L'ÉLEVAGE
période qui n'offre pas de grandes sécheresses, il faut en conclure qu'elle provient de changements dans les conditions d'existence, dont les deux plus importants sont la constitution de la propriété individuelle à la lisière méridionale du Tell, qui a diminué d'une façon très sensible les anciens parcours d'été, et la mise en défens des forêts qui, malgré la bienveillance de l'administration, ne peuvent leur être ouvertes qu'en partie même pendant les années les plus sèches. On ne peut assurément ni laisser détruire les forêts, ni renoncer à introduire la colonisation dans les régions où elle peut réussir, mais il faudrait en revanche s'efforcer de rendre plus complète l'utilisation des terrains de parcours en augmentant les réserves d'eau et apporter à l'élevage toute une série de perfectionnements qui empêcheront la décadence d'une des richesses les plus importantes de l'Algérie.
La population ovine peut se diviser en trois groupes distincts, qui sontlocahsés dans des régions à climat et à système cultural tout différents : le mouton barbarin, le mouton berbère, et les diverses races que l'on appelle généralement races arabes. Le barbarin, qui occupe toute la Tunisie et la partie orientale du département de Constantine, se distingue par la largeur inusitée de son appendice caudal, qui forme une sorte de poche graisseuse. D'un mauvais rendement comme viande, fournissant une chair peu estimée, il n'a aucune valeur pour l'exportation et aurait dû depuis longtemps disparaître. Le mouton berbère, généralement petit et peu précoce, est loin de valoir le mouton arabe. Ce dernier groupe, de beaucoup le plus nombreux, comprend les différentes races à queue fine, à tête blanche ou à tête noire, qui habitent les hauts plateaux et la presque totalité des plaines. La race à tête blanche, probablement importée par les Romains, a de grandes similitudes avec la race ménne, et il est vraisemblable que ce sont les descendants de ces moutons qui, bien soignés par les Maures, sont devenus la souche des
mérinos espagnols. Dures à la fatigue, dressées à supporter les longues marches et les privations, les races indigènes donnent une laine assez grossière, qui n'est pas cependant sans valeur. Mélangée à des sortes plus fines, elle peut être employée à la fabrication des étoffes de fantaisie. Le rendement en viande, chez les sujets convenablement nourris, arrive à 18 à 20 kilos de viande nette. La seule maladie à laquelle le troupeau algérien soit très sujet est la clavelée. Comme les animaux importés risquaient de contaminer les moutons français, il a été décidé qu'à partir de 1902 ils ne seraient plus admis s'ils n'ont été clavelisés un mois au moins avant l'embarquement. D'autre part, des essais ont été faits pour l'abatage sur place des moutons et leur exportation sous forme de viande.
Depuis longtemps on recherche les moyens d'améliorer le mouton indigène. De savoir si l'on y peut parvenir par des croisements, ou seulement par la sélection, par de meilleurs procédés de castration et une alimentation plus régulière, la question est encore controversée. Toutefois les appréciateurs les plus compétents sont arrivés à se convaincre que si les races perfectionnées ne résistent guère aux pénibles aventures de la vie nomade dans les pays de grande transhumance, en revanche, la partie tellionne et même les parcours de petite transhumance sur les plateaux conviennent à certaines variétés mérinos, comme celles de la Crau, du Soissonnais, de la Côte-d'Or. Les croisements avec les béliers de ces provenances donnent des produits « plus étoffés, plus lourds, avec une laine plus abondante et plus fine ».
L'administration fait l'achat de géniteurs qu elle met gratuitement à la disposition des communes et des particuliers; elle accorde aux communes et aux associations agricoles des subventions pour achat de reproducteurs; elle distribue enfin des primes en argent aux éleveurs du territoire mihtaire qui se distinguent par leurs méthodes. Néanmoins, révolution est bien lente et ne se produit pas
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avec la rapidité que l'on observe dans les grands pays d'élevage comme l'Australie ou l'Argentine.
Il est incontestable qu'aujourd'hui le mouton algérien étant demandé en quantité comme bête de bouchcirie, l'intérêt principal est dans l'augmentation des effectifs. Mais, quand bien même on n'aurait en vue que la production de la viande, l'amélioration des qualités ne serait pas chose indifférente, puisque le croisé arabe mérinos donne
2 ou 3 kilos de viande de plus que l'Africain pur. Il ne faut pas d'ailleurs oublier que, si l'Algérie exporte plus d'un million de moutons sur pied, d'une valeur de 15 millions, elle exporte aussi 3 à /i millions de kilogrammes de laine, d'une valeur de 2 millions. Si l'on réfléchit que la France importe 250 millions do kilogrammes de laine, que l'Australie en exporte 300 millions et l'Argentine 60 millions, on verra que l'Algérie occupe dans le commerce lainier du monde une place presque insignifiante et de beaucoup inférieure à ce qu'elle devrait être.
Les chèvres étaient, à la fin de 1901, au nombre de
3 923 000. Elles vivent facilement et partout, mieux encore dans les parties montagneuses et escarpées que dans les régions plus accessibles. On distingue la chèvre kabyle, petite de taille et médiocre laitière, la chèvre arabe proprement dite, et enûn la chèvre maltaise, qui donne beaucoup de lait; celles des environs d'Alger fournissent 3 à Zi litres par jour. L'élevage du porc n*est guère pratiqué par les indigènes, auxquels le Coran interdit la chair de cet animal; mais il entre pour une part assez importante dans l'alimentation des colons. L'effectif était en 1895 de 85 000. Les animaux de basse-cour sont élevés dans toutes les fermes ou maisons rurales pour la consommation; les Arabes font sur les marchés des villes un commerce assez important de volailles et d'œufs. La douceur du climat, l'abondance des plantes aromatiques favorisent l'apiculture; les abeilles sont aussi plus dociles qu'en France. La plupart des apiculteurs sont des indigènes.
En résumé, tandis que l'ellectif du bétail européen se maintient à peu près sans variations sensibles aux environs de 700 000 têtes, le bétail indigène, sans retomber au chiffre de 9 900 000 comme en 1882, est redescendu de 17 260 000 en 1887 à 12 820 000 en 1895. Il ne s'est pas beaucoup relevé depuis, et la moyenne des dix dernières années est d'environ 12 millions. Elle est, ou peu s'en faut, la même qu'il y a vingt ans. Or l'Algérie possède aujourd'hui pour les produits de son élevage des débouchés assurés. De grands efforts doivent être faits pour relever l'industrie pastorale et la faire entrer enfln dans J'ère des progrès continus.
isc