‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 76 sur 93 · L'INSTRUCTION DES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION DES INDIGÈNES

retombent à plat et s'endorment dans une indifférence morne. Avant de leur faire apprendre et l'histoire et la littérature et les sciences, parfois les langues anciennes^ qu'on leur donne donc d'abord l'instruction primaire; mais celle-là ne doit pas être mesurée à quelques fils de chefs, il faut la prodiguer généreusement à tous. Le succès n'est possible qu'à la condition d'agir sur des masses.

Le gouvernement actuel, mieux inspiré que ses prédécesseurs, semble décidé à entrer dans la bonne voie. On se préoccupe moins de fonder des collèges indigènes que de simples écoles arabes-françaises. Le nombre en est encore bien restreint : on en compte en tout 22, renfermant 1061 garçons et 88 filles; pour toute l'Algérie musulmane, avec ses deux miUions et demi d'habitants, c'est un total de 1150 élèves, pas tout à fait un élève par 2000 habitants. On peut et on doit faire mieux. La difficulté à trouver des maîtres, d'abord très réelle, va toujourss'amoindrissant ; la langue arabe s'enseigne dans les écoles normales; l'étabhssement d'une prime a encouragé les instituteurs à l'apprendre. D'ailleurs, dans les villes et dans tous les centres où se trouvent des Européens, il n'est point nécessaire de créer des écoles spéciales aux indigènes; tout au contraire, il y a un intérêt politique de premier ordre à rapprocher dès le plus bas âge les enfants de race différente, l'éducation commune effacera les préjugés et leur apprendra à vivre ensemble ; après avoir été les élèves d'une même école, ils seront plus facilement les citoyens d'une même patrie. En plein pays arabe, on pourrait instituer des écoles où les programmes d'enseignement seraient réduits à leur plus simple expression; à défaut d'un personnel suffisamment nombreux, on les confierait à de simples moniteurs indigènes; plus tard, on perfectionnera cette organisation, on multipliera les écoles de plein exercice ; pour le moment, l'essentiel, c'est que tous les enfants, dans un pays désormais français, sachent parler, lire et écrire en français. On obtiendra davantage-

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de la prochaine génération, et ainsi graduellement on élèvera le niveau intellectuel, on remaniera, on élargira ces durs cerveaux, qui sont faits pourtant de la même matière que les nôtres.

Nous savons qu'on s'occupe de cette grave question ; des rapports ont été publiés , des projets sont à l'étude. Mais il importe de ne pas s'en tenir aux préliminaires et de passer promptement à l'exécution; assez de temps a été perdu depuis que la France est maîtresse de l'Algérie. Pourquoi aussi ne songer qu'à la Kabylie? Le pays tout entier, qu'il soit kabyle ou arabe, a les mêmes besoins ; il faut agir sur tous les points à la fois. L'installation matérielle dans les conditions tout à fait rudimentaires où elle serait faite n'exigerait pas de bien grandes dépenses ; on a déjà fait payer des centimes additionnels aux coinmunes indigènes pour des affectations qui les touchaient de moins près. Les écoles une fois établies, il ne serait pas difficile d'y amener des élèves sans même avoir recours à une loi coercitive. Beaucoup de musulmans en relations d'affaires avec les Européens comprennent les avantages de l'instruction ; quelques menus secours, -des vivres, des vêtements distribués aux enfants encourageraient l'assiduité. S'il y avait des récalcitrants, un ordre émanant de l'autorité militaire ou civile suffirait pour les décider; on ne s'y prenait pas autrement pour peupler les collèges arabes.

L'instruction primaire largement organisée est la base solide sur laquelle on pourrait ensuite appuyer tout le reste. Dans cette foule d'enfants à qui l'on distribuerait les notions élémentaires, il se rencontrerait des intelligences plus vives, des aptitudes particulières. On ferait un triage des meilleurs élèves : les uns seraient envoyés dans les écoles d'agriculture, d'autres dans les écoles d'arts et métiers ; on donnerait aux mieux doués des bourses dans les lycées. On aurait ainsi dans les établissements d'instruction secondaire non plus quelques douzaines déjeunes

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gens ramassés au hasard, mais une véritable élite qui suivrait plus tard avec succès les cours du haut enseignement ou les carrières libérales. Leur nombre, petit d'abord, irait en grandissant. En face de Taristocratie d'hérédité ou de fortune, on constituerait ainsi parmi les indigènes une aristocratie d'intelligence à laquelle passeraient peu à peu l'influence etj'autorité morale. C'est alors que nous aurions en Algérie de véritables partisans, tenant à nous moins par le lien fragile de la crainte que par un dévouement sincère et une conviction raisonnée.

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