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Conseil supérieur de rAlgérie, session de décembre

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de routine, une certaine nonchalance résignée qui accepte les événements comme des fatalités au lieu de les prévoir ^t de les dominer, voilà ce qu'on trouve^chez presque tous; à peine si quelques-uns ont suivi les exemples qui leur étaient donnés et adopté des méthodes rationnelles. Il faut cependant faire une place à part pour le Kabyle, énergique travailleur qui tire d'une terre ingrate tout ce qu'elle peut produire.

Les colons forment avec les indigènes le contraste le plus complet. Ils sont actifs, entreprenants, toujours en quête d'améliorations et de progrès; semoirs, herses, charrues perfectionnées, batteuses, faucheuses, moissonneuses, machines de trait, machines à vapeur, ils emploient tout le puissant attirail créé par la science et l'industrie. « On peut affirmer, disait en 1868 la commission d'enquête, que l'agriculture en Algérie est plus progressive qu'en France. » Une culture européenne se reconnaît bien vite à l'absence de toute végétation parasite, au soin avec lequel elle est tenue, à ses sillons « creusés profond et tracés droit. »

Constituée surtout par la colonisation, la propriété européenne est en général moyenne ou petite ; la plupart des exploitations ont de 25 à 70 hectares ; les grands domaines sont rares; chez les indigènes, au contraire, ils sont assez nombreux, même en terre melk. D'habitude, l'Européen cultive lui-même ou dirige au moins le fairevaloir ; il lui arrive aussi d'employer les fermiers ou de louer à l'année à des Arabes. Ses valets de ferme, ses bergers, ses moissonneurs sont des indigènes. Le propriétaire indigène met rarement la main à l'ouvrage, il fait travailler seskliammès, auxquels il fournit la terre, la semence, les instruments, et qu'il paye du cinquième de la récolte.

La culture indigène, s'exerçant avec peu de frais et peu d'efforts sur de vastes étendues, est extensive, excepté en Kabylie; la culture européenne, opérant à force de bras et

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de machines, sur un champ d'action encore restreint, est plutôt intensive, bien que gênée par l'insuffisance des engrais naturels et la cherté des autres. Pour des indigènes travaillant à leur manière, le capital d'exploitation nécessaire à un hectare est évalué à 60 francs, le capital de roulement à 50. Pour des Européens, la dépense de première installation sera de 300 à 500 francs, le capital de roulement de 50 à 100 francs par hectare.

De tout temps, l'Algérie s'est adonnée surtout à la culture des céréales; avant la conquête, c'était presque la seule qui fût pratiquée par les Arabes; maintenant encore, elle occupe les 9/10 du territoire mis en valeur. En 1879, sur 2 910 810 hectares, 2 771 976 étaient ensemencés en céréales, 2 430 497 par des indigènes, 341 679 par des Européens *.

En 1830, les indigènes faisaient pour leur consommation ou pour la vente du blé dur, du bechna et des fèves ; l'orge servait principalement à la nourriture des bestiaux. Depuis, les colons ont introduit les difiërentes variétés de blé tendre, puis l'avoine et le maïs; ces deux dernières céréales, plantées dans des terrains argileux et profonds, donnent des rendements magnifiques lorsque les irrigations sont possibles ; leur extension est encore assez médiocre; cependant les indigènes se livrent volontiers à la culture du maïs; ils ont également adopté celle du blé tendre, tout ^n continuant à produire de préférence le blé dur. Le poids moyen du blé dur est de 77 à 80 kilogrammes l'hectolitre, celui du blé tendre de 76 à 79, celui de l'orge de 58 à 61, celui de l'avoine de 47 à 48.

En 1879, il y avait eu 144 083 hectares ensemencés en blé tendre, 1 119 942 en blé dur, 1 356 934 en orge, le reste en bechna, fèves, maïs, avoine et seigle. La part des Européens était pour le blé tendre de 98 530 hectares, soit

1. Ed 1880 la culture européenne avait gagné du terrain, elle s'étendait à 372 722 hectares pour les céréales, de leur côté les indigènes avaient ensemencé 2 505 413 hectares.

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un peu plus des deux tiers; pour le blé dur, de 107 066, moins du dixième ; pour Torge, d'un quinzième environ, soit 90 173 hectares. Mais les récoltes obtenues ne sont pas dans la proportion des étendues ensemencées : sur 100hectares cultivés, un peu plus de 12 appartiennent à des^ Européens; sur 100 quintaux récoltés, ils en ont 19. Cette différence de rendement s'explique sans peine par la différence des méthodes employées et aussi des frais supportés par les deux classes d'agriculteurs. L'hectare de blé coûte en moyenne au colon de 140 à 150 francs; il lui donne à peu près 8 hectolitres; pour l'indigène, la dépense est de 90 à 100 francs, mais le rapport n'est guère que de 5 hectolitres.

