Voy. k l'Appendice, La moralité sous l'empire; xxui
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Le savant historien montre encore, et M. Gaston fioissier a éveloppé cette obsen^ation avec sa justesse ingénieuse *, omment ces riches patriciens, ces opulents chevaliers qui tossédaient quatre ou cinq mille esclaves entassés dans les Raisons de ville ou disséminés dans les fermes, pour peu ia*3s consentissent à gérer eux-mêmes leurs affaires, au lieu le les abandonner à des intendants sans scrupules, pour peu qu'ils se préoccupassent de Tadministration de leurs immenses fortunes, retiraient de leur surveillance personnelle autre chose que de plus gros revenus, j'entends une sorte de profit moral et d'enseignement politique. M. Mommsen et M. fioissier sont d'avis que si, pendant de longs siècles, la noblesse romaine a eu comme le privilège du sens politique, que si elle s'est montrée 'capable et digne de commander à l'univers, c'est que chacun de ces futurs maîtres du monde commençait par faire chez lui son éducation gouvernementale ; c'est que Texploitation de ces vastes domaines, le maniement de ces millions de sesterces, la direction de ces nations d'esclaves, confuse multitude venue de tous pays, parlant toutes les langues, classée par emplois domestiques et je dirais pres({ue par services, constituaient en réalité une sorte de gouvernement, et, comme disaient les Romains, de province, où ces jeunes grands seigneurs avaient toute chance de devenir financiers et administrateurs ^.
1. Revue des Deux-Mondes^ !•' décembre 1868, L'esclave : G. Boissier.
2. G. Boissier, Etude sur Mommsen {Revue des Deuœ'Mondes, 13 avril 1872). M. Mommsen fait remarquer très justement « qu'en géDëral les politiques de la vieille Rome se ressemblent tous entre Cttx. Ce n'est pas par un élan du génie individuel, mais par un effort collectif et continu que les Romains ont conquis le monde. Dans ce tnomphe de l'esprit de discipline et de suite, les personnalités s'effai^cnt un peu : c'est le plus beau résultat d'une constitution bien faite, QQ'un Etat puisse être grand sans avoir besoin de grands hommes. Rome surtout pouvait aisément s'en passer. Comme ceux qu'elle mettait ^ la tète de ses affaires n'avaient qu'à se conduire d'après des règles tracées d'avance et à suivre une politique traditionnelle^ il n'était pas "^l'spensable qu'ils eussent du génie.. . »
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Les modernes, gens de détail, excellent à des enfUs restreints, à des fonctions spéciales, où ils se cantonnât en quelque sorte, où ils se parfont, où ils s'emprisonnent. U est possible que les Romains ne nous y yalussent pas; mais, à coup sûr, dans ces fonctions considérables et périlleuses, ({û, comme la haute administration, les grands commandonents civib$ et militaires, le gouvernement d'un pays, demandent des vues générales, des lumières sur toutes choses, unephs large ouverture d'esprit, une plus vaste expérience, nous ne pouvons assurément prétendre à la compétence ni à Tautoriié de ces hommes rompus dès leurs vingt ans à des épreuves si diverses, si solidement trempés au courant des faits et des choses, exercés sans relâche et instruits par une existence â active et si cx)nstâmmenl renouvelée î
Il faut faire encore cette remarque : c'est que l'unilé du commandement, cette première et si grande force, se complétait d'une indépendance presque absolue vis-à-vis du pou* voir central : or cette liberté sans doute avait chance de donner tout essor et tout développement aux talents et aux facultés. Rome aimait à faire fond sur ses magistrats, à se reposer sur eux de ce lourd fardeau des provinces, à leur laisser une liberté d'allure et une initiative qu'elle estimait très favorables aussi bien à l'expansion et au bon emploi de leur activité qu'à la prompte satisfaction des intérêts locaux. Les gouverneurs des possessions romaines administrèrent toujours sur place; l'autorité provinciale, tout en étant solidement rattachée à la métropole par les liens politiques les plus étroits, ne fût-ce que par l'ardent patriotisme des magistrats, fut toujours, administrativement du moins, affranchie de la tutelle lointaine et tracassière du gouvernement central; l'administration coloniale fut, comme on dit, autonome. Point d'intervention à distance, point d'ingérence ni de direction quand môme et à tout propos; point d'expédition dans les Gaules dirigée du mont Palatin; point de bataille, même
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gagnée, sur un programme du sénat ou sur un ordre de Vempereur; point de décrets passant Ja Méditerranée pour être approuvés au forum ; point de longs et lointains recours aux décisions de la métropole. Correspondances paperassières, exposés d'affaires minutieux, propositions de mesures qui pressent, adressées, renvoyées, modifiées, renvoyées encore ; attentes des réponses, espérances des solutions, examens des dossiers, échanges des dépêches : Rome ne connut pas ce régime des atermoiements et ces gouvernements d'outre-mer. Elle ne voulut pas diriger, du sein même de la capitale, des intérêts divers et compliqués qui ne pouvaient être connus et satisfaits que sur place : elle estimait qu'en pareil cas ses décrets ne pouvaient toucher le but, et qu'à ce point de vue ses provinces étaient vraiment hors de portée. Aussi assuraitelle à ses représentants le libre usage de leurs attributions et les mettait-elle à l'abri de toute pression inopportune. Les empereurs eurent, bien entendu, tout pouvoir de contrôle sur les actes de leurs légats et de révocation sur leurs personnes; mais, fidèles à la tradition, ils eurent le bon sens, eux aussi, d'abandonner leurs lieutenants à leurs propres inspirations, et se prêtèrent aux chances heureuses de l'initiative personnelle. « Aujourd'hui, nos habitudes constitutionnelles ont érigé en principe la défiance envers le pouvoir ; à Rome, c'était la confiance. Dans nos sociétés modernes, le dépositaire d'une autorité quelconque est toujours retenu par des liens puissants; il obéit à une loi précise, à un règlement lûinutieux, à un supérieur. Le Romain, au contraire, abandonné à sa seule responsabilité, se sentait dégagé de toute entrave; il commandait en maître dans la sphère de ses attributions *. 1»
Aussi bien, si Rome respectait l'autonomie de ses provinces et l'mdépendance des hauts fonctionnaires qu'elle y envoyait, si elle pratiqua toujours à leur égard ces maximes larges et libé-