‹ L'Algérie romaineChapitre 124 sur 174 · Dans le Fezzan, près de Djerma · texte numérisé non relu

Dans le Fezzan, près de Djerma

238 LK PROCONSUL DAFRIQUE

comme hiver, pourchassèrent Tacfarinas ; en même temps, Blaesus le faisait suivre ù la piste par des indigènes habitués à se reconnaître dans ces solitudes, et ne terminait la campagne qu'après avoir pris du moins le frère de l'insaisissable Numide. Trop tôt encore, car derrière lui la lutte allait recommencer. Eteint dans la région de l'Est, l'incendie se rallumait déjà sourdement dans les sauvages et lomtaines \ (rontrées de l'Occident *.

Pendant que Blaesus triomphait à Rome, Tacfarinas négociait une alliance avec les Maures ; abandonnés par la jeunesse insouciante de Ptolémée, fils de Juba, au gouvernement de ses affranchis, les Maures aimèrent mieux la guerre que la honte d'avoir des esclaves pour maîtres. Un des grands chefs du Sud, le roi des Garamantes, le complice et le receleur des razzias de Tacfarinas, lui envoya aussi des troupes légères, et cela au moment où l'empereur, croyant la lutte terminée, rappelait d'Afrique la 9® légion, que n'osait retenir le proconsul nouveau, Dolabella, par peur de . mécontenter le prince.

Cependant Tacfarinas faisait dire dans toutes les tribus que l'empire, entamé parles^autres nations, elles aussi révok tées, se retirait peu à peu de l'Afrique ; que ce qui y restait de troupes romaines serait facilement cerné et jeté à la mer, si tous ceux qui préféraient l'indépendance à l'esclavage voulaient faire un dernier effort. Il grossit ainsi son année, vient camper devant Tubuscum ^ et investit la place. Dolabella accourt avec ce qu'il a de soldats ; une fois de plus, les Numides prouvent qu'ils ne peuvent supporter le choc de l'infanterie romaine; ils se débandent. Dolabella se meta leur poursuite; il fait d'abord trancher la tête à quelques chefs suspects qui préparaient une défection, appelle à lui les troupes restées fidèles à Ptolémée, organise des colonnes

1. Voir Tappendice : Abd-el-Kader et le maréchal Bugeaud, xxiv.

2. Peut-être Tubusuptus ou Tupusuctus, Tikiat, dans la vallée de l'oued Sahel, d'où Tacfarinas se repliera sur Aumale.

mobiles, lance en razzia de lous côtés les chefs et les gouiiis dévoués, cerne enfin et surprend auprès d'Auzia (Aumale) les Numides qui s'y sont repliés, et se croient en sûreté dans ces hauteurs boisées et inaccessibles. Ils dormaient, leurs chevaux à la corde ou errant dans les pâturages : ils se laissent égorger comme des troupeaux. Le Romain, exaspéré par le souvenir de ses peines, et rencontrant enfin cet ennemi tant de fois échappé, s'enivrait do vengeance et de sang. Le mot d'ordre était de s'emparer de Tacfarinas : le Numide, voyant ses troupes anéanties, son fils prisonnier, les Romains vainqueurs, se jeta au milieu des traits, aimant mieux mourir que de se rendre, vendant d'ailleurs chèrement sa vie. La guerre, cette fois, était achevée.

N'en déplaise à l'orgueil romain, la guerre avait duré sept ans; c'est seulement au bout de sept années que Tacite pousse enfin le cri de délivrance : « ïs denium annus popu- ^m'romanurn longo adversum Numidam Tacfarinatem ^^llo absolvit, »

On s'explique aisément, ce semble, que, pendant le temps ù se prolongea une crise aussi redoutable, Tibère n'ait point ^ devoir modifier l'organisation exceptionnelle qu'Auguste •^ait donnée à l'Afrique romaine, et qu'il ait maintenu au XKîonsul la plénitude d'autorité que lui avait abandonnée Q prédécesseur. C'est le proconsul, ({ui, pendant toute cette îriode, est le chef de l'armée d'Afrique, c'est-à-dire non ulement de la légion IIP Augusta, la légion africaine, et îs troupes auxiliaires qui en faisaient comme les ailes, ais encore de tous les renforts dont la guerre de Tacfarinas icessite l'envoi extraordinaire, et, par exemple, de la lé* on 9® hispanica. Chacune de ces légions est, selon la règle dinaire, commandée par un officier général qui porte le re de legatus Augustin légat impérial ; mais elle n'en est ls moins, avec son chef, placée sous les ordres supérieurs du 'oconsul.

L'inscription relative à Velleius Paterculus, dont j'ai déjà

parlé, est une preuve très intéressante de l'état de choses institué par Auguste, conservé par Tibère, et qui durera jusqu'à Caligula. « Cette inscription se lit sur une borne milliaire qui a été découverte en Algérie, près des ruines de la station antique d'ad villam Sele, dans le voisinage du village moderne d'EI-Arroucb, sur le bord de la voie romaine qui conduisait de Rusicade (Philîppeville) à Girta (Constantine). Celle inscription doit se lire ainsi :

C • V E L L E I P A T K J{ C V L L E (i • A V G • LEG- II 1- AVG- .X X I X

Caio Velleio Patcrculo, legato Augusli legioiiis tertiae Au- {j^ustse; milliarium vigesimum nonum.

C'est-à-dire : Caius Velleius Paterculus étant légat impérial de la légion troisième Augusta, vingt-neuvième milliaire i. » Ce monument appartient certainement à l'époque impériale, puisque le fonctionnaire qui y figure est qualifié de legatus Augusti legionls tertiae Augustœ, légat impériai de la légion troisième Augusta. — Or ce n'est pas Tempereur régnant, c'est le légSt seul qui est désigné ici comme le magistrat, comme l'autorité supérieure dont les ordres ont dirigé ce grand travail d'utilité publique. C'est là, remarque Léon Renier, un fait jusqu'ici sans exemple, mais qui, tout extraordinaire qu'il paraît au premier abord, s'explique cependant par l'histoire de la province d'Afrique pendant les premières années du premier siècle de notre ère, comme il explique aussi cette histoire même. Si le personnage mentionné dans notre inscription ne porte que le titre de legai^ Augusti legionis III Augustœ, sans addition des molsp^* 'prsRtore^ c'est que cette inscription est précisément de l'épo-

Page 1