‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 17 sur 93 · V. Boissière, V Administration romaine en Afrique · texte numérisé non relu

V. Boissière, V Administration romaine en Afrique

subordonnés du proconsul ; mais le legatus proprœtore échappait à sa dépendance.

La réforme de Dioclétien partagea l'empire en grandes préfectures et en diocèses. L'Afrique forma un diocèse de la préfecture d'Italie. Elle comprenait alors six provinces : Tripolitaine, Byzacène, Zeugitane, Numidie, Mauritanie sitifienne et Mauritanie césarienne; à l'est, laCyrénaïque se rattachait^u diocèse d'Orient ; de même, à l'ouest, la Mauritanie tingitane faisait partie du diocèse d'Espagne. Le proconsul subsistait ; mais au-dessus de lui le vicaire d'Afrique possédait la haute direction et correspondait avec les gouverneurs consulaires de Numidie et de Byzacène, avec les prœsides de Tripolitaine et des Mauritanies. L'administration civile était complètement séparée du commandement; les troupes, réparties sur les frontières, avaient pour chefs seize prœpositi limitum. Un peu plus tard, la direction militaire fut centralisée entre les mains d'un comte d'Afrique.

Pendant presque toute la durée de l'empire, une seule légion garda l'Afrique, la IIP Augusta, cantonnée à Lambèse. Il semble que c'était bien peu pour un pays qui comprenait l'étendue de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc. Mais la légion n'était pas la seule force dont on disposât. On la tenait en arrière rassemblée pour frapper les grands coups. Les troupes auxiliaires, douze corps d'infanterie, dix-huit de cavalerie, recrutés dans toutes les provinces et où devaient figurer bon nombre d'indigènes, étaient en première ligne. A l'intérieur du pays, les vétérans installés comme colons formaient une réserve solide. Enfin, en cas de besoin urgent, on appelait du dehors quelque autre légion qui venait pour un temps prêter main-forte.

Les siècles de la domination romaine ne furent point stériles pour l'Afrique; la colonisation avait suivi de près les progrès de la conquête. César donna l'exemple en relevant Carthage. Après lui, on voit les empereurs, sur-

tout Auguste, Claude, Nerva, ïrajan, Hadrien, accorder le droit de cité romaine ou de cité latine aux anciennes villes, en fonder de nouvelles, ouvrir des routes, bâtir des édifices, ordonner de grands travaux d'utilité générale. Les citoyens pauvres qui voulaient émigrer recevaient des concessions, se fixaient dans le pays et se mêlaient aux débris de la population phénicienne promptement romanisés. Dans les centres éloignés, là où il fallait défendre le sol en même temps que le cultiver, on installait de préférence des soldats vétérans ; ils étaient tenus à l'entretien des ouvrages de défense et à un service de place ; mais TEtat leur donnait des esclaves, des bœufs de labour et les exemptait de Timpôt. Carthage, rebâtie et repeuplée par ses vainqueurs, avait repris la physionomie d'une capitale; elle disputait à Alexandrie le second rang dans le monde romain. Autour d'elle, dans l'Afrique propre et la Numidie, se groupaient les villes importantes, les deux Leptis, les deux Hippone*, Adrumète, Rusicada « sur le littoral, à l'intérieur la vieille Cirta sur sa plate-forme de rochers, Lambèse dont les ruines couvrent 600 hectares, Calama % Théveste *, Thamugas % Diana. Elles étaient plus rares dans les Mauritanies, où l'élément romain ne pénétra jamais bien profondément; cependant on trouvait encore, en s'avançant vers l'ouest, Sitifis, fondation de l'empereur Nerva, Saldœ*, Rusgunia \ Auzia ', Caesarea, dix fois plus grande que notre Cherchell, et à l'extrémité Pomaria * et Tingis. Un réseau complet de routes couvrait le pays : le système en était simple et bien conçu; une grande voie longeant le littoral partait de Carthage et s'en allait d'un côté vers Tingis et

1. Uippo Zarytus, aujourd'hui Bizerte, et Hippo Regius, aujourd'hui Bône.

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