‹ L'Algérie romaineChapitre 14 sur 174 · Quanquam ol sied superent, quibus hoc, Neptune, dedistil · texte numérisé non relu

Quanquam ol sied superent, quibus hoc, Neptune, dedistil

XXIÎ AVANT-PROPOS

pour nos jeunes maîtres, et c'est là une préoccupation universitaire, un souci d'administrateur qui devra sembler légitime et me sera aisément pai>donné, à défaut de cette initiation incomparable que donnent ces vieilles terres classiques, il est certain que notre Algérie peut, elle aussi, offrir et suggérer de précieux enseignements.

Pourquoi ne raconterai-je pas ici certaines impressions personnelles que je n'ai point seul éprouvées? Sans parler de ce remuement d'idées et de cet entrain salutaire que donnent à de jeunes imaginations bien préparées et comme disposes ce voyage de Paris à Marseille et cette traversée brillante de la grande ville phocéenne, n'est-il donc pas utile et presque indispensable, pour des hommes qui par goût et par profession vivront au sein de l'antiquité et y feront vivre leurs auditeurs, leur en délopperont les scènes et les tableaux, leur en feront sentir les beautés, d'avoir entrevu même de loin ce qu'on peut appeler les horizons classiques; d'avoir du moins pu contempler quelque rivage baigné de ces mêmes flots qui battent les promontoires grecs ou s'enfoncent dans les baies italiennes ; d'avoir reçu enfin comme un rayon de ce soleil qui dore les ruines de TAcropole et illumine le golfe de Baies ou les colonnes brisées du Forum?

La mer une fois traversée, à qu<3lque 750 kifomètres de Marseille, à quelque 650 de Port- Vendras, que de jours sur l'antiquité, que d'aperçus soudains, quelles explications lumineuses! Quelles décou-

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vertes dans ce qu'on croyait savoir, dans ce que Ton comprenait à demi sans le sentir! La transparence de l'air attique et cette lumière vraiment sereine, je ne me la suis imaginée qu'ici, en voyant dans un clair et limpide crépuscule les branches découpées d'un palmier, ou les touffes d'un pin parasol se détachant sur le ciel bleu. Tel admirable vers de Yirgile que je croyais suffisamment goûter ne m'est apparu dans sa parfaite beauté, ne m'a saisi que sur cette terre méditerranéenne. Ces flots qui resplendissent sous les reflets tremblants de la lune *, je les ai contemplés maintes fois ; cette douce et légère brise du soir, j'ai pu la respirer sur nos terrasses algériennes. Et ce n'est pas seulement, je l'ai dit, la nature italienne ou grecque qui se retrouve ici; l'homme et la vie de ces vieux âges classiques ne s'y reconnaissent pas moins nettement. Pompéi ressemblait bien sans doute à quelqu'une de nos villes mauresques ; nos petites maisons algériennes, pauvres demeures exiguës qui, se serrant les unes contre les autres, défendent du soleil brûlant les ruelles étroites et grimpantes, n'est-ce pas quelque chose d'approchant de ces habitations athéniennes dont nous avons retrouvé les compartiments et mesuré les traces sur le rocher de l'Observatoire? On ne vit guère dans de pareils logis : aussi bien le beau soleil, Tatmosphère tiède

1. Adspirant aurae in noctem, nec candida cursum Luûa negat; splendet tremulo sub luraine pontus.

{ÉnéiiL, VII, 8.) G

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