CHAPITRE VI
Les israélites algériens sont très anciens dans le pays; la première invasion arabe trouva devant elle des populations entières qui professaient le judaïsme; il y avait là, avec les descendants des Juifs que Marcius Turbo avait chassés de la Gyrénaïque sous le règne d'Hadrien, de nombreux prosélytes qu'ils avaient gagnés à leur religion*. Déserté pour le culte des conquérants, le judaïsme garda pourtant quelques fidèles et se maintint pendant tout le moyen âge dans l'Afrique du nord; au xiv^ et au xv^ siècle,^ il fut renforcé par l'émigration espagnole; les nouveaux venus se mêlèrent à leurs coreligionnaires; plus instruits, plus cultivés, ayant mieux gardé leurs traditions, ils prirent bien vite une influence prépondérante ; aujourd'hui, le juif purement africain ne se trouve plus guère que dans l'extrême sud, où il partage les mœurs et la vie des nomades; au nord et dans les villes, l'élément espagnol domine, et il a conservé dans les noms dont il fait usage, dans sa langue et dans ses coutumes le souvenir de l'ancienne patrie. Sous les Turcs, les juifs furent astreints à porter un costume spécial; les avanies et les vexations ne leur furent pas ménagées ; il est vrai que la condition des citadins maures n'était pas beaucoup meilleure. La conquête française fut pour eux une délivrance, ils l'accueillirent avec joie. On leur laissa alors, comme à tous les autres
1. Voy. Ibn. Khaldoun, Histoire des Berbères-, Cahen, Les juifs de V Algérie {Bulletin de la Société archéologique de Constantine).
indigènes, leur statut personnel, et ils continuèrent à vivre sous le régime des lois rabbiniques. En 1870, un décret du gouvernement de Tours les a naturalisés collectivement; depuis, ils ont les droits et les devoirs des citoyens français.
A l'époque où elle a été prise, cette mesure était assurément discutable. Elle procédait de la même doctrine et de la même politique qui, vingt-deux ans auparavant, avaient fait passer d'un bond la France du suffrage censitaire au suffrage universel, et appelé du même coup à la liberté et à l'exercice des droits de citoyens les esclaves noirs des Antilles. En l'espèce, elle s'appliquait à une population qui n'avait encore complètement adopté ni les mœurs, ni les idées, ni même la langue française. Elle eût gagné à être entourée de tempéraments qui en auraient corrigé la formule par trop simpliste et lui auraient permis de produire graduellement son effet. On eût pu , par exemple, tout en déclarant que le statut réel et le statut personnel des israélites algériens seraient désormais réglés par la loi française, n'accorder les droits de citoyens qu'à ceux qui justifieraient d'une certaine capacité à les exercer, et, pour l'avenir, à ceux qui naîtraient sous le nouveau régime. On aurait ainsi ménagé les transitions nécessaires.
Le décret, tel qu'il a été rendu, a donc pu en son temps être qualifié de prématuré. Nous conviendrons volontiers que, comme les autres réformes algériennes édictées par le gouvernement de la défense nationale, il était assez inopportun en un pareil moment. Mais il paraît difficile de soutenir qu'il ait été la cause déterminante, d'aucuns diraient volontiers la cause unique de l'insurrection de 1871 K Le départ des troupes, le retentissement de nos désastres, l'effondrement de notre puissance, le désarroi visible de notre administration, le conflit des autorités
1. Voy. Forest, La Naturalisation des juifs algériens et VinswTectiùH de 1871.
militaires el civiles, le spectacle anarchique des cités algériennes en pleine effervescence démagogique, c'éta assez, sans parler des excitations étrangères qui ne firerit pas faute, pour éveiller les ambitions des féodaux indigènes et les espérances des fanatiques. La naturalisation des juifs a pu être exploitée par quelques agitateurs. Comme le déclarait devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale le général Augeraud, « elle n'a été qu'un prétexte ». Aussi bien aucun des chefs indigènes, dans ses déclarations publiques ou dans sa défense devant les tribunaux, n'a-t-il allégué ce prétendu motif. Il importait vraiment assez peu aux Arabes et aux Kabyles, qui n'en veulent pas davantage aujourd'hui, qu'elle fût ou non conférée aux juifs algériens. L'insurrection de 1871 tenait à des causes autrement complexes et profondes; quand bien même les juifs n'auraient jamais été naturalisés, elle aurait éclaté avec une égale violence.
