‹ L'AlgérieChapitre 10 sur 102 · Voy. Pauly, Climatologie comparée · texte numérisé non relu

Voy. Pauly, Climatologie comparée

2. Voy. Mac-Carthy, Cartes des régions à halfa-y T rabat, Z,'ffa//a.

et (les Espagnols viennent en prendre livraison. En 18(K|, la superficie des terrains de halfa exploités dépassait 1 200 000 hectares, dont plus de la moitié dans la province d'Oran. L'exploitation mettait en activité 189 chantiers ou bascules d'achat. La récolte donnait 1 055 000 quintaux, la valeur du quintal rendu au port d'embarquement variant suivant les qualités et les cours de 6 à 19 francs; les quantités exportées s'élevaient à 818 000 quintaux. En 188/i, on évaluait à 1620 000 tonnes valant environ 125 millions les quantités exportées depuis 1867. Bien que ce mouvement ait subi une décroissance, en raison de la baisse des prix et de la concurrence des autres pays producteurs, l'exportation représente encore un chiffre annuel de 6 à 7 millions de francs. Le transport des halfas alimente pour une bonne part le trafic des chemins de fer de pénétration, surtout dans l'ouest. Enfin ils ont attiré sur les hauts plateaux le peuplement européen. Il est temps au reste de mettre à profit les autres ressources de ce vaste pays. Certaines parties sont loin d'être impropres à la culture : dans la plaine des Maalif par exemple, la colonisation agricole s'est spontanément développée en dehors de tout appui officiel. On pourrait remédier sur certains points à l'insuffisance des pluies par des forages de puits atteignant les nappes aquifères, par des travaux d'aménagement comme ceux que Ton projette pour utiliser les eaux de crue du haut Chélif et transformer en terres de culture les vastes redirs de Bou Ghzoul. Mais les hauts plateaux sont avant tout une région d'élevage. Si la rareté de l'eau et la qualité des pacages n'y permettent le gros bétail qu'à titre exceptionnel, le mouton s'accommode mieux du régime frugal qu'il y trouve. Sur les 7 milUons de moutons que possède l'Algérie, la plupart vivent tant bien que mal dans les steppes des plateaux. Sans renoncer à l'utilisation agricole et même à la colonisation des parties les plus favorisées, c'est l'élevage surtout et l'élevage du mouton

qu'il faut quant à présent s'attacher à développer. On estime que la richesse ovine pourrait être aisément quintuplée, si l'on remédiait au manque d'eau qui, dans l'état actuel, rend la majeure partie des pâturages inhabitables pour les troupeaux. Il ne s'agit point ici de travaux compliqués et dispendieux, mais d'opérations de détail relativement faciles et peu coûteuses, telles que sondages artésiens, captage de sources, construction de petits barrages, installation d'abreuvoirs. Depuis quelques années, à la suite des études de MM. Pomel et Pouyanne, désignées à l'attention du Parlement dans le beau rapport d'Auguste Burdeau sur le budget de l'Algérie, l'administration est entrée dans cette voie. Elle s'efforce de multiplier les points d'eau, d'aménager les sources et les redirs *. La dérivation du haut Chélif, dont il a été parlé plus haut, permettra non seulement de livrer à la culture des céréales 1500 hectares de terres, auxquels s'ajouteront dans un avenir prochain les vastes surfaces des daïas Khorfa, mais aussi d'irriguer en vue de l'élevage une immense plaine de 100 kilomètres carrés. Plus loin vers le sud, on a déjà aménagé les sources de Taguin, dont le débit a été porté de 800 à 2100 litres à la minute, et qui servent tout ensemble à abreuver de nombreux troupeaux et à irriguer toute une zone de pâturages. Au sud-ouest, au delà du chott Chergui, les 5 millions d'hectares de terres de parcours des Trafi pourront être utilisés par ces nomades en toute saison, grâce à l'établissement de puits, de tranchées et galeries filtrantes, de redirs artificiels, de bassins et d'abreuvoirs. Le même programme est suivi à l'est, dans les régions similaires du département de Constantine. Pour mettre en train ces travaux multiples, en mener à terme une partie, il a suffi d'un crédit annuel de 80 000 francs depuis 1892. Quand on les aura achevés, qu'on y aura ajouté des plantations

1. On appelle redirs les réservoirs naturels formés par les dépressions où s'amassent les eaux pluviales.

LES HAUTS PLATEAUX 4o

d'arbustes fourragers, propres à fournir une réserve d'alimentation aux troupeaux dans les années de sécheresse où l'herbe manque, on aura vivifié les hauts plateaux. Ils deviendront le grand marché à viande de l'Algérie, moins vaste assurément que ceux de l'Australie et du Sud-Amérique, mais plus rapproché des centres de consommation européens. Ces mesures ou d'autres du même genre, aboutissant à une meilleure utilisation des pâturages, arrêteront la décroissance du troupeau algérien. Elles pourront même l'accroître dans des proportions considérables (certaines évaluations portent à liO et 50 millions de têtes les troupeaux que les steppes algériennes pourraient nourrir), et procureront aux pasteurs une ample compensation pour les surfaces qui, à la lisière du Tell, leur sont enlevées par Tagriculture.

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