‹ L'Algérie romaineChapitre 13 sur 174 · AVANT-PROPOS XXI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XXI

qu'elle nous a légués. Je voudrais faire voir comment les mœurs, les usages, les costumes, mille détails pittoresques de la vie et de la société grecque et romaine, sont là pris sur le vif, expliqués, commentés, ressuscites par la moindre scène quotidienne, par les rencontres de la rue ; comment la nature tout entière, mer caressante et bleue *, ciel éblouissant d'étoiles, rivières inconstantes, torfents furieux ou maigres filets d'eau, arbres chantés par tous les poètes, oliviers au pâle feuillage, myrtes et lauriers-roses, platanes aimés de Socrate, — dirai-je aussi, puisque j'ai dit Socrate, cigales au chant assourdissant *? — comment toutes ces choses antiques revivent en ce pays et s'éclairent de la réalité présente, sortent du livre en quelque manièi*e et prennent corps ; comment enfin en Algérie l'antiquité est toute contemporaine.

Un de mes maîtres revenant de Rome, et revenant tout ému de son voyage, faisait le souhait irréalisable ^, et que j'ai fait souvent moi-même, que tout jeune universitaire eût fait son tour d'Italie et son pèlerinage de Grèce, et n'abordât l'enseignement de l'antiquité qu'après avoir du moins passé pieusement le seuil de son double sanctuaire. Mais, hélas ! le poète l'a dit : il n'est point donné à tout le monde d'avoir vu Gorinthe ! Eh bien , à défaut

1. Onésime Reclus, La terre à vol d'oismu. Je citerai beaucoup ce livre de tant de science et de tant de verve, et d'une fidélité, d'une couleur dont je me porte garant pour ce qui touche l'Algérie*

2. Et cantu querulœ rumpent arbusta cicadœ. (Géorg., III, 328.)

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