L'ÉLEVAGE
avec des membres vigoureusement musclés, accomplit en un jour des étapes de 24 lieues. Les mehara de choix parcourent jusqu'à 48 lieues.
L'espèce bovine a été, comme toutes les autres, cruellement éprouvée antérieurement à 1872. En 1856, elle comptait 1 300 000 têtes, 1 114 000 en 1867, 815 868 en 1872. Les relevés de 1001 indiquent un chiffre de 1 000 000, 143 000 appartiennent à des Européens. Il existe en Algérie trois variétés assez différentes de forme et d'aptitude. Le bœuf de Guelma, le plus estimé de tous, est de couleur fauve ou gris clair; sa taille est peu élevée : elle va de 1 m. 25 à 1 m. 35; mais la structure du corps est régulière. Il est bon travailleur, avec plus d'entrain cependant que de fond; il s'engraisse facilement et donne d'assez bonnes laitières. Le bœuf kabyle a la robe claire; il ne dépasse guère 1 m. 20 ; il est bas sur jambes, trapu, avec des membres courts et solides. Le bœuf d'Oran, généralement rouge ou noir, est plus grand, mais ses formes sont mal proportionnées, son arrière-train peu développé. Il est très sensible aux intempéries, travaille peu, s'engraisse mal. En somme, la race algérienne, telle qu'elle existe actuellement, donne d'assez médiocres produits, soit pour la culture, soit pour la boucherie. Il ne faut guère songer à importer des races étrangères ; les prix de revient seraient trop élevés, sans parler des difficultés de l'acclimatement. On ne peut compter sur les croisements pour créer des races nouvelles; mais, à défaut de reproducteurs, ils peuvent fournir des sujets excellents pour le lait, la viande ou le travail. Dans les environs d'Oran, on fait venir des taureaux espagnols; près de Sétif, en employant des taureaux de Schwytz et de Fribourg, on obtient des produits qui pèsent de 300 à 600 kilogrammes et des vaches qui donnent jusqu*à 20 litres de lait par jour. A l'Oued-el- AUeug, M. Arlès-Dufour avait croisé des guelma avec des charoUais; les métis arrivaient à 609 kilogrammes à vingt-six mois. Mais la véritable méthode à employer pour
relever la race indigène, c'est encore la sélection. Il laut opérer la castration des veaux reconnus impropres à la reproduction, surveiller les accouplements, donner aux jeunes animaux des soins et une bonne nourriture. On ne parviendra pas ainsi à faire des bœufs anglais, mais on aura des bestiaux plus robustes, plus riches en viande et en lait que ne le sont aujourd'hui les bœufs algériens.
Le mouton est la première des richesses pastorales de l'Algérie. Les Européens se contentent ordinairement d'engraisser pour la boucherie des sujets achetés aux indigènes; ils ne possèdent guère que 415 000 tètes. Il y en a très peu aussi chez les indigènes sédentaires. Les grands troupeaux appartiennent aux nomades, qui se déplacent avec eux suivant les saisons, à la recherche des pâturages et des points d'eau. Tété sur les hauts plateaux et les confins du Tell, Thiver dans les plaines et les vallées sahariennes. Ce sont leurs silos ambulants, el metmir rahala. Quand l'été est trop sec ou qu'un hiver rigoureux amène dans le haut pays des chutes de neige abondantes, le troupeau, mal nourri, épuisé par les privations et les fatigues, devient la proie des maladies. La mortalité est alors effrayante. En une seule année (1893-9Zi) les pertes ont été de 1 500 000 têtes. La sécheresse des premiers mois de 1896 a encore fait périr plus de /lOO 000 animaux dans les territoires de commandement d'Alger et de Constanline. De 9 millions et demi en 1893, l'effectif est descendu tout à coup à 7 700 000 en 189/i. Ou pouvait croire que cette diminution serait passagère, et que le chiffre du troupeau se relèverait vite, ainsi que cela s'était produit précédemment. Tombé de 8 790 000 en 1879 à 51/i0 000 en 1882, il était revenu quatre ans après à 9 350 000 et l'année suivante à 10 850 000. Au contraire, depuis 189/i, le troupeau n'a plus jamais dépassé 7 millions de têtes : il était de 6 723 000 en 1900, de 7 638 000 en 1901. Comme la diminution n'a porté que sur les troupeaux transhumants, et qu'elle s'est maintenue pendant une