‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 48 sur 93 · Voy. Fromentin, f/n été dans le Sahara · texte numérisé non relu

Voy. Fromentin, f/n été dans le Sahara

traient dans Tuggurt ; Toued Rir et l'oued Souf, sur les confins de la Tripolitaine, reconnaissaient la domination française ; les exécutions de Zaatcha et de Laghouat avaient répandu partout la terreur; le sud fut pacifié pour dix ans. L'occupation de Bougie (1833), de Djijelli (1839) , de Collo (1843) nous avait mis de bonne heure en contact avec la Kabylie. Abd-el-Kader, au temps de sa puissance, y entretenait un khalifa, mal obéi à la vérité, mais dont l'influence pouvait toujours devenir dangereuse. Dès 1844, Bugeaud organisa une colonne, s'empara de Dellys et battit la grande tribu des Plissas. Interrompue par la campagne du Maroc, l'expédition fut reprise quelques années plus tard ; elle était désapprouvée par les Chambres, à peine autorisée par le ministère; mais Bugeaud tenait à son idée. Il s'était préparé de longue main à combattre ces montagnards ,et il ne jugeait pas que leur indépendance fût compatible avec la sécurité de la colonie. Il prit tout sous sa responsabilité. Il partit d'Aumale, tandis que son lieutenant Bedeau partait de Sétif ; la résistance la plus vive fut opposée par les Beni-Abbès; mais quand ils eurent vu escalader leur village fortifié d'Arzou, brûler leurs maisons, couper leurs arbres fruitiers, ils demandèrent l'aman et cinquante -quatre tribus suivirent leur exemple. En 1849, l'agitation qui se traduisait dans le Zab par la révolte de Zaatcha se manifesta également en Kabylie, la confédération des Zouaoua, poussée par le cheikh Si- Djoudi et par le marabout Si-Amkran, se prononça contre nous, entraînant avec elle les Guechtoula et les Beni-Mellikeuch. La tribu soumise des Beni-Messaoud fut attaquée; on la secourut; les généraux Blangini, de Salles, Saint- Arnaud dirigèrent des colonnes contre les rebelles ; en même temps, le sous-lieutenant Beauprétre, du bureau arabe d'Aumale, détruisait par un coup de vigueur un faux Bou-Maza, Bou-Sif, qui troublait le versant sud du Djurjura. Mais un autre chérif ne tarda pas à paraître : c'était Bou-Baghla, l'homme à la mule ; quelques mensonges

audacieux, des sortilèges grossiers séduisirent les Kabyles ; il eut bientôt plusieurs milliers d'hommes autour de lui; en mai 1851, il osa se porter sur Bougie; la petite garnison le mit en déroute, mais il eut bientôt refait ses forces. Il aurait fallu agir contre lui avec vigueur, on n'envoya de ce côté qu'une colonne accessoire qui put le battre, non le détruire. Pendant ce temps, le corps principal opérait dans le massif de la Petite Kabylie, entre Philippeville, Djijelli etMila;on avait voulu ménagera Saint- Arnaud, déjà choisi par Louis-Napoléon pour être son complice, une occasion de se distinguer. Avec une division entière, il fit une campagne de quatre-vingts jours, eut des engagements fréquents et meurtriers et reçut quelques demandes d'aman ; on l'appela ensuite à Paris comme ministre de la guerre, et ce fut là le seul résultat appréciable de l'expédition. Dès le mois d'octobre de la même année, Bou-Baghla reparaissait dans le Sébaou. Pélissier, qui commandait alors la division d'Alger, Bosquet en 1852, le gouverneur général Randon en 1853 durent marcher successivement contre lui ; il trouvait toujours un asile chez les Zouaoua. Enfin, en 185 A, il fut tué dans un combat contre un des Mokrani. Au temps du maréchal Bugeaud, on aurait pu éviter d'entrer en lutte avec les Kabyles; en 1851, il aurait été possible de les dompter si l'expédition Saint- Arnaud avait été dirigée sur le Djurjura. On n'avait fait ni l'un ni l'autre. De la part de ces montagnards turbulents qu'on n'avait pas laissés dans leur neutralité et qu'on n'avait pas su soumettre, il fallait s'attendre à de fréquentes reprises d'hostilité. En 1857, les Beni-Iraten, auxquels nous avions déjà eu affaire trois années auparavant, se soulevèrent de nouveau. Randon, qui était alors gouverneur, résolut d'en finir. 35 000 hommes de troupes régulières furent rassemblés ; pendant que des corps d'observation établis à Drael-Mizan, chez les Beni-Mansour, chez les Beni-Abbès et au col de Chellata, cernaient la Grande Kabylie, trois divisions avec de la cavalerie et de l'artillerie l'abordèrent do

