CHAPITRE Vil
CONQUÊTE DU SAHARA ET DE LA KA6YLTE. LES INSURRECTIONS. LA QUESTION SAHARIENNE
En 1848 , l'Algérie pouvait être considérée comme domptée ; seules la lointaine région du Sahara et dans le Tell la montagneuse Kabylie échappaient encore à la conquête. Ces contrées devinrent naturellement les derniers centres de la résistance, les foyers où s'allumaient les insurrections. En réprimant les révoltes, la France se trouva amenée à les poursuivre jusque dans leurs refuges; c'est ainsi que s'opéra graduellement l'occupation du Sahara et que la Kabylie fut d'abord entamée, puis pénétrée dans tous les sens,et enfin définitivement soumise.
Dans le sud, les divisions des indigènes nous avaient longtemps fourni d'utiles points d'appui pour combattre l'influence d'Ahmed-bey et celle d'Abd-el-Kader. En ISlili, pendant que le général Marey installait à Laghouat , comme khalifa relevant de la France, Ahmed-ben-Salem, le duc d'Aumale s'était avancé jusqu'à Biskra. La soumission des Ziban avait entraîné celle de l'Aurès. Mais l'administration française mal renseignée commit ou laissa commettre des fautes graves. La lezma, l'impôt des palmiers, avait été jusqu'alors répartie en tenant compte de la fertilité des oasis et du rendement habituel ; on en fit une redevance uniforme, la même pour tous les arbres, quelle que fût leur valeur productive. A sept lieues au
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nord-ouest de Biskra se trouve Zaatcha; le personnage important de l'endroit, un certain Bou-Zian, ancien cheikh d'Abd-el-Kader, profita du mécontentement de ses compatriotes et les excita contre la France. L'agitation fut bientôt générale dans toute la contrée ; un officier du bureau arabe, le lieutenant Seroka, essaya d'y couper court en enlevant le principal meneur ; mais le coup de main manqua, les gens de Zaatcha ayant pris la défense de Bou-Zian; le colonel Carbuccia voulut les châtier : il fut repoussé avec des perles sensibles. Cela se passait au mois de juillet 1849; à l'automne, le général Herbillon s'avança avec 4000 hommes \ Comme toutes les oasis, Zaatcha formait un enchevêtrement de jardins, de clôtures, de fossés d'irrigation , obstacles naturels faciles à défendre ; la ville même était entourée d'une enceinte; les habitants, bien armés et très animés, opposèrent une résistance vigoureuse; deux assauts tentés le 20 octobre n'eurent pas de succès. Il fallait un siège en règle ; des renforts amenés d'Aumale et de Sétif permirent un investissement complet; mais les assiégés, exaspérés par la destruction de leurs palmiers, défendaient le terrain pied à pied et exécutaient des sorties furieuses ; les oasis voisines faisaient de leur mieux pour les secourir; les nomades gênaient nos communications et menaçaient nos derrières. Enfin, le 28 novembre, les brèches furent reconnues praticables; trois colonnes d'assaut sont lancées; le colonel Canrobert avec k officiers et 16 hommes d'élite enlève la première, tous les officiers et 12 des soldats qui l'entourent sont blessés, lui seul n'est pas atteint. Une fois dans la ville, on se bat avec rage ; les rues et les maisons sont successivement emportées. Bou-Zian avec 150 personnes s'était réfugié dans une mosquée ; un feu terrible empêche l'escalade, un canon est mis en batterie, mais les artilleurs sont tués, la mine fait enfin sauter un
{. Voy. Bocher, Zaatcha (Revue des Ueux Mondes, 4831).
mur, tout est massacré. Aucun habitant de Zaatcha ne fut épargné, la ville et l'oasis furent entièrement détruites. Ce Saragosse sa!v:irien nous avait tué ou blessé 1500 hommes, sans compter les ravages exercés par le choléra. Il fallut encore combattre pour réduire l'Aurès, qui s'était soulevé; la petite ville de Narra, dans la vallée de l'oued Abdi, fut prise d'assaut et incendiée.
Mohammed-ben-Abdallah, le prétendu chérif que nous avions voulu autrefois opposer à Abd-el-Kader , revenait alors de la Mecque. La Turquie, toujours prête à concevoir de chimériques espérances, croyait le moment venu de ressaisir l'Algérie ; Mohammed-ben-Abdallah fut le principal instrument de ses sourdes intrigues. Il débarqua à Tripoli, entra dans le Sahara par Ghadamès et organisa à Ouargla un centre d'agitation ; son çof, d'abord vaincu, reprit le dessus et s'empara de Laghouat; il se hâta d'accourir, mais ses succès s'arrêtèrent là. Le général Pélissier, parti d'Oran, fit sa jonction avec la colonne Yusuf; tous deux ensemble rejetèrent les insurgés dans la ville. Les batteries furent aussitôt dressées et le li décembre 1852 l'attaque commença ; le feu avait été ouvert à sept heures, à dix heures les brèches étaient praticables : les troupes s'élancent aussitôt et après un violent combat demeurent maîtresses de la place. Comme à Zaatcha, le carnage fut horrible *; les soldats, exaspérés par l'acharnement de la résistance, ne faisaient pas de quartier. Mais cette fois, les difficultés étant moindres et les moyens d'action plus puissants, la victoire nous coûta moins cher. Mohammed-ben- Abdallah s'était échappé avec quelques cavaliers ; il fut poursuivi; Si-IIamza, le chef des Ouled Sidi-Cheikh, qui s'était mis décidément au service de la France, alla le chercher dans l'extrême sud, le défit et s'empara d'Ouargla. Les Mozabites, qui avaient pris parti pour le chérif, se hâtèrent de faire leur soumission; à la fin de 185/i,nos troupes en-