La production annuelle a toujours été sujette à de fortes variations ; elle se réduit considérablement par le manque de bras en temps d'épidémie ou de guerre, mais elle est surtout affectée par les circonstances atmosphériques ; les^ pluies insuffisantes, les sirocos prolongés, les invasions de sauterelles compromettent ou détruisent des récoltes entières. En 1864, les céréales rendaient 18 218 680 hectolitres; en 1867, par l'effet d'une sécheresse de deux années^ on tombait à 4 851 491. Plus récemment, après de bonnes campagnes comme celles de 1875 et de 1876, qui donnaient 18 et 19 millions de quintaux métriques, on n'obtenait plus en 1876 que 9697 015 quintaux. Les résultats ont été moins mauvais, bien que médiocres encore, en 1878, où l'on a recueilli 11 412 333 quintaux, et en 1879, où la production a été de 13 961 302. De 1875 à 1880, la moyenne annuelle a été de 14 613 326 quintaux, représentant une valeur marchande d'environ 300 millions. Nous sommes encore loin des 5 milliards que produit en France la récolte moyenne des céréales.

La culture des pommes de terre, qui en 1868 ne s'étendait dans les trois provinces qu'à 3346 hectares, occupait en 1879 une surface presque double, 7573 hectares. Le prix de revient est à peu près de 325 francs à l'hectare ; le ren-^

dément, lorsqu'on peut donner des arrosages et que les circonstances sont tout à fait favorables, atteint jusqu'à 300 hectolitres; en terre sèche, il n'est plus que de 50; même ainsi, il est encore rémunérateur; cependant la production locale est loin de suffire à la consommation ; les quantités importées dans ces dernières années se chiffrent par des moyennes de 10 millions de kilogrammes. Lors de l'enquête agricole du comte Lehon, les légumes n'étaient cultivés que sur 8000 hectares; aujourd'hui, ils sont cultivés sur 30 000 ; les bénéfices donnés par l'exportation ont activé cette extension ; les légumes secs s'expédient en Angleterre, en Italie, en Espagne; les légumes verts, pois, haricots, asperges, artichauts, vont figurer comme primeurs sur les marchés de la métropole ; les indigènes produisent surtout pour leurs propres besoins ou pour alimenter les villes de l'Algérie ; les Européens pratiquent une culture maraîchère intensive à grand renfort de fumier et d'arrosage pour la vente à l'extérieur. En 1879, on a exporté 4 222 424 kilog. de légumes secs, d'une valeur officielle de 1 058 606 francs, et 2 221 707 kilog. de légumes verts, estimés 333 256 francs.

Difl'érentes cultures industrielles ont été essayées avec des succès variés. On s'était adonné, surtout dans la province d'Oran, à la culture du coton, que le climat semblait devoir favoriser. De 4000 kilog. en 1853, la production monta à 104 000 en 1858, à près de 500 000 en 1864; en 1866, elle atteignit son apogée, avec un rendement de 8 à 9000 quintaux. Ce qui encourageait les planteurs bien plus que les primes officielles, c'étaient les prix élevés résultant de la guerre d'Amérique ; mais, cette guerre une fois terminée, le marché américain reprit toute son activité. Les cotons algériens n'étaient pas cultivés ni préparés avec tout le soin désirable ; l'abus des irrigations et l'insuffisance des fumures nuisaient à la quahté. Les prix tombèrent et la décadence commença; elle fut rapide. En 1871, la production n'était plus que de 271 000 kilog. ; en 1879, le

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nombre des planteurs se réduisait à 5, les superficies plantées à 36 hectares, les quantités égrenées à 14 205 kilogrammes 5 Cette culture paraît donc à peu près abandonnée ; peut-être serait-il possible de la reprendre dans les plaines irriguées, à condition d'employer de meilleures méthodes; des tentatives faites dans le Sahara, notamment dansTOued-Rir, ont donné d'assez beaux résultats. Actuellement, on fait des essais pour acclimater la ramie ou china-grass, excellent textile, qui donne des fibres longues et brillantes ; elle était cultivée en 1879 sur 10 hectares, donnant 6500 kilogrammes. Des plantes oléagineuses, le colza, le ricin, Tarachide, ont été la même année, et toujours à titre d'expérience, cultivés sur 132 hectares, qui ont produit 1244 quintaux de grains.

