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CHAPITRE V

l'instruction des indigènes

On ne refait pas l'histoire : les préjugés, les coutumes, les croyances, toutes les influences héréditaires sont contre nous. C'est pour cela que la tâche est si difficile dans le présent; ceux des indigènes qui sont arrivés à l'âge d'horame se rapprocheront peut-être de nous, ils ne s'assimileront pas, mais rien n'empêche de préparer l'avenir. Pour transformer les idées d'une race et avec ses idées ses mœurs et toute sa manière d'être, nous avons des moyens puissants dont l'effet est certain. Emparons-nous des jeunes générations, pétrissons-les à notre guise, façonnons-les à notre image; après nos soldats et nos colons, c'est à nos instituteurs qu'il appartient d'achever la conquête de l'Algérie.

Jusqu'à ces dernières années, l'enseignement n'a guère été donné aux indigènes que dans les zaouïas et les médressas. La zaouïa, c'est quelque chose comme le couvent catholique du moyen âge ; elle est placée sous l'invocation d'un saint marabout, on s'y livre à la prière, on y donne ou l'on y vend l'hospitalité; par surcroît, l'on y tient école. Les enfants, accroupis en cercle, apprennent par cœur et récitent en nasillant tles surates du Coran ; de temps en temps, le maître, le Taleb, allonge sa main armée d'une baguette et procède à une exécution sommaire ; pas de remarques, pas d'explications, rien qui éveille ou exerce IHntelligence. La médressa est d'un ordre plus relevé, les

études portent surtout sur la théologie et la jurisprudence musulmane; le programme ne diffère pas beaucoup de <;elui de nos universités au xii' siècle ; seulement les professeurs ont moins de talent; dans ces citadelles du passé soigneusement closes pour la science moderne, dans cet mr lourd où pas un souffle vivant ne circule, les meilleurs esprits se débilitent et s'étiolent. Les zaouïas sont tolérées par Tadministratiôn française; quant aux médressas, ce sont des institutions officielles, classées dans la catégorie de l'enseignement supérieur, entretenues aux frais de l'Etat.

Pour créer quelque chose qui répondît à notre enseignement secondaire, on avait fondé à Alger, puis à Constantine et à Oran, de fastueux établissements connus sous le nom de collèges arabes-français; de jeunes musulmans soigneusement préservés de tout contact européen venaient y languir pendant quelques années et en sortaient pleins d'ennui, avec une instruction nulle ou très incomplète. L'amiral de Gueydon supprima les collèges arabes et fit bien. Aujourd'hui on enferme une centaine d'élèves indigènes au lycée d'Alger; ils y forment d'ailleurs une division spéciale, avec un costume différent, des études, des dortoirs, des réfectoires distincts; ils ne se rencontrent guère avec les Européens que dans les cours et les classes, encore sont-ils portés à faire bande à part pendant les récréations. On perd ainsi le bénéfice d'une éducation en commun. En général, les résultats obtenus ne sont guère plus brillants qu'avec les collèges arabes.

C'est qu'on n'a pas commencé par le commencement, des descendants d'un peuple ignorant depuis des siècles ne peuvent pas du premier coup se mettre au niveau -d'une race cultivée. Sauf quelques-uns exceptionnellement doués, leur intelligence est gauche et boiteuse; ils ont conscience de leur infériorité, ils ne se sentent pas de force à saisir toutes ces choses compliquées qu'on leur présente; après des débuts souvent heureux, la plupart

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