Novembre
228 LE TROCONSUL D AFRIQUE
jusqu'à la fm de la république, administrée, comme la province d'Afrique, comme les autres provinces, par des proconsuls ou par des propréteurs. Le premier de ses gouverneurs fut un proconsul, Thistorien Salluste; et la ville de Conslantine, Girla, qui était le chef-lieu de la nouvelle province, conserve encore le souvenir du séjour qu'y fit le grand écrivain *. Au pied de la montagne pittoresque et escarpée de Sidi Mécid, dans un vallon riant, ombragé de trembles et de platanes, d'orangers, de grenadiers, de vignes enchevêtrées, et arrosé abondamment d'eaux tièdes el salutaires, on voit encore, sur deux rochers séparés l'un de l'autre par un espace d'une centaine de mètres, deux inscriptions, gravées en grands caractères, de forme archaïque comme leur orthographe, et qui sont ainsi conçues :
L 1 M I s F V N I) I SALLVSTIANP
Limite du domaine de Salluste.
1. Cette première organisation est, je l'avoue, enveloppée d'obscnrités. Comment concilier tant de choses, en ce qui touche spécialement Cirta ? Un passage d'Appien nous montre en effet cette ville et tout le pays qui en dépendait donnés par César à Sittius à la fois et à Bocchus, roi de Maurétanie. Autrement dit, Sittius était là une manière de vassal du roi, et occupait le pays, le détenait sous la suzeraineté nominale dn roi maure. Naguère, dans des conditions analogues, un roitelet, un chef ■ indigène du nom de Masinissa, avait également possédé le pays de Cirta SOU& la suzeraineté de Juba,roi de Numidic (App. b. c, 4, 54).
Cirta, colonie romaine, fief de Sittius relevant d'un roi maure, et cheflieu de la nouvelle province, tout cela est assez difficile à accommodcf.
Après la mort de César, un fils de ce Masinissa dont je viens de parler, Arabion, envahit cet ancien domaine paternel où s'était établi Sittius, et tua ce dernier. Arabion étant mort lui-même, la colonie de meura debout dans son existence quasi indépendante sous le nom qu'elle devait à son fondateur : Julia, Juvenalis, Hoj^orU et Ftrftrfi» Ciria, Lorsqu'Auguste, en 729, donna au jeune roi Juba les Maurétanies en échange de la Numidie, la ville et le territoire de Cirta rentrèrent en quelque sorte dans la province romaine, et en firent partie définitivement. — Voir, dans le Corpus, la notice de Wilmanns.
2. Hecueil de la Société archéolog. de Constantine, 1866, p. 74.
Salluste était, on le sait, amateur de jardins, et, si c'est nen de lui qu'il s'agit daijs les inscriptions qui précèdent, 1 avait eu bon goût, à Conâtantine comme à Rome.
Quoi qu'il en soit, séparée ou non de la province, la Numidie ne demeura pas longtemps romaine, du moins officiellement. Quelque temps après la bataille d'Actium (31 av. J.-C), Auguste en reconstitua une sorte de royaume et de fief indigène, et la rendit à ce titre au fils de son dernier roi, Juba II *. Les possessions romaines en Afrique ne comprirent plus alors que la Tunisie actuelle, augmentée vraisemblablement de la partie orientale de notre département de Constantine; car la province d'Afrique semble bien avoir eu, à cette époque, pour limite occidentale, non plus la Tusca (Oued-Berber), mais l'Ubus, laSeybouse, qui se jette dans la mer près de Bône et peut-être môme l'Ampsagas; il est bien probable que les deux grandes villes d'Hippo Regius (Bône) et de Calama (Guelma) faisaient dès lors partie de la province ^.
Ce ne fut là d'ailleurs qu'une reconstitution épbémère : Juba U ne posséda la Numidie que pendant quatre ans, de l'an 29 à l'an 25. J'ai déjà indiqué les raisons probables qui décidèrent Auguste à la lui reprendre ^. César, après sa