‹ L'Algérie romaineChapitre 113 sur 174 · RÉGIME RÉPUBLICAIN · texte numérisé non relu

RÉGIME RÉPUBLICAIN

protéger les provinces : rhumanité y avait moins Je part que l'intérôt bien entendu, qui, en slmposant quelque relenue dans le présent, ménage Tavenir ^ »

Rome n'envoyait guère aux provinces que trois catégories de ses nationaux ; on pourrait dire que les provinciaux ne connaissaient que trois échantillons de Romains : les gouvir* neurs et leur suite, les publicains et les banquiers. Sam doute, officiellement et dans les lois, toutes les précaution» étaient prises contre les exactions des gouverneurs : tous te abus, toutes les prévarications, toutes les variétés, toutes te nuances de prévarications étaient prévues et frappées; dans son admirable concision, la loi Servilia jette sur ce point i» jour curieux et terrible. 11 faut ici citer : « qttantum peeth niœ... ablatwn^captum, roactum^ conciliatum, aversmvt sit, de ea re éjus petit io nominisque delatio esto. > Mais rien n'y faisait dans la pratique, et le droit donné à chacun d'accuser tout magistrat sortant de charge était presque toujours illusoire. Qu'on y songe bien en effet; pendant la courte durée de son gouvernement, le proconsul avait à rembourser les dépenses de ses anciennes candidatures et à préparer une réserve pour les élections à venir. Et les jeux ruineux que réclamait le peuple ! Et les procès possibles, les juges qu'il faudrait acheter! Tout cela, dans l'espace d'une année! Et» comme couronnement, au retour, la complicité de la no* blesse ^ !

Les publicains, moins pressés et moins impatients, se donnaient un plus long délai ; fermiers de l'impôt public, ils se contentaient de cinq ans pour faire leur fortune : c'était ordinairement la durée de leur bail. « 11 était bien difficile aux malheureuses villes d assouvir ces financiers intraitables ; presque partout les caisses municipales, mal administrées par des magistrats inhabiles ou pillées par des magis-

i. Cm. Boissier, Cicéron et ses amis, p. 330 et sq. 2. « Uic nos omnes absolvimus; et me hercule consepta omnia f(eda rf inhonesta sunt. « (Cœl. in Cicer,, Epist. ad divers., VIII, 6).

BÉGIUE IMPÉRIAL 2)7

trels malhonnêtes, élaient vides. CR|)endan[ il fallait trouver de l'argent à tout prix. Or à qui pouvait-on en demander, Binon aux Banquiers de Rome, devenus les banquiers dti monde entierî C'est donc à eux qu'on s'adressait. Quelquesuns étaient assez riches pour tirer de leur fortune partiruiiére de quoi prt^ler aux villes ou aux souverains étrangers... d'autres , pour moins s'exposer , formaient des associations financières dans lesquelles les plus illustres Romains apporfaienl leurs fonds... Tous ces prêteurs, que ce fussent des particuliers ou des compagnies, des chevaliers ou des patriciens, étaient très peu scrupuleux et n'avançaient leur argent qu'à des taux énormes, généralemenl â 4 ou Tî pour 100 par mois. La difficulté pour eux consistait à se faire payer '. > Mais là se retrouvait le proconsul, complice par intérêt et associé aux hénéfices, et qui aidait au remboursement par toutes les ressources de la puissance publique et du pouvoir exécutif; ou bien qui laissait faire, par peur des dangereuses rancunes de cette noblesse d'argenl, et qui, ne demandant pas mieux au fond que d'empScher les provinces de mourir, comme disait Cieéron, n'osait pourtant, pour les sauver, affronter les colères de tous ceux qui vivaient de la mort des provinces ".

Ce fut l'empire, en somme, qui les sauva. Dès la dictature de César, dès le principal d'Auguste, les provinces respirèrent et ne s'y méprirent point : c'était un nouvel ordre de choses; et, nous le voyons dans Tacite, elles en saluèrent l'avènement. « Elles tenaient en juste défiance le gouvernement du sénat cl du peuple, à cause des querelles des grands et de la cupidité des magistrats, et elles n'attendaient plus des lois aucun secours, impuissantes qu'elles les voyaient

1. li. Boissier, Ciciron, p. 333. — Cicéron.^rf Q. fr., 1, 11, 33; iVo Font., t : n IVemo Hatlaruia xiiie cive romano gvidqvam neijoiii ijerit; nutnniui ùi Gallia rmllvi tiae ciriiim fomanoriim tabvlis c -Tacite, ,1m., 111. 40.

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