L^INDUSTRIE, LES MINES ET LES CARRIÈRES
qui fournit, avec des cigares assez médiocres, des cigarettes très appréciées à l'étranger et dans les colonies, et dont les exportations arrivent à une valeur de plus de 10 millions ; l'industrie des allumettes chimiques (2 établissements occupant plus de 600 ouvriers). Le développement du vignoble, le bas prix des vins ont eu pour conséquence la création de distilleries d'alcool. Les progrès de cette industrie, favorisée d'abord par l'absence de toute taxe intérieure, ont été légèrement ralentis par rétablissement de droits, qui se sont élevés de 22 fr. 50 par hectolitre en 188/i à 75 francs en 1892 et à 128 francs en 190/i. Néanmoins, la statistique dénombrait en 1893, 68 distilleries et 72 fabriques de liqueurs ^ Parmi les industries particulières à l'Algérie, il faut encore mentionner le crin végétal, fabriqué avec les feuilles du palmier nain; le département d'Oran compte 53 usines occupant 1850 ouvriers et celui d'Alger 39 usines employant près de 1000 ouvriers; du même ordre sont les usines pour le traitement des fibres de l'agave ou aloès.
Bien que les richesses de la mer ne fassent pas défaut en Algérie, les pèches maritimes n'ont pas encore pris tout le développement dont elles sont susceptibles. En 1901, la pêche occupait 1209 bateaux et 5 Mk pêcheurs; la valeur totale du poisson péché est évaluée à 2 657 000 francs, sur lesquels la pêche de la sardine compte pour 297 000 francs. La pêche du corail, qui en 189^ était encore faite par 20 bateaux et 140 hommes et produisait 250 000 francs, n'a pas cessé de décroître et a fini par être abandonnée. Elle a été interdite à partir du 1" janvier 1900 pour permettre la reconstitution des bancs. La plupart des pêcheurs sont Italiens ; beaucoup se font naturaliser depuis que la loi de 1888 réserve aux Français la pêche cotière en Algérie comme en France.
Longtemps encore, la grande ressource industrielle sera
1. La statistique des dernières années ne fait plus connaître le nombre des distilleries et fabriques de liqueurs.
dans les carrières et les mines. Les matériaux de construction sont abondants; les principaux points exploités sont déterminés à peu près exclusivement par le voisinage des débouchés où les matériaux extraits trouvent à s'utiliser. Les marbres blancs du Filfila, près de Philippeville, soutiennent la comparaison avec les fameux marbres de Carrare, les onyx translucides d'Aïn-Tekbalet se prêtent admirablement au travail artistique; le Djebel- Orouze, entre Oran et Arzeu, donne des marbres rouges et roses à teintes fort belles. La terre à poterie, la pouzzolane, les calcaires hydrauliques se trouvent en abondance. Le gypse apparaît partout; on exploite le plâtre en particulier dans la vallée de la Tafna, à Fleurus, près de Bougie, de Gonstantine. Le sel se présente tantôt en véritables montagnes, associé à du gypse et à des roches éruptives, tantôt à la surface des lacs salés et des chotts; on compte S^ gîtes principaux, salines, sources salées ou rochers de sel gemme. Les eaux minérales et thermales, ferrugineuses, salines, sulfureuses, jaillissent en beaucoup d'endroits; citons les eaux incrustantes d'Hammam-Meskhoutine, près de Guelma (température Oô*' centigrades); d'Hammam-Rirha, près de Miliana; d'Hammam-Melouan, près de Rovigo; d'Hammam-Salaliine, près de Biskra; d'Hammam-bou-Hadjar, près d'Aïn- Temouchent.
