CHAPITRE IV
LINDUSTRIE
Jusqu'à présent, l'Algérie a été un pays essentiellement agricole; Tindustrie proprement dite n'y occupe qu'une place très secondaire. En général, les indigènes pourvoient eux-mêmes à leurs besoins : ils tissent leurs tentes, bâtissent leurs gourbis, fabriquent leurs vêtements et leurs armes. Dans les villes, les Maures et les Juifs forment quelques corporations de cordonniers, de tisseurs, de brodeurs ; on peut rechercher à titre de curiosités leurs tapis, leurs haïcks, leurs maroquineries, leurs bijoux ; mais tout ce qu'ils produisent ne suffit pas à alimenter un commerce important.
Les Européens, dès qu'ils se sont fixés dans le pays, ont été obligés de se livrer aux différents métiers dont la civilisation la plus élémentaire réclame le concours; les diverses industries du bâtiment se sont installées; maintenant celles de l'ameublement commencent à se développer. L'exploitation des produits naturels sollicite une main-d'œuvre d'ailleurs facile et relativement lucrative. L'écorçage du chêne-liège, la fabrication des bouchons, la récolte des halfas, la cueillette du palmier nain, qu'on transforme en crin végétal, occupent un assez grand nombre de bras. Dans les territoires colonisés, des minoteries existent sur presque tous les cours d'eau; les farines algériennes sont très demandées sur les marchés de la métropole; pour la seule année 1879, l'exportation était
l'industrie 307
de 40 172 quintaux, représentant une valeur officielle de 814240 francs. Le blé, dur, riche en gluten, fournit d'excellentes semoules et des pâtes alimentaires estimées. Les moulins à huile fonctionnent aussi, surtout dans les régions qui avoisinent la Kabylie. Sur le littoral, il s'est créé des ateliers pour la fabrication des conserves à Thuile et la préparation des conserves de poisson. L'abondance et le bon marché des huiles, l'état florissant des pêcheries ont assuré le succès de cette industrie. Dans le courant de 1877, la pèche produisait 6 839 000 kilogrammes de poisson; la même année, on comptait 50 sardineries ou établissements de salaisons, occupant un personnel de 386 ouvriers. Les principales sardineries sont à la Galle, a Stora, à CoUo, à Bougie, à Castiglione près d'Alger, à Merz-el-Kebir, à Nemours et à Arzeu. En 1876, l'exportation de poisson salé ou préparé à l'huile a dépassé 5 millions de kilogrammes. C'est dans le Sahel d'Alger, à Chéragas, que l'on a essayé d'abord de la distillation des plantes odoriférantes ; l'exemple a été suivi dans les trois provinces, mais celle d'Alger a gardé le premier rang; en 1876, elle exportait à elle seule 19 066 kilogrammes d^essences de toute espèce. L'établissement le plus con- .sidérable est celui de Boufarik, dont la fondation date de 1857; on y cultive surtout le géranium, dont l'odeur après distillation rappelle celle de l'essence de rose; on y prépare aussi la précieuse essence de néroly et l'eua de fleur d'oranger. En 1881, là production est de 3000 kilogrammes d'essence de géranium à 75 fr. le kilogramme, de 50 kilogrammes d'essence de néroly à 500 francs, et d'environ 50 000 litres d'eau de fleur d'oranger.
La rapide décadence des cotons, les difficultés pratiques que rencontre la fabrication du lin ou du chanvre se sont opposées au développement des industries textiles. Longtemps encore, la grande ressource industrielle sera dans les carrières et les mines. La terre à poterie, la pouzzolane, les calcaires hydrauliques se trouvent eu
abondance, le gypse apparaît partout. On exploite des gîtes de plâtre dans la vallée de la Tafna, vers TArba aux environs d'Alger et autour des villes de Guelma, de Duvivier et de Souk-Arrhas. Dans la province de Constantine, les massifs éruptifs du littoral donnent des pavés et des granits gris; dans celles d'Alger et d'Oran, on extrait des pierres de taille, de gros blocs, des moellons. Près de Philippeville, le Filfila a des carrières de marbre ; près de Cherchell, le Chenoua a des marbres brèches très abondants et très beaux; dans Touest, il existe des marbres ordinaires, des serpentines et surtout des onyx translucides qui se prêtent au travail artistique. Il s'en faut que toutes les carrières soient exploitées, mais on peut prévoir le temps où l'Algérie tirera de son sol ses matériaux de construction et en aura de reste pour la vente au dehors. Elle exportait déjà en 1879 191 228 kilogrammes de marbres en blocs ou en tranches.
Les richesses métalliques sont considérables. Dans la province de Constantine, les roches éruptives et cristallophylliennes qui avoisinent le littoral sont semées de gîtes et veinées de filons. Kef-Oum-Teboul donne du cuivre et du plomb argentifère, Hamimate de l'antimoine, Hammam Nbaïls et Arko du zinc , Aïn-Barbar du cuivre, Cavallo du plomb et du cuivre , Taghit du mercure. Le cuivre existe dans la province d'Alger à l'oued ÂUela, au cap Ténès , à Mouzaïa. Le plomb mêlé au cuivre se rencontre à l'entrée de la Kàbylie, dans l'Ouarensenis, dans le Filhausen; le plomb isolé, à l'oued Arbatach, au Zaccar; le plomb argentifère à Gar-Rouban et à Sidi Aramon. Le fer se trouve en grande quantité et sous toutes les formes, fer magnétique manganésifère dans le massif de Bône, oligistes au Filfila, au Djebel Anini et autour de Bougie, hématites au centre et à l'ouest, dans les gîtes de Sadouna, de Messelmoun , de Gouraya, de Souma, dans le Djebel Orousse et la région métallifère du Rio- Salado. Les bons minerais algériens, ceux d'Aïn-Mokra