LE GOURBI
uii amoureux. Des chiens au poil fauve, aux dents aiguës, l'assisteni dans sa veille ; à l'intensité, aux inflexions de leurs aboiements, l'Indigène sait reconnaître s'il s'agit d'une bète fauve, d'un passant éloigné, d'un ou plusieurs voleurs. La nuit n'est qu'une veille; aussi, pour en diminuer la longueur, prolonge-t-il la soirée autant que faire se peut.
Ce n'est qu'au matin qu'il s endort pendant que la femme, ayant compté et envoyé aux champs le troupeau, procède aux soins du ménage.
Vers midi, si elle trouve un moment de repos, elle s'assied et fait sa toilette. Un peu d'eau sur le visage et les cheveux, un coup d'oeil jeté au miroir d'un sou qui ne la quitte jauiais ; un peu de koheul (1) enfermé dans les plis de sa melhafa, et qui donnera à ses yeux de l'éclat et de la douceur, un peu de henné au bout des doigts ; en faut-il davantage pour plaire à son mari?
C'est par la douce langueur des yeux et la démarche lascive que plaisent les femmes arabes... Il y a des femmes arabes travailleuses, économes, fidèles, point coquettes, mais c'est le petit, le très petit nombre. Toutes sont bonnes mères. C'est une gloire pour elles que de porter le plus lourd fardeau, d'être prèles à abattre et à bâtir la tente, à seller le cheval du maître, à faire le chargement du mulet lors des migrations.
Un enfant à la main, un autre sur le dos, la femme arabe va, vient, travaille, et, le soir, elle répète en s'endormant ce dicton populaire :
Mule le jour ; reine bien-aimée la nuit (2).
C'est la nécessité des lieux qui fait les sédentaires et les nomades ; mais le nomade qui a gardé plus purs et sa langue et les préceptes du Coran méprise le tellien déchu et le regarde comme son inférieur, de même que le Mozabite commerçant.
Le gourbi. — Le gourbi n'est qu'une hutte en
(1) Poudre de galène, servant à noircir les sourcils et le bord des paupières.
(2) Villot, Mœurs et coutumes des indigènes de L'Algérie.
branchages recouverte d'un toit de chaume. Parfois ses murs sont bâtis en pierres ou en terre. A part cela, il n'offre pas un grand progrès sur la tente, il est seulement moins mobile. Les cultures qui l'entourent sont des plus rudimentaires. L'Arabe gratte superficiellement la terre libre avec une charrue des plus primitives, contournant la broussaille sans l'arracher, les pierres sans les déranger, et laissant le blé qu'il a semé pousser comme il plaît à Dieu. Dans quelques terres très riches de la province de Constantine, les cultures sont un peu plus soignées. Les habitants de la tente et du gourbi. — Au premier abord, les Arabes sont très séduisants. Chez eux, le moindre berger, noblement, drapé dans son burnous, grave et digne, plein d'aisance et de naturel dans sa démarche comme dans ses paroles, nous apparaît comme une Adsion biblique et tranche avantageusement avec nous, que nos habits étriqués et ridicules, notre civihsation affairée et pleine de besoins rendent moins décoratifs. Mais il ne faudrait pas trop se fier à cette première impression superficielle. Privé depuis longtemps de tout gouvernement, sans autre boussole directrice que de vagues croyances mal enseignées par des marabouts ignorants, ce peuple est tombé dans une profonde décadence. Éminemment reUgieux, fanatique même, il subit sans s'y soumettre les lois des infidèles, pour lesquels il a un mépris profond. Pour comprendre cet état d'âme de l'indigène, il faut nous reporter au temps des croisades; notre horreur du juif à cette époque peut seule nous donner une idée des sentiments que l'Arabe garde toujours à notre égard dans le plus profond de son âme et qui dressent