Voy. Fromentin, Un été dans le Sahara
CONQUETE DU SAHARA ET DE LA KABYLIE IGo
traient dans Tuggiirt; l'oued Rir et l'oued Souf, sur les confins de la Tripolilaine, reconnaissaient la domination française ; les exécutions de Zaatcha et de Lagliouat avaient répandu partout la terreur; le sud fut pacifié pour dix ans. L'occupation de Bougie (1833), de Djijelli (1839), de CoUo (18Zi3) nous avait mis de bonne heure en contact avec la Kabylie. Abd-el-Kader, au temps de sa puissance, y entretenait un khalifa, mal obéi à la vérité, mais dont l'influence pouvait toujours devenir dangereuse. Dès 18Zi/i, Bugeaud organisa une colonne, s'empara de Dellys et battit la grande tribu des Flissas. Interrompue par la campagne du Maroc, l'expédition fut reprise quelques années plus tard; elle était désapprouvée par les Chambres, à peine autorisée par le ministère; mais Bugeaud tenait à son idée. Il s'était préparé de longue main à combattre ces montagnards ,etil ne jugeait pas que leur indépendance fût compatible avec la sécurité de la colonie. Il prit tout sous sa responsabilité. Il partit d'Aumale, tandis que son lieutenant Bedeau partait de Sétif; la résistance la plus vive fut opposée par les Beni-Abbès; mais quand ils eurent vu escalader leur village fortifié d'Arzou, brûler leurs maisons, couper leurs arbres fruitiers, ils demandèrent l'aman et cinquante-quatre tribus suivirent leur exemple. En 18/i9, lagitation qui se traduisait dans le Zab par la révolte de Zaatcha se manifesta également en Kabylie, la confédération des Zouaoua, poussée par le cheikh Si- Djoudi et par le marabout Si-Amkran, se prononça contre nous, entraînant avec elle les Guechtoula et les Beni-Mellikeuch. La tribu soumise des Beni-Messaoud fut attaquée; on la secourut; les généraux Blangini, de Salles, Saint- Arnaud dirigèrent des colonnes contre les rebelles ; en môme temps, le sous-lieutenant Beauprêtre, du bureau arabe d'Aumale, détruisait par un coup de vigueur un faux Bou-Maza, Bou-Sif, qui troublait le versant sud du Djurjui'a. Mais un autre chérif ne tarda pas à paraître : c'était Bou-Baghla, l'homme à la mule ; quelques mensonges
audacieux, des sortilèges grossiers séduisirent les Kabyles ; il eut bientôt plusieurs milliers d'hommes autour de lui ; en mai 1851, il osa se porter sur Bougie; la petite garnison le mit en déroute, mais il eut bientôt refait ses forces. Il aurait fallu agir contre lui avec vigueur, on n'envoya de ce côté qu'une colonne accessoire qui put le battre, non le détruire. Pendant ce temps, le corps principal opérait dans le massif de la Petite Kabylie, entre Philippeville, Djijelli et Mila; on avait voulu ménager à Saint-Arnaud, déjà choisi par Louis-Napoléon pour être son complice, une occasion de se distinguer. Avec une division entière, il fit une campagne de quatre-vingts jours, eut des engagements fréquents et meurtriers et reçut quelques demandes d'aman ; on l'appela ensuite à Paris comme ministre de la guerre, et ce fut là le seul résultat appréciable de l'expédition. Dès le mois d'octobre de la même année, Bou-Baghla reparaissait dans le Sébaou. Pélissier, qui commandait alors la division d'Alger, Bosquet en 1852, le gouverneur général Randon en 1853 durent marcher successivement contre lui ; il trouvait toujours un asile chez les Zouaoua. Enfin, en 185/i, il fut tué dans un combat contre un des Mokrani. Au temps du maréchal Bugeaud, on aurait pu éviter d'entrer «n lutte avec les Kabyles; en 1851, il aurait été possible d« les dompter si l'expédition Saint- Arnaud avait été dirigée sur le Djurjura. On n'avait fait ni l'un ni l'autre. De la part de ces montagnards turbulents qu'on n'avait pas laissés dans leur neutralité et qu'on n'avait pas su soumettre, il fallait s'attendre à de fréquentes reprises d'hostilité. En 1857, les Beni-Iraten, auxquels nous avions déjà eu affaire trois années auparavant, se soulevèrent de nouveau. Randon, qui était alors gouverneur, résolut d'en finir. 35 000 hommes de troupes régulières furent rassemblés; pendant que des corps d'observation établis à Drael-Mizan, chez les Beni-Mansour, chez les Beni-Abbès et au col de Chellata, cernaient la Grande Kabylie, trois divisions avec de la cavalerie et de l'artilleiie l'abordèrent de