à 500 environ le nombre des espèces du Sahara algérien et peut-être n'y en a-t-il pas plus de 1000 dans le désert tout entier. Toutefois cette évaluation est encore prématurée.

Un seul arbre, le Betoum {Pistacia atlantica) y a à peu près l'aspect des arbres d'Europe. Encore n'existe-t-il que sur le bord des Dayas ou près du lit des Oueds. En dehors de cette espèce, on n'y voit comme arbres que des Tamarix et quelques Acacias. Un petit nombre d'arbustes Advent dans les dunes : Calligomnn comosuiii^ Rétama Retam^ Genista Saharœ, Ephedra alaia (Alenda) ; quelques-unes sur les sols durs, surtout au bord des Oueds : Ziz]jphus Lotiis^ Rhiis dioïca, Lliiio)nasinun Gu\ionyanum, et vers la lisière, le Warionla Saharie et une espèce de câprier, plantes rupestres.

La Hamada même, très sèche, nourrit un certain nombre de plantes naines, clairsemées, d'un port sec pt rigide particulier : Salsolacées, Limoniaslrum

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