Circulaire du gouverneur général du 15 décembre
intelligence, leur activité, leur faculté d'adaptation, ils constituent un des éléments de progrès qu'une politique vraiment nationale doit savoir utiliser en Algérie. On a fait d'eux peut-être un peu vite des Français et des citoyens. Il n'est ni juste ni généreux de prétendre leur enlever ce bienfait. Vis-à-vis même des populations musulmanes qu'on s'imagine ainsi satisfaire, il n'est pas bien habile de donner de semblables exemples, médiocrement encourageants pour ceux qui seraient tentés de venir à nous. Les publicistes qui recommandent comme le bon moyen de nous concilier les Arabes « la politique antijuive » ne voient pas ce qu'il y aurait de profondément humiliant pour la France à flatter, à cultiver, à s'inoculer à elle-même les pires préjugés de ses sujets indigènes, au lieu de les guérir doucement par l'éducation et l'exemple. C'est l'assimilation au rebours, la civilisation mise à l'école de la barbarie. Rien de plus imprévoyant d'ailleurs que ce prétendu machiavélisme. Les musulmans intolérants, s'ils détestent et méprisent les juifs, ne sont pas animés de sentiments plus sympathiques à l'égard des chrétiens. Leur fanatisme se résigne mal à la domination des infidèles. Leur espoir fort peu dissimulé est de nous jeter quelque jour à la mer, et ils sont parvenus bien des fois à le faire partager à la multitude indigène. Ce n'est pas impunément qu'on remuerait dans un pareil milieu les passions religieuses. Si, par malheur, on réussissait à les déchaîner, ce ne sont pas les juifs seulement qui en seraient les victimes. L'Algérie entière serait exposée à de formidables convulsions, et il faudrait encore d'immenses sacrifices, après tant d'autres, pour éteindre l'incendie qu'on aurait si follement allumé. Est-ce un simple effet du hasard si le mouvement insurrectionnel dont le village de Margueritte a été le théâtre a suivi de près les émeutes antisémitiques d'Alger?