L'Algérie paraît propice à la culture du lin; le lin de Riga, renommé pour ses filasses, s'y acclimate mieux que partout ailleurs; on a également introduit le lin d'Italie. Jusqu'à présent, la difficulté du rouissage et la cherté de la main-d'œuvre n'ont pas permis de transformer sur place la paille enfilasse; la graine, que l'on recherche surtout, ne se traite pas non plus dans le pays. On estime que les graines seules peuvent donner un rendement de 500 francs par hectare, les frais ne dépassant pas 300 francs ; cependant cette culture est en décroissance. En 1876, il y avait 5555 hectares plantés en lin, donnant en graines 3 675 826 kilog., en paille 1 737 560, en filasse 16 173. En 1878, il n'y a plus que 9136 hectares, en 1879 2697. Par contre, la sériciculture, après avoir décliné sous l'influence de la maladie des vers à soie et de celle des mûriers, paraît se relever; des primes sont d'ailleurs accordées aux producteurs de cocons. En 1875, il n'y avait que 39 éducateurs, récoltant ensemble 4898 kilogrammes ; en 1879, il y a eu 205 éducateurs, qui ont récolté 14 655 kilog.

En Algérie, la culture, la vente et la manipulation des tabacs sont libres. Les frais de culture pour un hectare vont de 600 à 800 francs ; le rendement est de 1500 kilo-

grammes en feuilles sèches. La régie achète à 150 francs les 100 kilogrammes de première qualité, à 120 francs la seconde, à 90 la troisième. En 1878, le nombre des planteurs de tabac était de 7559, la superficie cultivée de 6319 hectares, le rendement de 4 494 935 kilogrammes en feuilles. L'année 1879, avec des cultures beaucoup plus étendues, comprenant 9764 hectares, a donné un rendement très inférieur, 2 610 983 kilogrammes seulement. Cet abêtissement de production s'explique par l'extrême sécheresse. En général, la culture et la fabrication laissent à désirer; on cherche plutôt à faire beaucoup qu'à faire bien; à part les variétés Khrachena et Chebli, dont il ne faut pas s'exagérer le mérite, la qualité des tabacs algériens est médiocre ; la régie les emploie à la préparation de ses tabacs ordinaires et de ses cigares à bon marché. Le Coran interdit l'usage du vin et des liqueurs fermentées ; aussi la vigne n'était-elle cultivée avant 1830 que pour le raisin ; le gros raisin sucré de Kabylie était fort apprécié comme dessert ;de table; les colons essayèrent de faire du vin, mais on employait sans discernement les cépages et les méthodes ; l'installation était défectueuse, l'outillage incomplet; longtemps les tentatives furent malheureuses. Les produits algériens admis à l'exposition d'horticulture de 1868 étaient déclarés de qualité médiocre et de fabrication trop peu soignée. Cependant le pays se prête admirablement à l'élève de la vigne; les terrains sablonneux et accidentés abondent dans le Tell ; ni les gelées ni les coulages ne sont à redouter ; le seul danger est celui de l'excessive sécheresse. Peu à peu, l'expérience a corrigé les erreurs du début; les viticulteurs algériens ont d'ailleurs pour guides les vignerons français que le phylloxéra a chassés de leurs départements. Si le fléau cofitinue d'épargner l'Algérie, il aura été pour elle une cause indirecte de prospérité. Partout, dans les trois provinces, les vignobles se multiplient; le prix de revient dans les environs d'Alger est de 1000 francs par hectare si Ton

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exécute un défoncement complet, de 650 francs pour la plantation à fossé, de 200 francs pour la plantation à barre à mine; les vignobles de la plaine donnent une moyenne de 200 hectolitres à l'hectare, ceux du Sahel 50. Pris chez le propriétaire, le vin de la plaine se vend au moins 20 francs, celui du Sahel au moins 30 francs Thectolitre. Dans toute rAlgérie, il n'y avait en 1850 que 792 hectares de vignes; en 1879, on en comptait 20000, produisant une récolte de 350 000 hectolitres *. La qualité s'est améliorée. « Dans quelques années, disait en 1873 le rapporteur de l'exposition de Vienne, l'Algérie fournira du vin au monde entier. » Jusqu'à présent, elle n'a pas encore suffi à ses propres besoins ; en 1879, on constatait une importation de 280 000 hectolitres, il est vrai qu'elle était de 470 000 en 1871 -. C'est une habitude prise par les Algériens de consommer des vins de France, ils n'y renonceront que lentement. Cependant ils ont dans le pays, outre les vins blancs et liquoreux, comme le médéa et le mascara, des vins rouges bien travaillés et capables de se conserver. L'extension des vignobles est de tous points souhaitable; elle a pour effet d'améliorer le climat, de mettre en rapport des terrains qui ne se prêteraient pas aux céréales et enfin d'augmenter la richesse de la colonie par une production annuelle dont la valeur dépasse déjà 10 millions.

