MAMMIFÈRES PÉLAGIQUES
tagncs sont couvertes d'une neige presque continuelle, les ours bruns y habitent. Ils sont très carnassiers, quelquefois ils descendent dans les plaines. Pendant mon séjour à La Mazoule, chez Ali-bey, un Arabe rapporta la peau d'un ours qu'il avait tué à la chasse. L'opinion que Tours lance des pierres quand il est poursuivi est admise chez les Arabes comme parmi le peuple de l'Europe. Cet Arabe me montra une blessure qu'il avait reçue à la jambe, étant poursuivi, disait-il, à coups de pierres par l'ours qu'il avait tué. Ce rapport ne me convainquit point, étant très possible que ce chasseur, poursuivi par l'ours, ait frappé le pied contre quelque pierre et se soit blessé en fuyant un ennemi trop à craindre pour laisser de sang-froid le chasseur qui l'attaque.
Loche (1) dit que Tempereur du Maroc a envoyé au Jardin zoologique de Marseille, un magnilique ours vivant provenant de ses États.
Il est certain que les ours abondaient en Algérie dans la période quaternaire. Bourguignat, qui en a décrit six espèces dans les grottes du Djebel Thaya, affirme que certains ossements à osséine presque inaltérée ne remontaient pas à plus de quinze ans. Il croit être certain d'avoir encore vu des traces fraîches de ces ours sur le sol de la caverne, etc. Ces allégations, peu vraisemblables, ne semblent pas avoir convaincu les naturalistes.
Mammifères pélagiques. — Les Mammifères pélagiques de l'Algérie sont naturellement ceux de la Méditerrannée : le Phoque à ventre blanc, plusieurs Dauphins', de temps à autre, quelques Baleines qui viennent s'échouer sur nos plages. 11 y a quelques années, une paire de baleines fut signalée dans les eaux de Castiglionc. Une d'elles fut prise par des pécheurs et amenée à Alger, où elle resta plusieurs
(1) Loche, Exploration de fAlqérie, Mammifères, 18G7, p. 52.
jours, exposée sur un chaland. Elle mesurait 12 mètres de long. Ce n'était pas un Rorqual comme d'habitude, mais une baleine du groupe des baleines franches. Les os de la tôte ayant été envoyés au Muséum, MM. Georges Pouchet et Beauregard y reconnurent la baleine des Basques.
Éléphant. — Les Éléphants ont été jadis abondants en Algérie (1). Diverses espèces fossiles se rencontrent dans notre sol: Elcphas meridionalis^ E. aiiantlcus^ E. jolensis^ meUtensis, etc., compagnons de l'hippopotame, du Bubalus antiquus aux cornes gigantesques, de la girafe, etc. Mais alors les conditions cUmatologiques étaient bien différentes. Les dessins de Tyout nous montrent fréquemment un éléphant à front très bombé. Les anciens parlent souvent de l'éléphant d'Afrique, mais sans préciser de loca- Uté. Pourtant Plutarque (2) rapporte que Pompée (81 ans avant Jésus-Christ) employa quelques jours de son séjour en Afrique à chasser le lion et les éléphants. Phne le mentionne en Tripohtaine et quelques passages semblent indiquer que les anciens chassaient l'éléphant dans le Deren (Atlas marocain). Nous avons déjà vu qu'Hérodote le signale dans les montagnes de la Libye. Il est certain que si l'éléphant existait encore en Algérie à l'état sauvage du temps des Romains, le cUmat a dû changer considérablement depuis.
Sanglier. — Le Sanglier est très abondant en Algérie dans toute la région du Tell. Il diffère légèrement de celui d'Europe.
(1) Voy. Lataste, Catalogue critique des mammifères apélaç/iques de la Tunisie, p. 20.
(2) Plutarque, Vie de Pompée, cap. xx.
CHKVAL. 239
Aucune différeucc spécifique, dit Loche (1), ne semble distinguer le sanglier d'Europe du sanglier d'Algérie. Ce dernier seulement est un peu plus petit de taille, ses défenses sont plus développées et son naturel semble moins méchant ; sa chair, qui est très délicate, est très estimée.
