XVIII , AVANT-PROPOS
doute de revoir ces Romains que nous nous proposons volontiers pour modèles, et que nous aimions, autrefois du moins, à nous figurer comme nos rivaux dans le passé, en face de ces graves questions de politique coloniale, de ces difficiles problèmes de rapprochement des races, d'assimilation progressive, de réconciliation des vaincus; et cela, de nous les représenter organisant leur conquête africaine dans des conditions qui étaient non pas identiques peutêtre, mais assurément analogues. Il serait bien intéressant d'éclairer ainsi et d'animer le passé des lumières et des impressions du présent, surtout de rassurer le présent et d'encourager l'avenir par les souvenirs du passé. Car le passé, qu'est-ce pour les peuples sages, que les risques et les aventures courus par les premiers venus|iu profit de leurs successeurs * ?
Mais je n'ai point eu de ces témérités présomptueuses; c'est là l'œuvre de toute une existence de hautes et nobles études : ce sera le couronnement naturel et impatiemment attendu de la laborieuse
1. Telles étaient les intentions de M. le maréchal Randon, lorsque, il y a quelque vingt-cinq années, il chargea M. Frédéric Lacroix, ancien préfet d'Alger, de recherches sur l'histoire de la domination romaine en Afrique. M. Lacroix y travailla longtemps et rassembla un nombre considérable de documents et de notes qu'il allait vérifier et mettre en œuvre, lorsqu'il fut surpris par la mort. Ce ne sont malheureusement là, parait-il, que des matériaux épars, parmi lesquels toutefois se trouvent quelques courts fragments composés qui ont presque tous paru dans la Revue africaine, et qui sont assez intéressants pour faire sérieusement regretter que l'ouvrage n'ait pu être achevé. J'en ai profilé, pour ma part. Tous ceux qui se sont occupés de l'histoire de l'Afrique romaine doivent à M. Lacroix un souvei^ir.
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carrière de rhomme éminent qui nous a véritablement révélé rAfrique romaine, de celui que naguère TAllemagne elle-même saluait, avec MM. Mommsen et Henzen, comme l'un des membres du triuinvirat des princes de Tépigraphie latine à notre époque. Pour moi, je n'ose l'appeler mon maître, ne me sentant point un assez digne élève; mais j'ai pu du moins recueillir quelques-unes de ses inappréciables leçons, et je lui dois, j'aime à le dire d'abord , le meilleur et le plus solide d'un ouvrage où j'ai mis d'ailleurs beaucoup de goût et beaucoup dé travail. A lui donc, qui a relevé de la poussière du sol les monuments de Lambèse, de Thamugas, de Tébessa, de Gonstantine *, de les restaurer en quelque sorte, de les remettre dans tout leur lustre et leur jour, de nous montrer l'ensemble ainsi reconstruit et vivant de la colonisation romaine en Afrique. Bien plus modeste, encore une fois, est l'intention de cet ouvrage. Voici du moins ce que je désirerais; voici ce que je me suis proposé. Je voudrais d'abord, à l'usage de ceux qui, sans avoir le loisir ou l'occasion de ces sortes d'études antiques, en ont la curiosité, de ceux qu'on peut sans aucune espèce de dédain appeler de studieux et intelligents profanes, expliquer certaines parties un peu plus difficiles, obscures ou moins familières de l'histoire roûiaine; leur procurer, sur l'organisation administrative par exemple, sur celle de l'armée, sur la constitution provin-
1. Inscriptions romaines de V Algérie, recueillies et publiées par lèoQ Renier. Paris, 1855.