C'est une erreur encore plus manifeste de prétendre que la naturalisation a été une fantaisie personnelle et une improvisation de M. Crémieux. A tort ou à raison, cette mesure était considérée comme nécessaire par la majorité des Français d'Algérie, afin de mettre un terme à une situation qui n'était guère moins gênante pour eux que pour les israélites eux-mêmes. Ceux-ci, en effet, déclarés Français par le sénatus-consulte de 1865, avaient cependant conservé leur statut personnel. Vivant au milieu des Européens, en relations constantes avec eux, justiciables des tribunaux français, l'incertitude de leur position légale était une source de contestations et de difficultés souvent inextricables. A chaque instant se posait la question de savoir s'il convenait ou non de leur appliquer la loi française. Aussi la naturalisation avait-elle été demandée avec insistance par les trois conseils généraux de l'Algérie, y compris les membres musulmans, y compris Mokrani, le futur chef de l'insurrection de 1871. Elle faisait partie de l'ensemble de réformes réclamées vers la
fin de l'Empire par Topposition républicaine et on peut ajouter par tout le parti libéral en France et en Algérie. Le gouvernement inipérial était sur le point de la réaliser. M. Emile Ollivier l'annonçait formellement au Corps législatif. Un projet de décret avait été soumis au Conseil d'État. Le gouvernement de Tours ne fit donc qu'exécuter ce qui avait été décidé avant lui, et il était en droit de penser qu'en le faisant il donnait satisfaction au vœu de l'opinion publique.
Ce débat ne présente malheureusement pas un caractère purement rétrospectif et spéculatif. Sous les excitations incessantes d'une presse véritablement immonde, des émeutes du caractère le plus grave éclatèrent à Alger en 1898. Toute cette tourbe que l'on rencontre dans les ports méditerranéens, dirigée et embrigadée par un chef de bandes, Max Régis, puis lâchée dans les rues de la ville, se mit à piller et à saccager les boutiques, se rua à l'assaut des magasins Israélites. Les attentats contre les biens furent accompagnés ou suivis d'attentats contre les personnes, et le sang coula à diverses reprises.
Il n'est sorte de reproches qu'on n'ait adressés aux Israélites algériens, et tous les péchés de la colonie leur ont été imputés. Si l'on cherche à aller au fond des choses et à préciser ces griefs, l'acte d'accusation peut se résumer ainsi : adonnés exclusivement aux professions mercantiles, sans travailler ni produire, il accaparent la richesse. Ils pressurent et dépouillent les Arabes. Armés des droits politiques qu'on leur a imprudemment conférés, ils pèsent sur l'Algérie de tout le poids de leurs capitaux et de leur influence. Restés étrangers à tout sentiment de patriotisme français, ils régnent en maîtres sur cette terre française. C'est pour eux que s'est faite la conquête.
