‹ L'Algérie romaineChapitre 103 sur 174 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

des principes qui dirigèrent la politique de rome, dans l'administration de ses provinces.

« Chez nous, le soldat est brave et riiomme de robe est savant :

nous n'allons pas plus loin. Chez les Romains, l'homme de robe était brave et le soldat était savant : un Romain était tout ensemble et le soldat et l'homme de robf». t

(Labruyère.)

n y a, dans le langage administratif et politique des peuples modernes, deux mots, tout gros d'oppositions et de contrastes, d'antagonismes et de conflits, que les Romains ne connaissaient pas et qu'ils n'auraient guère compris : j'entends les Romains de la république et même, jusqu'à un certain point, ceux des deux premiers siècles de l'empire. On ne distinguait point chez eux, ni dans la société, ni dans la langue, entre le civil et le militaire. L'armée, au sens moderne, l'armée distincte de la société civile et comme séparée du reste de la nation par une organisation spéciale et des lois particulières, par un esprit et des traditions qui lui sont propres, par une destination déterminée : le service militaire n'étant qu'une profession comme toutes les autres, un emploi, une carrière, et non pas un devoir national et une obligation patriotique ; ce sont là des idées qui n'appa-

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raissent dans rinstoire romaine, comme dans celle ausâ bien de presque toutes les sociétés antiques, qu'à une époque tardive et aux lieures de la décadence *. Composée de citoyenssoldats, Tarniée était la nation même, qui allait au combal comme elle allait au vote, non par métier, mais par devoir, et se rangeait pour la bataille, du moins à l'origine, dans le même ordre que pour les comices *.

La nation était sur le pied de paix, ou elle se mettait sur le pied de guerre, mais c'étaient les mêmes hommes qd déposaient la toge pour les armes, le costume de la paix pour la tenue de guerre ; et lorsque, dans le cri fameux de Cicéron, ces deux mots, perdant leur vieux sens, s'opposent l'un à l'autre dans une si violente antithèse, lorsque, dans sa vanité naïve, le grand et honnête orateur donne le pas an bourgeois en toge sur le soldat en uniforme et célèbre le triomphe du droit civil sur les audaces militaires, il faut penser que nous sommes arrivés, à travers les discordes sanglantes de Marins et de Sylla, à des temps nouveaux et a de nouvelles mœurs, aux jours néfastes de la république, aux dernières heures de la liberté '.

Tout citoyen étant soldat, ou, pour mieux dire, le soldai et le citoyen ne faisant qu'un, la distinction n'existant pas entre les devoirs de l'un et de l'autre, et les fonctions civiles se confondant avec les fonctions militaires, il était naturel que le commandement en temps de guerre et l'autorité Qi temps de paix* fussent réunis dans les mêmes mains; et que les mêmes hommes qui étaient les chefs, les maîtres, les magistrats dans l'Ëtat, le fussent aussi dans l'armée. Ceux donc que leurs concitoyens ou le prince avaient revêtus de l'autorité publique, dictateurs, consuls, préteurs, l^als

1. F. de Gonlanges, Institutions militaires de la république r<mei»t' (Revue des Deux-Mondes^ n» du 15 nov. 1870.)

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