front. Les Beni-Iraten, attaqués les premiers, se défendirent avec vigueur; mais, écrasés sous le nombre, ils cédèrent après une lutte de deux jours : parmi les tribus voisines, plusieurs se hâtèrent de demander Taman; mais les Beni-Menguillet, retranchés dans leur village d'Icheriden, soutinrent le 24 juin un sanglant combat contre la division Mac-Mahon. Leur défaite entraîna celle des Beni-Yenni; Taffaire du 11 juillet et la capture de la prophétesse des Illilten Lella-Fathma furent les derniers épisodes de la campagne. Elle avait duré soixante jours. Toutes les tribus livrèrent des otages et payèrent la contribution de guerre. Le 'fort Napoléon, construit sur le plateau de Soukel-Arba, chez les Beni-Iraten, dominait le pays jusqu'au Djurjura; des routes militaires s'ouvraient au milieu des montagnes. La Kabylie était domptée, mais elle conservait ses institutions municipales, ses Djemaas, ses Amins et ses Kanoun/.

Le traité de Tanger nous avait donné comme voisines,^ sans les soumettre à notre autorité, les tribus remuantes des Beni-Snassen et des Angad; c'étaient d'incorrigibles pillards, toujours en révolte même contre le Maroc et qui ne connaissaient ni traités ni frontières. En 1859, les Angad et d'autres Marocains se permirent des incursions sur le territoire français; des isolés furent assassinés, des détachements et des postes assaillis. Ces agressions insolentes devaient être réprimées. C'était le temps du ministère de l'Algérie; le général de Martimprey était alors commandant des forces de terre et de mer ; il agit avec vigueur. Un camp fut formé à l'Oued Kiss, et, malgré les ravages que le choléra faisait dans leurs rangs, les divisions Walsin et Yusuf enlevèrent le plateau d'Aïn Taforalt et le village de Tagma, où s'étaient retranchés les Beni-Snassen. En plaine, la cavalerie du général Durrieu châtiait les Angad et leurs complices les Maya. La fron-

1. Voy. Carrey, Récits de Kabylie; Letourneux et Hannoteau, La Kah lie.

tière avait besoin d'être nettoyée au sud aussi bien qu'au nord; une petite colonne, composée de quelques soldats français et de contingents indigènes, sortit de Géry ville et exécuta sur les Beni-Guil une brillante razzia.

La région du sud-ouest, depuis Géryville jusqu'à Ouargla, avait été érigée en un grand commandement au profit des Si-Hamza; c'était donner une importance excessive à cette famille déjà trop puissante par l'ascendant religieux qu'elle exerçait non seulement sur les Ouled Sidi-Cheikh, mais sur toutes les populations de notre Sahara; on se ménageait pour l'avenir de redoutables complications. Tout alla bien tant que vécut le khalifa Si-Hamza ; son fils aîné, Si-bou-Beker, servit aussi la France avec ardeur et dévouement, mais il mourut quelques mois après son père. Si-Sliman, qui le remplaça, était jeune, d'un orgueil facilement irritable, disposé à subir les entraînements du fanatisme et de l'ambition. Quelques froissements éprouvés dans ses rapports avec les officiers français l'avaient mécontenté; son oncle Si-Lala le poussait à la défection. Dès le mois de février, son attitude ne laissa plus de doute \ Au premier bruit, le lieutenant-colonel Beauprêtre, commandant supérieur de Tiaret, se porte vers le Djebel- Amour; mais les goums des Harrar le trahissent et ouvrent son camp à l'ennemi ; le colonel et son infanterie, un/5 centaine d'hommes, sont massacrés. Leur résistance désespérée a coûté la vie à Si Sliman ; mais Mohammed Ben Hamza, son frère, lui succède; à la nouvelle de l'anéantissement d'une colonne française, les tribus du Djebel-Amour se soulèvent, l'agitation s'étend jusque dans le Tell. L'insurrection avait bien choisi son moment, elle nous prenait au dépourvu ; la meilleure partie de l'armée d'Algérie était au Mexique ou en Cochinchine ; le gouverneur général Pélissier, alourdi par l'âge, n'avait plus son énergie d'autrefois. Les premières opérations, exécutées avec des forces insuffisantes,

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