Voir Thévenet, Essai de climatologie algérienne
rient des nuées épaisses qui crèvent en pluies torrentielles et poudrent de neige les montagnes. En été, ils sont rares; lorsqu'ils surviennent, c'est pour rafraîchir la température et agiter fortement la mer. De vents d'est bien caractérisés, on n'en a pas souvent. Pendant les mois d'été, le courant qui s'établit avec le plus de persistance est celui du nordest, d'une intensité quelquefois très marquée. La Méditerranée, sur laquelle il passe, le charge de vapeur d'eau, mais ne lui en donne pas assez pour verser des pluies ; l'humidité qu'il apporte se dépose en brumes qui enveloppent le sol pendant des journées entières. On a ainsi l'aspect sombre d'un ciel voilé, sans la compensation d'une ondée toujours désirée en cette saison.
Du sud-est et du sud-ouest aussi bien que du sud viennent les vents sahariens. Quand ils soufflent avec force, ils présentent les caractères du siroco : des courants de feu traversent l'atmosphère, aspirant l'humidité, desséchant l'air et le sol ; un vague malaise oppresse la poitrine des hommes et accable les animaux, les plantes souff'rent aussi, les feuilles jaunissent et se tordent comme sous la brûlure de la gelée. Une poussière ténue se répand, s'élève de terre et donne au ciel des teintes rouges d'incendie. Le siroco peut s'établir en toute saison; il est plus fréquent en hiver, plus pénible en été. Par bonheur, il n'est pas tenace, ce n'est qu'un fléau passager. Mais les mêmes points de Thorizon envoient d'une façon presque continue des vents plus légers, presque imperceptibles. Ils ébranlent à peine les couches tranquilles de l'air; les paysages se dessinent nettement, baignant leurs lignes dans une lumière limpide. Ces faibles vents sont les ennemis subtils de l'organisme humain; dans les grands espaces dénudés du sud, ils ont perdu toute électricité positive; ils agissent négativement sur les corps vivants, provoquent des douleurs musculaires ou nerveuses et, à la longue, exercent une influence débilitante.
La brise de mer est l'antidote des vents sahariens. Elle
est produite par la rupture d'équilibre à laquelle donne lieu, pendant les belles journées, l'ardeur des rayons solaires. L'air chaud s'élève, et pour le remplacer des courants s'établissent; ils sont à peu près réguliers en été et en automne, intermittents dans les autres saisons; ils commencent à souffler vers dix heures du matin et ne tombent guère qu'avec le jour. Ces brises fraîches, imprégnées d'arômes salubres, allègent le poids de la saison chaude. Mais on ne les respire que sur le littoral; parallèles à la côte, les montagnes les arrêtent et leur ferment l'accès des vallées intérieures.
Le peu d'intensité des vents, la fréquence dos calmes atmosphériques déterminent des rosées et des brumes abondantes. La chaleur du soleil évapore pendant le jour une partie de l'humidité terrestre que la fraîcheur de la nuit condense de nouveau et précipite sur le sol. Dans les années sèches, les rosées sont quelquefois le salut de la végétation. Les brumes ne sont pas particuhères au littoral où les vents d'est les amènent en été. Dans toutes les saisons, elles se forment la nuit, se lèvent avec le soleil et planent pendant les premières heures du jour sur les plaines et les vallées creuses.
En Algérie comme dans tout le bassin de la Méditerranée, les pluies ont leur saison. Elles commencent en septembre et s'arrêtent en mai. Des orages ou des averses peuvent rafraîchir quelques heures de mai, de juin, de juillet et d'août, mais leurs larges gouttes sont bues si vite qu'il n'en faut pas tenir compte. Les huit autres mois sont assez inégalement partagés; la répartition des pluies n'est pas régulière et varie suivant les années. Quelquefois la saison pluvieuse est tardive et ne se prononce franchement que vers la fin de l'hiver, les labours attendent, on ne sème qu'avec défiance. Mais la culture a surtout à souffrir quand la sécheressse estivale empiète sur le printemps et qu'elle commence, comme en 1878, avec le mois d'avril. Les pluies sont amenées par les vents d'ouest, du
nord et surtout du nord-ouest; si ces vents font défaut ou ne soufflent que faiblement, la hauteur d'eau diminue. Les vents du nord-est donnent quelques averses, mais rares et légères; après les périodes de siroco, les couches supérieures de l'air, saturées de l'humidité prise au sol, puis brusquement refroidies, laissent tomber des ondées. Mais les vraies pluies, abondantes et continues, celles dont dépend la fécondité de l'année, sont les pluies du nord-ouest.
