Voy. Ernest Mercier, V Algérie en
cadis, ils n'ont ni leur expérience ni leur liberté d'allure.
Les cadis ne sont pas seulement des juges ; ce sont eux qui dressent les actes de mariage et de divorce, les contrats de vente ou de partage; ils font à la fois fonctions d'officiers ministériels et d'officiers d'état civil. Nous avons vu combien il serait prématuré de soumettre les indigènes à notre état civil. Si on les contraignait à faire établir tous leurs actes par les notaires, ce seraient encore pour eux des formalités sans fin et des dépenses souvent supérieures à la somme engagée. Notre organisation compliquée et coûteuse convient à une société comme la nôtre, , où de gros intérêts sont constamment enjeu, où l'on désire avec raison tout un luxe de précautions et de garanties. Mais pour un peuple dont les conditions d'existence sont très simples et les ressources très précaires, il faut un mécanisme facile, rapide et économique.
La magistrature musulmane a certainement son utilité ; il importe d'y mettre la main, non pour la détruire, mai^ pour l'améliorer. Les cadis et leurs assesseurs les adelset les Kach-adels font leurs études dans les écoles supérieures dites médressas^ d'où ils sortent avec une instruction médiocre, avec des idées étroites et une moralité douteuse. Ne pourrait-on pas les former à l'école de droit d'Alger où seraient institués pour leur usage des répétitions et des cours spéciaux; ils apprendraient toujours le droit musulman, mais ils seraient à même d'acquérir aussi des connaissances générales ; au contact de leurs maître et de leurs condisciples européens, ils prendaient d'autres habitudes d'esprit et des sentiments de probité. Une fois en fonctions, les parquets exerceraient sur eux une stricte surveillance; le moindre manquement serait puni d'une révocation ; ceux qui auraient fait preuve de lumières et d'intégrité seraient récompensés par un avancement honorable. Un contrôle sévère, une direction ferme feraient plus pour la répression des abus que des clameurs banales ou des récriminations passionnées.