‹ L'Algérie romaineChapitre 104 sur 174 · De Coulanges, ibid · texte numérisé non relu

De Coulanges, ibid

3. On connaît l'ironique et insolent Quirites que César jette à ses i^oldats coinine une injure.

l'administration des provinces 195

impériaux, la représentaient partout au même titre, au sénat comme dans les tribunaux, dans les camps comme sur le forum. Us étaient en même temps administrateurs civils, comme nous dirions aujourd'hui, généraux commandant les armées, juges des procès et des crimes : bien plus encore, ils étaient prêtres *. Les Romains n'ont jamais su ce que c'était que la division des pouvoirs ; ils multiplièrent les magistratures : ils ne séparèrent jamais les diverses attributions de la souveraineté 8.

Gomment n'auraient-ils pas, dans le gouvernement des provinces , appliqué les mêmes principes et pratiqué le même système ? Le magistrat chargé d'administrer les territoires annexés à l'empire était l'agent unique du gouvernement central, l'unique représentant de la souveraineté romaine; il n'était, quel que fût l'état de la province, tranquille ou turbulente, rebelle ou pacifiée, ni gouverneur civil ni gouverneur militaire : il était propréteur, légat ou proconsul ; c'est-à-dire que, au nom de la république ou au nom de l'empereur, il exerçait toutes les diverses attributions, tous les pouvoirs et tous les droits multiples que l'autorité publique avait attachés à ces titres et à ces magistratures.

Cette concentration de toutes les forces et de toutes les puissances de l'Etat dans les mains du même fonctionnaire, ce cumul systématique de charges et de prérogatives que les modernes ont séparées et réparties avec un soin jaloux, cette unité enfin et cette plénitude d'autorité, c'était pour les Romains la garantie du bon ordre dans le commandement, de la solidité dans le pouvoir, de la fermeté dans les vues aussi bien que dans l'exécution. Leur logique rigoureuse

1. « Les Romains n'étaient pas classés, ainsi que dans notre société moderne, en spécialités envieuses et rivales ; on n'y voyait pas Thomme de guerre mépriser le civil, le jurisconsulte ou l'orateur se séparer de l'homme d'action, ou le prêtre s'isoler de tous, n {Vie de César ^ t. I, p. 25.)

2. De Conlanges, De Vorganisation de la justice à Borne {Revue des Be^x-Mûndes, 15 février 1871). J'ai résumé, quand je ne citais pas.

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re[ious««it ces situations fausses qui mettent deux fMims rivaux face à face, stérilisent par Tisolement. soos fiëak d'indépendance , des efforts dont la combinaison senit féeonde, empêchent toute unité d'action, et dont te moiadre inconvénient est de créer les malentendus et les confusioBs de compétence, les tiraillements d'autorité et les conflits de toute nature, depuis les taquineries et les représaiUes mesquines de quelque querelle de préséance, depuis les froissements et les rancunes de la vanité personnelle, jusqn'an antagonismes les plus graves, jusqu'aux plus sérieuses questions de grandes attributions indécises et de juste inflaenee disputée ! L'administration d'une prorince se compliquait de divers services et de plusieurs magistratures, mais qu'one hiérarchie inflexible soumettait à la direction, à la magistrature suprêmes : questeurs, légats, procurateurs étaient nettement rangés sous les ordres du gouverneur.

Toutes les précautions étaient prises contre les conflits de pouvoirs : dans les provinces qui, comme la Numidie par exemple, n'avaient qu'une légion de garnison, le légat impérial qui commandait la légion était en même temps, de par son litre de propréleur, investi des pouvoirs de gouverneur civil ; et celte réunion des deux autorités, lesquelles comprenaient toutes les autres, était nettement indiquée par le titre officiel complet, si précis dans sa concision : legatus Auguste pro praetore legionis. S'agissait-il de ces grandes provinces belliqueuses, comme les deux Germanies, les deux Pannonies, la Syrie, etc., gouvernements frontières où se trouvaient les quartiers de plusieurs légions ? Gomme tous ces corps d'armée étaient commandés par des légats anciens préleurs, le pouvoir central avait eu soin de placer au-dessus de ces commandants militaires, hiérarchiquement égaux, u^ chef d'un rang supérieur, puisqu'il était choisi parmi les anciens consuls, lequel était à la fois, sans compétition possible, gouverneur civil de la province et commandant en chef de toutes les Iroupes qui y résidaient. Ainsi, quelle que W

