‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 46 sur 93 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

En 1848 , l'Algérie pouvait être considérée comme •domptée ; seules la lointaine région du Sahara et dans le Tell la montagneuse Kabylie échappaient encore à la conquête. Ces contrées devinrent naturellement les derniers centres de la résistance, les foyers où s'allumaient les insurrections. En réprimant les révoltes, la France se trouva amenée à les poursuivre jusque dans leurs refuges ; c'est ainsi que s'opéra graduellement l'occupation du Sahara et que la Kabylie fut d'abord entamée, puis pénétrée dans tous les sens et enfin définitivement soumise.

Dans le sud, les divisions des indigènes nous avaient longtemps fourni d'utiles points d'appui pour combattre l'influence d'Ahmed-bey et celle d'Abd-el-Kader. En 1844, pendant que le général Marey installait à Laghouat , eomme khalifa relevant de la France, Ahmed-ben-Salem, le duc d'Aumale s'était avancé jusqu'à Biskra. La soumission des Ziban avait entraîné celle de l'Aurès. Mais l'administration française mal renseignée commit ou laissa commettre des fautes graves. La lezma, l'impôt des palmiers, avait été jusqu'alors répartie en tenant compte de la fertilité des oasis et du rendement habituel ; on en fit une redevance uniforme, la même pour tous les arbres, quelle que fût leur valeur productive. A sept lieues au

nord-ouest de Biskra se trouve Zaatcha; le personnage important de l'endroit, un certain Bou-Zian, ancien cheikh d'Abd-el-Kader, profita du mécontentement de ses compatriotes et les excita contre la France. L'agitation fut bientôt générale dans toute la contrée ; un officier du bureau arabe, le lieutenant Seroka, essaya d'y couper court en enlevant le principal meneur ; mais le coup de main manqua, les gens de Zaatcha ayant pris la défense de Bou-Zian; le colonel Carbuccia voulut les châtier : il fut repoussé avec des pertes sensibles. Cela se passait au mois de juillet 1849; à l'automne, le général Herbillon s'avança avec 4000 hommes \ Comme toutes les oasis, Zaatcha formait un enchevêtrement de jardins, de clôtures, de fossés d'irrigation , obstacles naturels faciles à défendre ; la ville même était entourée d'une enceinte ; les habitants, bien armés et très animés, opposèrent une résistance vigoureuse ; deux assauts tentés le 20 octobre n'eurent pas de succès. Il fallait un siège en règle ; des renforts amenés d'Aumale et de Sétif permirent un investissement complet; mais les assiégés, exaspérés par la destruction de leurs palmiers, défendaient le terrain pied à pied et exécutaient des sorties furieuses ; les oasis voisines faisaient de leur mieux pour les secourir; les nomades gênaient nos communications et menaçaient nos derrières. Enfin, le 28 novembre, les brèches furent reconnues praticables ; trois colonnes d'assaut sont lancées ; le colonel Canrobert avec 4 officiers et 16 hommes d'élite enlève la première, tous les officiers et 12 des soldats qui l'entourent sont blessés , lui seul n'est pas atteint. Une fois dans la ville, on se bat avec rage ; les rues et les maisons sont successivement emportées. Bou-Zian avec 150 personnes s'était réfugié dans une mosquée ; un feu terrible empêche l'escalade, un canon est mis en batterie, mais les artilleurs sont tués, la mine fait enfin sauter un

Page 1