L'olivier existe en Algérie depuis la plus haute antiquité; à 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, il apparaît partout ; c'est un arbre précieux, qui se sème de luimême et se reproduit avec la plus grande facilité; quand le milieu est favorable, il atteint d'énormes proportions : on a mesuré des troncs de 10 mètres de circonférence ; la culture est simple et n'exige que peu de main-d'œuvre ; il

i. En 1880, on a compté 23 724 hectares plantés en vignes qui ont donné ensemble 432 580 hectolitres. Actuellement (1882) on peut estimer au bas mot à 30 000 hectares la superficie des vignobles algériens.

2. En 1880, l'importation n'a plus été que de 256 000 hectolitres; d'autre part l'exportation a monté de 10 000 à 50 000 hectoUtres.

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brave les intempéries, même la mortelle sécheresse; dans les plus mauvaises années, sa récolte ne fait jamais défaut. Rien qu'en massifs compacts, il y a en Algérie 70 000 hectares peuplés d'oliviers; la plupart, à vrai dire, sont à rétat de sauvageon, mais les Kabyles eux-mêmes savent greffer; cette culture est donc susceptible d'une extension presque indéfinie. Un olivier en plein rapport peut donner jusqu'à 15 ou 20 décalitres de fruits; la production totale est d'environ 200 000 hectolitres ; l'olive dite à gros fruits est destinée à être salée, l'olive à petits fruits et l'olive verdale servent à la fabrication de l'huile ; les indigènes consomment une grande quantité d'huile qu'ils préparent euxmêmes d'une manière fort imparfaite, mais ils vendent une bonne partie de leurs fruits aux usines européennes, qui leur payent le double décalitre de 1 franc 50 à 2 francs. L'huile d'olives a été de tout temps un des principaux articles du commerce extérieur de l'Algérie. De 1840 à 1876^ on a exporté 25 millions de kilogrammes pour une importation de 11 605 000. En 1879, l'importation était de 1 265 129 kilogrammes ; l'exportation dépassait 3 millions. Il faut noter que la plupart des huiles d'olives qui arrivent en Algérie sont des huiles indigènes qui, aprèsavoir été épurées dans la métropole, sont réimportées sous d'autres désignations.

Le palmier-dattier n'existe pas en Europe, au moins comme arbre producteur; en Algérie, il est la principale et presque l'unique richesse de toute une population. Dans les oasis, une partie des dattes se consomment fraîches ; mais le plus souvent on les soumet d'abord à une dessiccation. C'est le fond de la nourriture du Saharien, l'objet d'échange au moyen duquel il se procure diverses marchandises. Les caravanes partent pour le Tell avec des chargements de dattes et reviennent avec des chargements de céréales. Dans le désert, au moment delà récolte, on a une mesure de blé pour deux mesures de dattes ; dans le Tell, au temps de la moisson, on a une mesure de dattes

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pour deux de blé ; en tenant compte des frais de transport, il y a donc à peu près jéquivalence. Mais l'hectare planté en palmiers est d'un tout autre rapport que rhfectare ensemencé en blé. On compte par hectare à peu près 100 pieds ; chaque pied fournit en moyenne 150 kilogrammes de fruits. En 1876, le nombre des palmiers soumis à Timpôt s'élevait à 1 877 462; si Ton s'en tient à ce chiffre officiel, certainement au-dessous de la réalité, et que l'on évalue à 15 francs le rendement d'un arbre j on peut estimer que la récolte annuelle représente au moins une somme de 28 millions*.

Presque tous les arbres à fruits du midi et du centre de l'Europe se rencontrent en Algérie; ceux qui réussissent le mieux sont l'amandier, le figuier , le citronnier et l'oranger. Les figues contribuent pour une bonne part à ralimentation kabyle. Les orangeries de Blida ont une superficie d'environ 200 hectares et donnent un revenu moyen de 200 francs à l'hectare ; avec celles de Boufarik et de Coléa, elles alimentent un commerce d'exportation assez important. Mais leur production ne peut se comparer, au moins pour la quantité, avec celle des îles grecques, de l'Espagne ou des Açores.

1, Des propriétaires français, MM. Foureau et Fan out acheté dans rOued-Rir des jardins de palmiers dont l'exploitation leur donne d'excellents résultats.

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