Les richesses métalliques sont considérables. Le plomb plus ou moins argentifère se rencontre à Rar-Rouban, près de la frontière marocaine, à Cavallo, dans le Bou- Thaleb au sud de Sétif, au Mesloula et à Sidi-Youssef, près de la frontière tunisienne; la galène s'y montre souvent associée à la calamine, parfois même au cuivre. Le cuivre se présente sous forme de cuivre gris et sous forme de cuivre pyriteux; le gisement le plus remarquable, celui de Kef-oum-Theboul, près de la Galle, appartient à cette dernière catégorie; parmi les autres gisements connus on peut citer ceux du cap et des environs de
l'industrie, les mines et les carrières 397
Ténès, (lu Mouzaïa, d'Aïn-Barbar, près de Bône. Les gisements où le zinc domine forment deux groupes : dans le premier, c'est la blende qui constitue le minerai principal, la calamine ne se montrant qu'aux aflleurements; dans le deuxième groupe on trouve comme minerai de zinc principal des calamines. Le zinc se trouve en de très nombreux points, qui sont loin d'être tous connus : dans la région de Nemours sont les mines de Mazis, du Djebel- Masser, du Fillaoucen; dans le département d'Alger, les mines de TOuarsenis, de Rarbou, de Sakamody, de Guerrouma, du Nador-Chaïr; dans celui de Gonstantine, les gisements duKef-Semmah, du Djebel-Anini, du Djebel- Zdim, du Djebel-Youssef dans la région de Sétif, de Djendeliprès deBatna, d'Hammam-N'baïlsprèsde Guelma, de Mesloula, du Bou-Jaber, de Bekkaria dans la région de la frontière tunisienne. Il y a de l'antimoine au Djebel- Taya, près de Guelma, du mercure à Tagbit, près de Batna, et à Ras-el-Ma, près de Jemmapes ; du chrome et du manganèse associés en quelques points au minerai de fer. Le fer se trouve en grande quantité et sous des formes très diverses : hématites, fer oxydulé, fer oligiste; les bons minerais algériens, ceux de Beni-Saf notamment, sont très appréciés et rendent à la fonte de 62 à 65 0/0. Dans la province d'Oran sont les gisements de Rar-el- Maden, Rar-el-Baroud (Beni-Saf), Dar-Rih, Camerata, composés d'hématites et situés au voisinage du littoral; dans la province d'Alger, Gouraya, Messelmoun et surtout Aïn-Oudrer; dans celle de Gonstantine, Aïn-Mokra, Karezas, Meboudja, aux environs de Bône, et ceux récemment reconnus à l'Ouenza, au Bou-Kadra et au Zerissa, au voisinage de la frontière tunisienne.
Certaines mines d'Algéiie ont été utilisées par les Romains ou les Phéniciens leurs prédécesseurs; mais l'exploitation, qui n'a d'ailleurs jamais été générale, a chômé depuis le début du moyen âge. Ce sont des réserves presque intactes. Beaucoup de gîtes sont reconnus, mais
il s'en faut qu'ils soient tons concédés et surtout exploités. En 1902,1e nombre des gîtes miniers concédés en Algérie s'élevait à 69, dont 26 font l'objet d'une exploitation normale et continue : 3 dans le département d'Oran, 6 dans le département d'Alger, et 17 dans le département de Constantine, D'autre part^ 3 minières sont exploitées dans le département d'Oran et une dans le département d'Alger. Ces diverses exploitations occupent en moyenne 6 500 ouvriers : 1 350 dans le département d'Oran, 560 dans le département d'Alger et 4 590 dans le département de Constantine.
A ne considérer que les plus importantes, elles ont produit, en 1901, 57/i590 tonnes de minerais, représentant une valeur totale de 6 230 000 francs. Dans cette somme, le minerai de fer comptait pour 526 000 tonnes et 5 millions de francs; le minerai de zinc et de plomb pour 39000 tonnes et 1 million de francs; le minerai de cuivre pour 9 500 tonnes et 230 000 francs. Les principales exploitations sont actuellement, dans le département d'Oran, les mines ou minières de fer de Beni-Saf (363 000 tonnes), de Rar-el-Maden (38 000 tonnes) et de Dar-Rih (27000 tonnes); dans le département d'Alger, les mines de zinc et de plomb de l'Ouarsenis (6000 tonnes) et de Sakamody (10000 tonnes), la minière de fer d'Aïn-Oudrer (3000 tonnes); dans le département de Constantine, les raines de fer d'Aïn-Mokra (45000 tonnes), de Bou-Hamra (17 000 tonnes) et des Karezas (16 000 tonnes) ; les mines de zinc et de plomb d'Hammam-N'baïls (15 000 tonnes), de Mesloula (6 000 tonnes) et de Djendeli (4 000 tonnes); les mines de cuivre d'Aïn-Barbar (5 000 tonnes) et de Kefoum-Theboul (4000 tonnes).
