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L'INDUSTRIE, LES MLNES ET LES CARRIÈRES

Une autre découverte relativement récente a amené la création en Algérie d'exploitations considérables, d'agglomérations importantes dans des régions autrefois désertes, fournissant aux voies ferrées et au port des éléments de trafic inattendus : c'est celle des gisements de phosphate de chaux. C'est à M. Philippe Thomas, vétérinaire de l'armée, qu'on doit cette découverte, entrevue seulement avant lui par l'ingénieur des mines Tissot. En 1873, M. Philippe Thomas relevait l'existence d'une zone phosphatée près de Boghari, et en 1885, il découvrait les gisements considérables de l'Algérie orientale et de la Tunisie. Les phosphates sédimentaires, formés par des accumulations de débris organiques, se rencontrent dans les terrains de Téocène inférieur, qui se présente en Algérie en deux bandes : la bande nord se développe dans la région de Souk-Ahras, à l'est et au nord de Sétif, dans la région de Bordj-bou-Arreridj, et se continue dans les provinces d'Alger et d'Oran; les affleurements les plus riches sont situés entre Tocqueville, Bordj-Redir et Bordj-bou-Arreridj ; la bande sud, de beaucoup la plus importante, s'étend de Tébessa jusqu'en Tunisie, à Gafsa et à Kalaa-es-Senam; ses affleurements les plus remarquables en Algérie sont le Djebel-Dyr, le Djebel-Kouif, Aïn-Dibha et Aïn-Kissa, aux environs de Tébessa, dans la commune mixte de Morsott.

L'étendue occupée par l'éocène inférieur est très considérable, et les couches de phosphate y offrent une remarquable continuité; mais il suffit que la teneur baisse de quelques unités ou devienne irrégulière pour changer totalement les conditions économiques du gisement. Seuls les gisements titrant de 50 à 70 pour 100 et situés à portée des voies ferrées sont actuellement exploitables. Les gîtes peuvent être considérés comme pratiquement inépuisables ; on évalue à 200 millions de tonnes la quantité connue de phosphate d'une teneur suffisante en Algérie, et ce chiffre doit être porté à 500 millions si l'on y joint Wahl :it>

la Tunisie. Il y a donc plutôt à craindre l'avilissement des prix et l'encombrement du marché.

Les premières tentatives d'exploitation, près de Souk- Ahras, s'étaient attaquées à des gisements d'une trop faible teneur, et leur exploitation, à peine entreprise, dut être arrêtée lors <Je la baisse provoquée par l'apparition des phosphates américains sur le marché européen. Mais l'élan était donné et les investigations des explorateurs dans la région de Tébessa furent couronnées d'un plein succès. Les polémiques engagées au sujet de la régularité des concessions de Tébessa, exploitées par deux maisons écossaises établies à Bône, Jacobsen et Crookston, et l'incertitude de la législation des phosphates ralentirent un peu le mouvement. Un décret du 25 mars 1898 a posé les règles concernant la recherche et Texploitation des phosphates de chaux situés dans les terrains domaniaux, départementaux, communaux de douars et dans les terrains collectifs de culture ; l'exploitation a lieu en vertu d'amodiations passées par voie d'adjudication publique, et un droit de 50 centimes est perçu par tonne de phosphate exporté.

La production, qui a commencé en 1893, s'était chiffrée la première année par 5118 tonnes; elle s'est successivement élevée à 113 000 tonnes en 1895, à 321 000 tonnes en 1900. Elle se tiendra vraisemblablement aux environs de ce dernier chiffre. Il y a actuellement en pleine activité trois exploitations dans la région de Tébessa, celles du Dyr-Sud, du Keskoudat et du Kouif, une à Tocqueville et une à Bordj-Redir. Des recherches se poursuivent sur d'autres points, notamment à l'est de Tocqueville, dans les régions de Guelma, de Souk-Ahras, de Tébessa; mais il faudra se garder d'une brusque exploitation qui dépasserait à l'heure présente la capacité du marché.

L'Afrique du Nord tient dès à présent une place importante dans la production. mondiale des phosphates de chaux, ifui atteint environ 3 millions de tonnes; les quatre princi.

paux producteurs sont les États-Unis (1 600 000 tonnes), l'Aigérie (300 000 tonnes), la Tunisie (300 000 tonnes), la France (350 000 tonnes). L'Algérie a surtout à lutter avec les gisements de la Floride, auxquels leur richesse en acide pliosphorique et le bas prix des frets permettent de soutenir la concurrence sur le marché européen. D'autre part répuisement des gisements exploités en Europe, en particulier de ceux de la Somme et du Pas-de-Calais pour la France, les demandes croissantes de Tagriculture en Amérique même, sont en faveur des phosphates de TAIVique du Nord.

11 faut espérer aussi que l'agriculture algérienne ne lardera pas à prendre sa part de cette richesse. Beaucoup d 'S terres de la colonie sont pauvres en acide phosphorique. Les phosphates sous leur forme naturelle sont peu assimilables, mais la transformation sur place en superphosphates pourrait être résolue par la création en Algérie de fabriques d'acide sulfurique. Plusieurs gisements de pyrites de fer existent non loin des ports. Il semble y avoir là une de ces industries appliquées à l'agriculture dont il n'est pas interdit d'espérer, malgré l'absence de houille, le développement dans notre colonie

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