LES PREMIERS HABITANTS
point de préjugé de couleur et que c'est par infusion que leur influence a pu se produire. Ou s'étonne néanmoins de trouver si peu de mulâtres à chevelure crépue, à lèvres lippues et autres attributs des Nigrites qui se soient maintenus. Il faut que les signes ataviques du nègre s'affaiblissent rapidement, dans un milieu qui certainement n'est pas propre au développement de la race pure. C'est en effet un fait constaté que, dans le Sahara et les parties les plus basses et les moins sèches des oasis, le nègre a beaucoup de peine à se perpétuer. Le village de N'goussa près Ouargla, exclusivement nègre, ne se maintient que par l'addition de nouveaux éléments venus du Soudan. Il est, aux oasis sahariennes, un type particulier à peau très foncée, à cheveux non ou peu crépus, bien différent du nègre en ce qu'il est plutôt fuligineux que noir bleuâtre, que ses lèvres sont moins lippues, qiie son nez, gros il est vrai, mais non épaté, est quelquefois même presque aquilin. Il y aurait grand intérêt à déterminer scientiliquement si c'est un mulâtre, s'il a au contraire des caractères particuliers, s'il est unique ou complexe (ce qui est plus probable) et quelles affinités il peut présenter avec certaines races de l'Ethiopie. On les désigne sous le nom d'A7-atins (affranchis) ou de Rhouura.
Nous avons tenu à citer en entier l'opinion de M. Pomel, bien que pour nous une infusion de sang nègre soit évidente, non seulement chez les Aralim, mais chez beaucoup d'Arabes à peau blanche.
Plus loin, M. Pomel se demande si ces Aratins ou Rhouara ne seraient pas les descendants des peuplades désignées par les Romains sous le nom de Mélano-Gétules.
Est-ce à leurs ancêtres, dit-il, qu'il faut attribuer ces débris d'une civilisation ancienne, révélée par des monuments et des dessins rupestres des bords du Sahara et même de la région du Tell, qui semblent bien indiquer une race distincte? Ne seraient-ce point des Nigrites, qui auraient été les premiers occupants des régions barbaresques, d'où ils auraient été refoulés par les Tamahuus ou Liouas envahisseurs ? D'où seraient alors venus ces derniers, si ce n'est par l'Ibérie et par le détroit de Gibraltar franchi tant de fois et en sens contraire par les courants d'émigration ? Ces Libouas eux-mêmes n'auraient-ils pas été poussés hors des régions méridionales de
l'Europe par un autre flot d'envahisseurs blonds, venus du Nord? Ce sont autant d'incounues, mais ce ne sont peut-être pas des problèmes insolubles.
Mèdes, Chananéens. — Dès que nous entrons dans l'histoire, nous trouvons d'abord des récits douteux d'invasions d'Arméniens, Mèdes, Perses, etc. Puis les invasions plus certaines des Cliananéens et Jébuséens, chassés de Palestine par Josué. On prétend que les Zénata, peuplades des Hauts-Plateaux et de la bordure désertique, géraient les descendants de ces Chananéens.
Phéniciens, Carthaginois, Romains. — Ensuite viennent les Phéniciens. Carthage fut pendant près de sept siècles toute-puissante en Numidie. Elle avait même en Mauritanie sa colonie d'Auzia (Aumale). Cette longue domination a dû certainement influer sur les caractères ethniques du pays, car les Carthaginois y tinrent une grande place. De nombreux croisements eurent lieu et les historiens romains nous parlent de populations libo-phéniciennes. L'influence de Carthage se fit sentir longtemps encore après la conquête romaine ; on trouve jusqu'au v^ siècle des inscriptions phéniciennes et le clergé de saint Augustin prêchait en punique aux environs de Bône.
Même au temps de Carthage, en dehors des anciens blonds du pays, l'influence arienne aA^ait été maintenue par la grande colonie grecque de Cyrène. Bientôt elle va devenir de nouveau prépondérante avec l'invasion romaine. La domination romaine embrassa la presque totahté du pays et comme celle de Carthage dura sept siècles. Rome versa en Afrique d'innombrables colons européens.