‹ L'Algérie romaineChapitre 110 sur 174 · T.-L., XXXI · texte numérisé non relu

T.-L., XXXI

« Neque pro^incis illum renim statom ^ nuebant, soupecto senatus popnliqae impenOi ob certamina potentium et avaritiam ihagV' tratuum ; invalido legnm auxilio quae vi, ambitai postremo pecania torbabantur. »

(Tac, Ânn., 1, 2.)

Eh bien, représentons-nous un de ces hommes, et non pas même un des plus grands, non pas même un de ces personnages véritablement historiques pt hors de pair, comme un Paul-Émile ou un Scipion sous la république, comme sous Tempire un de ceux qu'honorait l'amitié d'un Trajanou j d'un Antonin, et qui honorent les annales romaines; mais un de ces fonctionnaires distingués que recommandaient * leurs contemporains et que mettaient momentanément en lumière leurs services et leurs talents, sans les désigner cependant à la postérité ; représentons-nous, par exemple, im P. Julius Martialianus ou un L. Novius Grispinus, au moment où, chargé par le prince ou par le sénat de l'administration d'une des provinces de l'empire, propréteur ou proconsul,

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is la pleine force de son âge et dans sa pleine activité, il loigne de Rome pour aller prendre possession de son gounement. De quels honneurs, de quel cortège TÉtat luiime a-t-il pris soin de l'entourer ! Quelles ressources n'a-t-il i mises à sa disposition : crédits, soldats, moyens de transrt de toute espèce, bêtes de somme, lentes et mobilier ; née de fonctionnaires et d'agents subalternes, appariteurs, ibes, hérauts, ingénieurs * I De quel prestige a-t-on voulu lausser sa personne et son autorité 1 Des légats Taccompaent, précieux auxiliaires que la république elle-même a ilu placer près de lui 2, dont l'un sera chargé sous ses 1res de quelque commandement militaire, dont l'autre ra le soin de h justice civile dans une partie de la proice, ou bien encore, en cas d'absence ou d'empêchement

gouverneur, aura par intérim l'administration du pays. es de lui encore, le questeur, spécialement chargé de la 5tion financière, mais, s'il en est besoin, juge, administrair ou même général ; enfin tout ce monde brillant qui istitue l'état-major, toute cette cohors jprœtoria qui date

Scipion l'Africain, escorte officieuse tout autant qu'offiille, où faisaient leur apprentissage les jeunes fils de famille lis et protégés du général, et d'où les Romains de la vieille ehe éloignaient soigneusement leurs fils pour les faire rvir dans le rang ; maison militaire à la fois et administra- ^e, composée d'employés de toute sorte, secrétaires, arusces, médecins, interprètes ^ ! L'heure du départ venue, le

1. Cic, de L, agr., 11, 13 : « Deinde ornas apparitoribus, scribis, ^orÎM, prœconibus, architectis; prœterea muîis, tabemaculis, supel^

2 € quos comités et adjutores negotiorum dédit ipsa respu*

»ca... » (Cic, Ad Q. fr., 1, 1, 3.) .

'e suis de très près et je traduis presque, en animant un peu

texte, les citations et les notes, le savant chapitre de Becker et Mar-

'^dt : Handb. d. rômischen Alterth.

3. Cic, Pr, Batb., 11, 28 ; Ad Att., I, 12, ;2; XVI, 11, 1 ; Ad fam.y

"» 54; Ace. in Verr., III, 37, 84. — Caes., B> g»^ 1, 9. —Tac,

'»•> m, 33. — Plin., Ep. X, 121.

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gouverneur monle au Capitole, adresse aux dieux immortels ses prières et ses vœux ; puis, revêtu du manteau de commandement, il franchit le seuil de la ville *. Là seulement il prend Vimperlum^ comme là aussi il le déposera au retour. Encore une fois, (juel personnage et quelle figure !

Il arrive dans sa province, attendu non sans anxiété de ses administrés, j'allais dire de ses sujets à venir, et précédé d'un renom qui les rassure ou les épouvante. II arrive : quelle autorité est la sienne, et quelle toute-puissance ! Il a le commandement suprC'me de toutes les troupes cantonnées dans la province ; il a le droit d'ordonner des levées, d'appeler sous les drapeaux les citoyens romains aussi bien que les provinciaux ^, de requérir tout ce qui est nécessaire à la guerre; il a puissance de juger au civil et au criminel : (fans ce dernier cas, droit de vie et de mort ^ ; il tient entre ses mains tous les rouages de l'administration ! En un mot, il est investi de celte triple et effrayante autorité, politique, militaire et judiciaire. Pouvoir exorbitant, énorme, et que rien ne vient entraver ! « A Rome, chaque magistrat avait aussi, dans sa sphère d'action, un pouvoir à peu près illimité , mais il était permis au citoyen lésé de recourir à un magistrat égal ou supérieur, qui, par son veto, neutralisait l'action d'un collègue ou d'un inférieur. Dans les provinces, rien de semblable : le proconsul n'ayant ni collègue ni supérieur, son autorité y était sans limites et ses décisions immédiatement exécutées; seuls les citoyens qui s'y étaient établis conservaient le droit d'appel aux tribuns de Rome*. »

La province, devenue province, « perdait ses anciennes ins-

1. ... mtis in Capiiolio iiuncupatis, paludalus ab urbe est profednS'- (Liv. XUI, 49.) — Cic, Ad AU., ^, 13; VI, 8; V. 10, 2; V, 16, 3; V, 21, 5.

2. Cic, Ad AU., V, 18, 2; Ad fam., XV, 1, 5 ; Verr,, V, 17, 43.

3. ac, T'en-., V, 54. — Act. Apost. 10, 11, 22, 25, 26, 32. — Voir le Saint Paul d'E. Renau. — Cic, Ad fam., 111, 8, 4; Ad AtL, Vi, 1, 15.

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