Dans les régions tempérées, la pluie annuelle, distribuée à un grand nombre de jours, descend goutte à goutte, de manière à s'infiltrer lentement dans les profondeurs du sol. En Algérie, elle s'abat par averses violentes qui ravinent et dégradent les terrains; il n'est pas rare de recueillir 30 ou 40 millimètres en vingt-quatre heures. Sans transition, l'inondation succède à la sécheresse; le champ qu'on a vu la veille assoifl"é, fendu de crevasses, est noyé le lendemain. Les pluies sont plus fréquentes en Europe, mais plus intenses en Algérie. Ces chutes d'eau torrentielles rappelleraient plutôt les tropiques ; mais aux Antilles, aux Indes, dans le Soudan les pluies sont régulières et abondantes. En Algérie, elles ont leurs caprices, varient non pas seulement dans leur répartition, mais aussi dans leur quantité. Cette quantité même est assez maigre pour la chaude contrée qu'il s'agit d'arroser.
Une moyenne générale pour un pays aussi accidenté ne donnerait qu'une notion inexacte; pour être absolument vrai, il faudrait prendre des moyennes presque pour chaque localité; tout au plus peut-on déterminer des régions. L'abondance des eaux pluviales décroit ou augmente suivant les latitudes, l'élévation du sol, l'exposition, les vents dominants. La zone la mieux partagée est la partie haute de la Kabylie, vers le Djurjura : à Fort-National, la moyenne est de 1 mètre environ. Le littoral de la même région, vers Djijelli, recueille de 900 millimètres à 1 mètre. Le reste de la Kabylie, Alger et ses environs, le nord-est
de la province de Constantine reçoivent de 700 à 800 millimètres. Pour les autres parties du Tell, la tranche annuelle est moins haute dans les plaines, où elle ne dépasse guère 500 millimètres, que dans les montagnes et sur le littoral, où elle atteint à 600. On peut remarquer aussi une décroissance assez régulière de l'est à l'ouest; il pleut moins à Oran qu'à Cherchell, à Bel-Abbès qu'à Boufarik et à Tlemcen qu'à Médéa. Sur les hauts plateaux la moyenne s'abaisse à 400 millimètres; à Biskra et à Laghouatelle n'atteint pas 200. Plus au sud, en plein Sahara, la pluie devient un accident exceptionnel; elle tombe à plusieurs années d'intervalle et fait époque dans la vie des habitants.
Les vents du nord-ouest, qui amènent les plus fortes pluies, donnent aussi des neiges, mais seulement sur les hauts plateaux et dans les parties montagneuses du Tell. En aucun point les neiges ne se maintiennent toute l'année, il n'arrive pas souvent qu'elles persistent une saison entière. Presque toujours elles fondent sous un souffle de siroco; le retour d'un temps calme et la chaleur normale du jour suffisent à les détruire. D'Alger, on voit le Djurjura renouveler plusieurs fois son manteau blanc, toujours mangé par le soleil.
Moyennes en millimètres des pluies déduites de toutes les observations recueillies.
Littoral.
Nemours
Fort-National. .
Oran .
Plateaux
Guelma
.Aflou
Alger
Dellys
Tiaret
Bougie
Teniet-el-Had..
Philippeville
Constantine
La Galle
Sidi-bel-Abbès..
Tlemcen
Sahara . .
Batna
Tell
Sétif
Biskra
Boufarik
Laghouat
Orléansville
Ghardaïa
Blida
Ouargla
EI-Goléa
Tizi-Ouzou
Médéa
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