Il est exact que les Israélites algériens, par refl"et d'habitudes séculaires, s'adonnent surtout au commerce. Mais où prend-on que le commerce ne soit pas l'un des éléments nécessaires de la prospérité d'un pays? Bon nombre
(l'entre eux d'ailleurs exercent aussi des métiers. manuels; bien qu'on ne leur facilite guère l'accès des professions libérales, ils s'y portent avec un empressement qui paraît quelquefois excessif. Confinés de temps immémorial dans les villes, on ne les voit pas cultiver le sol. Il n'y a pas beaucoup d'exemples de citadins se transformant en ouvriers agricoles. S'ils deviennent propriétaires ruraux, on crie à l'accaparement des terres. Cela n'a pas empêché certains d'entre eux de créer des exploitations importantes, parfois de se ruiner en les créant. Si la richesse est un crime, il y a en Algérie au moins autant de criminels de ce genre parmi les Français, au moins autant parmi les étrangers européens que parmi les Israélites. A bien regarder, on trouverait chez ces derniers quelques douzaines de familles opulentes, quelques centaines d'aisées, et au-dessous une masse pitoyable de pauvres gens, vivant aussi misérablement que les plus déshérités des prolétaires européens. Il y a certainement des juifs cupides, qui poursuivent avec une odieuse âpreté l'acquisition de la fortune, qui pratiquent sans merci l'usure à rencontre de leurs coreligionnaires aussi bien que des chrétiens et des musulmans, qui abusent surtout de l'ignorance et de l'imprévoyance de ces derniers. Mais tous les juifs algériens ne sont pas des usuriers et il existe beaucoup d'usuriers algériens qui ne sont pas des juifs. Après avoir décrit le mécanisme de la vente à réméré, en constatant que les indigènes musulmans se livrent volontiers entre eux à cette honnête industrie, « je ne sais pas bien, ajoute M. Robe S si les juifs se livrent plus que les Européens à ce genre de spéculation. Nous avons eu l'occasion d'en rencontrer des uns et des autres. Dans les petits et
1. Exposé historique du régime administratif et politique des indigènes, Alger, 1896, p. 58. L'auteur, M. Eugène Robe, avocat à la cour d'Alger était, en même temps qu'un jurisconsulte distingué, un des praticiens les plus anciens, les plus expérimentés et les plus respectés de l'Algérie.
moyens centres nous avons vu des Européens, des Français devenir riches en prêtant à des indigènes. Il est bien certain que cette exploitation de l'indigène propriétaire est nuisible à notre considération et à l'idée que les indigènes se l'ont d'une justice supérieure venant de nous, mais la responsabilité retombe sur tout le monde : musulmans, juifs et Européens ^ »
Que n'a-t-on pas dit de la dépossession des Arabes par les juifs à la faveur des facilités d'aliénation introduites par nos lois. Une procédure spéciale a été instituée par la loi de 1873 pour rendre possible Tacquisition des immeubles indigènes non encore soumis à la loi française. Applicable d'abord aux seuls biens melk^ elle a été étendue en 1887 aux terres collectives de culture. Au 31 décembre 1892, les transmissions de ce genre signifiées au service des domaines s'élevaient au nombre de i!xl!x portant sur 198 000 hectares ; 1008, comprenant l/i6 585 hectares, s'étaient effectuées au profit de Français; 308, affectant 32 380 hectares, au profit d'étrangers; 101, atteignant 19 273 hectares, au profit d'israélites. Les enquêtes autorisées par la loi de 1887 au profit d'Européens bénéficiaires de promesses de ventes de terrains collectifs ont été, jusqu'en 1897, au nombre de 279, sur lesquelles 230 requises par des Français ou Européens pour des contenances de 18 200 hectares, 39 par des israélites pour AOOO hectares.