Dans sa jeunesse, cet animal est marqué de bandes longitudinales alternativement fauves et brunes, et ne manque pas de gentillesse. Il s'apprivoise admirablement, suivant son maître sans quitter ses talons d'une ligne, même dans les foules les plus compactes. Tout petit, il tient déjà les chiens en respect en découvrant ses crocs par un simple rictus.
Cheval. — Le cheval est certainement de tous les animaux domestiques celui que l'Arabe aime et soigne le mieux. On distingue dans les chevaux des Indigènes la race arabe et la race barbe^ celle-ci prédominante. Mais cette distinction n'est pas toujours facile. D'ailleurs, barbe ou arabe, le cheval indigène est un merveilleux animal. D'une sobriété à toute épreuve, il sait déployer, suivant l'occasion et malgré sa petite taille, une force considérable ou une grande vitesse. En montagne, il a le pied aussi sûr que le mulet. Docile et doux comme un agneau en temps ordinaire, il se montre plein de feu à la guerre et dans les fantasias. Nous avons vu souvent des Arabes, au lieu d'attacher leur cheval, mettre sa longe à terre et dessus une pierre grosse comme un œuf pour indiquer à l'animal qu'il ne doit pas bouger. Après quoi, l'Arabe allait vaquer à ses occupations, certain que son cheval resterait aussi tranquille que s'il eût été solidement attaché.
(1) Loche, Exploration de l'/i/gérie.
Les chevaux indigènes, dit Bouvier (1), ont une hauteur qui varie de 1"»,58 à 1™,48; ils sont sobres, dociles, patients, mais pleins de courage et de fond. Ils traversent sans hésitation et d'un pied sûr tous les accidents de terrain qu'ils gravissent, descendent et contournent avec une adresse et une agilité surprenantes, à moins qu'il ne s'agisse de s'enlever audessus d'une éminence ou de sauter dans uue excavation coupée à pic ou au delà, ce qu'ils exécutent également avec beaucoup d'énergie et de légèreté; mais ces accidents étant très fréquents en Afrique, les chevaux sont habitués à passer entre eux, autour, dessus ou dedans, plutôt que de les franchir tous, pour ainsi dire sans cesse, ce qui causerait la ruine du cheval et des fatigues extrêmes au cavalier.
Ces précieuses qualités ne nuisent ni à leur force, ni à leur élan, ni à leur vitesse, ni à leur discipline. Nos chasseurs d'Afrique sont armés (à l'époque du rapport) d'un fusil de dragon, d'un sabre, d'un pistolet et d'une hache; ils sont ordinairement pourvus, outre leur équipement, de trois paquets de cartouches, de vivres et de fourrages pour cinq à six jours, d'un bottillon de bois à brûler, etc.; et ces chevaux, sous ces robustes cavaliers, si lourdement armés, si pesamment pourvus, foutpar jour huit à dix lieues et souvent plus, à toutes les allures, la plupart du temps à travers des terrains coupés de ruisseaux, de ravins ou obstrués par des fragments de rochers, des palmiers nains et des broussailles, sans qu'aucun d'eux reste en arrière !
J'ai assisté à une course de plus de deux lieues fournie avec entraînement, à la suite d'une alerte, par le 4" régiment de chasseurs formé en colonne par pelotons, sous toutes les conditions que je viens d'indiquer, et pas un seul cheval ne resta en arrière, tous s'étaient maintenus dans l'alignement, qu'ils eussent conservé encore s'il avait fallu pousser plus loin! Sont-ce là des chevaux méprisables? Les meilleurs d'Europe, s'ils étaient soumis à de pareilles épreuves, ne perdraient-ils pas dans la lutte un peu de leur haute réputation? Et cependant il est à remarquer que, par un concours de circonstances déplorables, non -seulement les plus estimés des chevaux africains ne sont pas à notre disposition, mais que nous n'avons pas même le choix parmi ceux dégénérés.
Le général Daumas n'est pas moins affirniatir. El aujourd'hui que nous pourrions avoir à notre dispo-
(1) Bouvier, Rapport au ministre de l'agriculture.