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importance de la province, quel que fût le rang, la classe, )mme nous dirions, du gouverneur, à côté de lui, en face e lui il ne voyait personne dont il pût prendre quelque mbrage et redouter quelque empiétement, personne qui ontrariât légalement et impunément ni les vues de sa poliique ni les actes de son autorité. Tout marchait d'une même mpulsion, tout obéissait à la volonté d'un seul.

Hais aussi, avant d'atteindre des dignités si hautes, avant de s'élever à des situations si considérables, par combien de degrés, par quelles épreuves diverses ne devaient pas passer ceux qui prétendaient aux suffrages de leurs concitoyens, plus tard au choix du prince, et se sentaient l'ambition d'administrer les affaires de l'État ! Avec quel étonnement, souvent même avec quelle admiration lisons-nous ces longues listes de dignités que les Romains se plaisaient à graver sur la pierre, curieux états de services, laborieuses carrières, toutes pleines, non pas de quelque série banale de titres vides et de sinécures orgueilleuses, mais de la suite lentement parcourue des emplois et des charges auxquels des règles sévères astreignaient tous ceux qui se vouaient à la vie piîlique !

Peut-être sera-t-on curieux de trouver ici quelqu'une de ces nobles notices biographiques, transmises à la postérité 8oit par un légitime amour-propre, soit, comme le plus souvent, par la reconnaissance ou la flatterie contemporaines ; sans doute aussi trouvera-t-on naturel que j'emprunte de préférence aux inscriptions de l'Algérie le cursus honorum Je quelqu'un des personnages considérables qui ont laissé irace, sinon dans l'histoire, du moins sur les monuments de l'Afrique romaine.

Publius Julius Junianus Martialianus a été l'un des légats ïnpériaux gouverneurs de la Numidie et commandants de *année d'Afrique. Gouverneur de la province, il a bien ^oulu se charger du patronage des habitants de Cirta; la ^Ue reconnaissante fait graver en son honneur, par décision

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municipale, une inscription que Léon Renier a retrouvée sur une grande table entièrement encadrée d'une moulore, et qui est aujourd'hui encastrée dans le mur d'enceinte de la Casbah de Constantine.

PI VLIO- 1 V >' I A >• • M A U T I A L I A N • C* V' COSQVAESTPROVINCIAEASIAETRIB- PLEUHIPKAETORICVRATORICIVITATISCV LENORVMCVRATORIVIARVMCLODIAE- CASSIAEETCIMIiNIAEPRAEFECTOAERARIMILI T AR I S • P R OCO N SVLI-PROVIISCIAEMACEDOiMAE- LEGATO • LEO- II|- AVG- SEVERIANAE' ALEX.\i\DRIA>'AE' PR.\ESIDIET- PATRONO- RES* PVBLICA- CIRTENSIVMDE CRETOORDIMSDEDIT-DEDICAVITQVE»

Cette inscription doit se lire ainsi :

Public Iulio luniano Martialiano, clarissimo viro, consulu ({uœstori provinciœ Asiœ, tribune plebei, prœtori, curatori civitatis Oileiiorum, curatori viarum Clodiœ, Cassiœ et Cimiiiiae, pnefecto «Tarii militaris, proconsuli provinciœ Macedonia;, Icgato legionis tertiai Augustse Severianœ Alejafldrianu;, prœsidi et patrono.

Respublica Cirtensium decreto ordinis dédit dedicavitque '.

Les dignités que Publius Martialianus a successivement occupées sont mentionnées, on le voit, dans Tordre que le langage de Tépigraphie appelle l'ordre direct, et qui est l'ordre chronologique ; c'est-à-dire que l'énumération des différentes magistratures commence par la première que fe personnage ait obtenue, par la plus humble par conséquent, pour s'acheminer en quelque sorte avec les années et les services, et s'élever, dans une progression ascendante, vers les derniers honneurs, vers les honneurs suprêmes qui ont couronné sa carrière. Cependant, par une transposition

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