Des indications qui précèdent se dégage cette double considération que le département de Constantine paraît le plus minéralisé et que le minerai de fer et la calamine constituent pour le moment les produits les plus importants de l'industrie minière en Algérie. La compagnie de
l'industrie, les mines et les carrières 399
Mokta-el-Hadid possède les deux exploitations les plus importantes : à l'est le groupe de mines de fer d'Aïn- Mokra et des Karezas, à Touest les minières de Beni- Saf (Uar-el-Baroud Dar-Rih). Un chemin de fer industriel de 32 kilomètres amène directement les minerais d'Aïn- Mokra et des gîtes voisins au port de Bone. A Beni-Saf s'est créée une petite ville entièrement formée des ouvriers (un millier environ) et employés de la mine; le minerai est transporté par voies ferrées jusqu'au port, également construit par la compagnie et capable de recevoir des navires de 200 tonneaux. L'extinction actuelle ou prochaine de plusieurs des grands gisements étrangers, tels que ceux de Bilbao, donne au minerai de fer de la colonie une importance économique considérable. Les mines d'Aïn-Mokra sont, il est vrai, à peu près épuisées elles aussi; mais il n'en est pas de même de celles de Beni-Saf; la découverte de nouvelles minières ou minières qui paraissent être d'une assez grande étendue et d'une bonne teneur, à TOuenza, au Bou-Kadra et dans d'autres massifs de la frontière tunisienne, donne lieu de penser que l'extraction de ce minerai prendra en Algérie une extension croissante.
Pour la calamine également d'importants travaux de recherches ont été effectués et ont révélé l'existence de gisements étendus. La hausse du cuivre, qu'explique le développement considérable des installations électriques, fait que les recherches se portent également sur ce métal, assez délaissé depuis quelques années.
Dans toutes les branches de l'industrie extractive, on constate en ce moment en Algérie, surtout dans la province de Constantine, une activité inconnue jusqu'à ce jour. Le nombre des permis de recherches en vigueur en 1902 s'élevait à 2/i9, dont 231 pour le département de Constantine; 68 avaient été institués cette même année. Cette activité a son origine dans quelques découvertes heureuses qui ont stimulé les explorateurs; elle est
entretenue par la situation du marché des métaux; elle est rendue plus facile qu'il y a une vingtaine d'années par le développement du réseau des routes, des voies ferrées et des installations des ports, développement qui ne peut que s'accentuer dans l'avenir. Aussi les capitalistes français, longtemps hésitants, se sont enhardis, et aujourd'hui une bonne partie des affaires importantes se trouve entre des mains françaises. Les indigènes, loin de se montrer hostiles aux exploitations minières, les voient au contraire s'installer volontiers; ils trouvent en effet à s'y employer comme manœuvres, trieurs, quelquefois même comme mineurs; ils font avec leurs mulets les transports de la mine à la voie ferrée ou à la route carrossable la plus proche. Enfin le développement de l'industrie minière est un utile auxiliaire de la colonisation : le centre créé en vue de l'exploitation devient, si les conditions s'y prêtent, un centre agricole, et ceux qui se sont intéressés à une affaire de mines apprennent à mieux connaître le pays et ses ressources.
On n'a jusqu'à présent trouvé en Algérie comme combustible solide que des Hgnites de qualité fort médiocre, dans le terrain tertiaire moyen, à Smendou (Constantiue) et à Marceau (Alger); il n'y a pas lieu de fonder d'espérances de ce côté. Il n'en est pas de même des indices de pétrole et de bitume signalés dans le département d'Oran; les points d'émergence principaux sont Aïn- Zeft, dans la commune mixte de Cassaigne, et Tliouanet, dans la commune mixte de l'Hillil. Les premiers travaux de recherches, commencés en 1877, n'ont été poussés avec quelque activité qu'à partir de 1895. Ces découvertes sont encore trop récentes et trop peu développées pour qu'on puisse formuler des indications sur le mode de gisement et fonder des prévisions sérieuses sur l'avenir de cette industrie. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les recherches de pétrole en Algérie méritent de fixer l'attention.