1. Un fait, entre tant d'autres, donne idée de la légèreté avec laquelle, même dans les milieux qui devraient être les plus graves, on met au compte des israélites tous les méfaits de ce genre. En 1891, lors de la discussion au Sénat de l'interpellation Dide, un orateur, M. Pauliat, voulant montrer combien les indigènes sont exploités, signale la fortune considérable acquise par l'interprète de la justice de paix de Tizi-Ouzou, lequel a eu depuis des malheurs judiciaires, et qui, naturellement, « est un juif » (séance du 26 février). A la séance du 6 mars, lecture était donnée de la dépèche suivante, émanant de l'interprète mis en cause et certifiée exacte par le procureur de la République : « Donne démenti formel allégation Pauliat, suis Arabe naturalisé Français, ... suis interprète justice de paix Tizi-Ouzou depuis 1874, n'ai jamais été poursuivi. »
Ceux qui reprochent aux israélites algériens de manquer de patriotisme ne peuvent s'autoriser que d'une simple présomption, résultant de leur accession encore récente à la nationalité. Ils sont de nouveaux Français, pas plus nouveaux que les Espagnols, Italiens, Maltais et autres étrangers naturalisés, pas beaucoup plus nouveaux que les Niçois et les Savoisiens. En toute circonstance, ils ont manifesté les sentiments les plus français. Ils ont accepté sans murmure l'obligation si nouvelle pour eux du service militaire, même quand il leur était, par l'envoi dans la métropole, rendu plus onéreux qu'aux autres conscrits algériens. Rien ne prouve qu'au jour du péril ils ne feraient pas leur devoir. En attendant, est-il vrai qu'ils refusent de se mêler à la société française? Ne les voit-on pas adopter nos usages, prendre nos costumes, suivre nos modes? Fait plus significatif, aucune population en Algérie ne recherche avec un pareil empressement l'instruction française. En 1900, alors que dans les écoles primaires, la proportion des élèves musulmans est de 5,9 pour 1 000 habitants, celle des Français et autres Européens de 17 à 18 pour 100, la leur s'élève à 24 pour 100. Dans l'enseignement secondaire, ils venaient, en 1900, au second rang avec une proportion de 8,8 pour 1 000, suivant de près les Français (11), devançant de très loin non seulement les musulmans, mais les étrangers européens (0,6 pour 1 000). Il est impossible de montrer plus de zèle et, ajoutons-le, avec le témoignage des faits et l'appréciation des observateurs impartiaux, une plus remarquable aptitude à s'assimiler une civilisation qui leur était totalement étrangère il y a quelque soixante ans.
Les maîtres de l'Algérie, comment le seraient-ils? Le principe de l'égalité inscrit dans notre droit public depuis 1789 ne leur a jamais été appliqué, leur est appliqué moins que jamais aujourd'hui. En fait, ils sont exclus des fonctions publiques. On s'est mis à leur fermer non pas seulement la magistrature et l'administration des indi-
gènes, mais celles des administrations de l'État où leur présence n'a jamais présenté d'inconvénients politiques. On pourchasse maintenant ceux qui occupent les plus humbles emplois dans l'enseignement ou les services municipaux. Pas un ne siège dans les conseils généraux de l'Algérie, on les écarte des assemblées municipales où ils avaient jadis une place. Yeut-on parler de leur influence dans les élections législatives? Par rapport à la population française ou naturalisée, ils sont dans la proportion de 1 à 6 ou 7, à l'état donc de minorité. Mais cette minorité, si elle est compacte en face des Français divisés, peut, en se portant dans un sens ou dans l'autre, décider du résultat? Nous touchons ici à la cause initiale et véritable de l'antisémitisme algérien. Tout ce déchaînement, dans lequel la violence n'exclut pas le calcul, procède de rancunes et de combinaisons électorales. Les israélites ont concouru à former les majorités qui ont porté et maintenu au pouvoir certains hommes politiques, ceux-ci ont soulevé des haines qui se retournent contre eux. Les Machiavels du çof opposant ont trouvé admirable de discréditer les adversaires en les représentant comme les créatures des juifs et d'immobiliser ceux-ci par la menace et l'intimidation. Certes, les juifs auraient pu faire usage avec plus de discrétion de leurs droits électoraux, ils auraient été avisés en affichant moins bruyamment leurs préférences. Il s'en faut que leurs votes aient toujours été éclairés. Trop souvent, ils ont suivi avec une docilité moutonnière les meneurs qui se posaient comme leurs guides, ils ont été les dupes des maquignons électoraux, quelquefois la matière passive de vilains marchés. Mais en Algérie et même ailleurs, n'est-ce donc que parmi les juifs qu'on trouve des politiciens sans scrupule, des captateurs de suffrages, des falsificateurs de scrutin, et surtout, hélas î des électeurs inconscients pour leur servir d'instruments? Sont-ce là des raisons suffisantes pour en venir à quelque mesure extrême, comme le serait l'abrogation du décret
de 1870? Il serait inouï que toute une population fût ainsi sacrifiée sans examen sérieux. Avant d'admettre comme fondés les griefs qu'on élève contre les juifs algériens et dont nous avons montré l'extraordinaire exagération, au moins conviendrait-il de les vérifier par une enquête scrupuleuse. Qu'on établisse par exemple une statistique de la criminalité juive en Algérie, qu'on relève les attentats contre Tordre public, les propriétés ou les personnes, les actes délictueux de toute nature commis par les israélites, on verra si leur moralité est inférieure à celle des autres éléments de la population algérienne, et s'ils méritent vraiment d'être exclus comme indignes de cette communauté de la patrie française, si libéralement ouverte à tous ceux qui la demandent, et même, depuis la loi de 1889, à tous ceux qui ne la récusent pas expressément.
