‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 87 sur 93 · L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

L'INDUSTRIE

OU de Beni-Saf sont très appréciés ; ils rendent à la fonte de 62 à 65 pour 100. Les minerais de Gar-Rouban donnent 65 pour 100 de plomb et environ 90 grammes d'argent par 100 kilog.

Les mines de l'Algérie ont été certainement mises à contribution dans l'antiquité par les Romains et avant eux par les Carthaginois et les Phéniciens ; mais l'exploitation qui d'ailleurs n'a jamais été générale a chômé depuis le commencement du moyen âge; c'est donc une richesse presque intacte dont il s'agit de profiter. Actuellement, la plupart des gîtes sont ' soupçonnés plutôt qu'explorés; parmi ceux qu'on a reconnus, un grand nombre ne sont encore ni concédés ni exploités. La difficulté d'accès, l'insuffisance de la viabilité, une sécurité incomplète, la maind'œuvre trop coûteuse ont empêché l'essor de l'industrie minière. Cependant elle fonctionne activement sur plusieurs points, à Kef-Oum-Teboul, à Aïn-Barbar, à Cavallo dans la province de l'est, à Souma, Messelmoun,Gouraya dans celle du centre, au Filhausen et à Gar-Rouban dans la^ province d'Oran. Deux exploitations surtout sont en pleine prospérité; la compagnie de Mokta-el-Hadid, qui possède les mines d'Aïn-Mokra, des Karézas et de Bou- Hamra, a construit à ses frais un chemin de fer de 32 kilomètres qui amène directement ses minerais dans le port de Bône. La seule mine d'Aïn-Mokra employait en 1879 1210 ouvriers et produisait près de 300 000 tonnes. La compagnie de Beni-Saf, de création toute récente, détient les minières de Beni-Saf, où l'on connaît l'existence de 8 gisements, celles de Camerata avec 6 gîtes, celles de Tenikrent avec 3. Elle a improvisé une ville, des usines, des railways et un port qui peut recevoir des navires de 2000 tonneaux. Elle obtenait 80 000 tonnes de minerai en 1878, 100 000 en 1879, 140 000 en 1880 *.

En 1880, pour toute l'Algérie, on comptait 36 mines ou

1. La compagnie de Mokta-el-Hadid a fait racquisition du massif ulinier de Boni-Saf.

minières concédées, dont la moitié en cours d'exploitation. Le personnel occupé aux travaux était de plus de 4000 ouvriers, la production de plus de 600 000 tonnes, fournies surtout par les groupes d'Aïn-Mokra et de Beni-Saf. Pendant l'année 1879, l'exportation des minerais expédiés en France, en Belgique, en Angleterre et même aux Etats- Unis représentait /i 433 454 quintaux, dont 4 379 324 en minerai de fer, 29 'i50 en minerai de cuivre, 24 680 en minerai de plomb.

Certains minerais ne peuvent être utilisés que si on les traite sur place, par exemple ceiDc dont la teneur est trop faible pour qu'ils supportent l'exportation ou ceux qui sont situés à une grande distance du littoral. Par malheur, l'Algérie est dépourvue de combustibles minéraux; des imprégnations bitumineuses dans le Ferdjioua, des sources de pétrole peu abondantes dans le Dahra, des gîtes d'anthracite médiocre, quelques indices de lignites tertiaires et quaternaires, voilà tout ce qu'on a pu découvrir jusqu'à présent, et il n'y a guère à espérer de trouver mieux ' ; aussi n'a-t-on pas encore réussi à installer des hauts-fourneaux; la tentative faite à l'Alélik par la compagnie de Mokta-el- Hadid a été presque aussitôt abandonnée. Cependant la situation tend à se modifier d'une manière avantageuse. Avant qu'il soit longtemps, le développement des chemins de fer permettra d'exécuter même dans l'intérieur des transports à bon marché. Dans ces dernières années, l'Algérie exportait des marchandises beaucoup plus lourdes que celles qu'elle importait. En 1874, 1875, 1876, l'écart était de 600 à 650 000 tonnes. Pour équilibrer les frets^ les navires se sont trouvés obligés de prendre à l'aller des chargements pesants et volumineux. La houille est la mar-

1. Cependant on vient de découvrir dans les environs de Bou-Sâada an combustible qui se présente sous Tapparence d'une bouille maigre. D'après l'analyse le pouvoir calorique de ce combustible serait de 4037, fort inférieur par conséquent à celui du charbon pur qui est de 7815. On ne sait pas encore si le gisement est assez important pour donner lieu à une exploitation.

l'industrie 311

chandise encombrante par excellence; aussi son importation s'est-elle soudainement développée; de 668 900 quintaux en 1878, elle est arrivée en 1879 à 1 028 539. Le moment est proche oTi les industries métallurgiques pourront s'établir avec la certitude du succès.

L'introduction en Algérie de la grande industrie, tout en modifiant de la manière la plus heureuse les conditions économiques où se trouve ce pays, entraînera d'autres conséquences qu'il est facile de prévoir. Les capitaux, sollicités par un puissant appel, afflueront dans la colonie, toutes les forces seront utilisées, toutes les richesses latentes seront mises en valeur, la prospérité générale se développera avec une incroyable énergie. Alors l'aisance se répandra dans toutes les classes de la population; la société indigène, brisant ses cadres, se mobilisera, se mêlera à la vie active des Européens. Elle fournira des manœuvres et des ouvriers, plus tard des contre-maîtres et des chefs d'atelier, plus tard encore des ingénieurs et des industriels. Pendant ce temps, chaque fabrique, chaque usine, chaque chantier deviendra un terrain de rapprochement; le contact quotidien, effaçant les différences, usant les préjugés, unifiant les mœurs, les sentiments et les idées, contribuera plus que toutes les mesures politiques à la fusion des races. L'assimilation des indigènes ne sera plus une utopie.

Page 1