Si Ton abrogeait le décret de Tours, quelle serait la situation légale des Israélites? Les replacerait-on, après les avoir régis par les lois françaises, sous le régime du statut personnel ; rétablirait-on pour eux les juridictions spéciales abolies depuis 1841? Ce serait un véritable bouleversement social dont tous les intérêts, et non pas seulement les leurs, ressentiraient le contre-coup. Se bornerait-on à leur enlever les droits politiques en laissant subsister les effets civils de la naturalisation, en créant comme une catégorie de parias, qui n'auraient que des devoirs et point de droits? Ceux d'entre eux qui ont acquitté l'impôt du sang, c'est-à-dire aujourd'hui presque tous, cesseraient-ils d'être citoyens? Il ne s'agirait pas en effet de reprendre simplement ce qui a été donné en 1870. Sur 57 000 Israélites (population totale) recensés en 1901, 19 000 seulement survivent de ceux qui ont été naturalisés par le décret de Tours ; 38 000, soit les deux tiers, entrés daus la vie depuis cette date, possèdent la nationalité non par la naturalisation, mais de naissance. On voit à quelles difficultés, à quelles violations de droit, à quelles injustices, à quelles impossibilités juridiques se heurterait un pareil retour en arrière.
La question juive, ou ce qu'on appelle ainsi en Algérie, peut heureusement se résoudre autrement que par une mise hors la loi globale. Qu'on fasse une loi spéciale pour réprimer l'usure en Algérie et qu'on frappe sévèrement quiconque y contreviendra, juif, chrétien ou musulman; que, pour empêcher des abus qui se sont réellement produits, on soumette la gestion des consistoires aux règles de comptabilité en vigueur pour les autres établissements publics, comme le prescrit d'ailleurs le décret du 31 décembre 1895 ; qu'on opère même, pourvu qu'on le fasse vraiment « avec impartialité et justice^ », la revision des listes électorales, de façon à radier les israélites étrangers indûment inscrits, qu'on applique à eux comme aux autres les lois existantes contre la fraude et la corruption électorales : tout cela n'aura rien que de raisonnable et de légitime. Mais qu'en même temps tous les hommes qui doivent à leur situation et à leur culture une influence sur l'opinion s'emploient à apaiser les passions, non à les surexciter, à opérer un rapprochement au lieu de créer des divisions et de reconstruire dans notre société démocratique comme une sorte de Ghetto moral; qu'enfin ceux qui ont l'honneur de représenter la France en Algérie évitent parleur attitude et leur langage de paraître s'associer à des passions de parti qu'on voudrait faire dégénérer en haines de races.
Qu'on le veuille ou non, les israélites algériens font partie maintenant de la société, de la nation coloniale qui se crée en Algérie depuis 1830. Il n'est pas possible de les rejeter dans la masse indigène dont ils se sont distingués dès le début, de laquelle ils s'éloignent de plus en plus par Tétat social, les mœurs, l'instruction, le langage, les idées. Ils ont leurs défauts, leurs travers, leurs vices mêmes, qui ne leur sont pas particuliers. Mais par leur