‹ L'Algérie romaineChapitre 132 sur 174 · Tacite, llisl., IV, 48 (traduction Buruouf) ; I · texte numérisé non relu

Tacite, llisl., IV, 48 (traduction Buruouf) ; I

province proconsulaire d'Afrique , ofticiellemenl du moins, restera longtemps encore une et indivise, et c'est sous Septime Sévère seulement que la province de Numidie apparaîtra distinctement dans le langage officiel. Qu'est-ce alors, et que signifie cette apparente contradiction avec ce grand principe de l'unité du commandement que j'ai mis pins haut en lumière?

La politique des empereurs ne croit plus devoir tolérer qu'un membre de ce vieux sénat dont le déclin était encore auguste, l'impuissance encore redoutée, retienne entre ses mains un grand commandement militaire ; inquiète et ombrageuse, elle a peur d'un rival perçant sous le proconsul toutpuissant et armé de la riche province d'Afrique. Elle imagine un véritable démembrement du proconsulat ; mais elle se garde bien de diviser la province : tout au contraire, elle en maintiendra longtemps encore l'unité officielle et , on peut le dire aussi, l'unité toute fictive. Elle a là ses raisons, que nous allons dire tout à l'heure. Ce n'est pas le territoire qu'elle partage; c'est le gouvernement, c'est l'administration, ce sont les pouvoirs du proconsul.

La province d'Afrique devient à la fois en quelque sorte une province sénatoriale et une province impériale; elle aura en même temps un double gouverneur : son proconsul, choisi par le Sénat entre les sénateurs désignés par le sort qui ont exercé le consulat dix ans au moins auparavant, el un légat impérial nommé par l'empereur : c'est-à-dire deux chefs indépendants l'un de l'autre, dont le pouvoir émanera de deux autorités diB'érentes, l'un magistrat plutôt civil, l'autre particulièrement chargé du commandement des forces militaires. En réalité, il y aura maintenant une Afrique sénatoriale consulaire et une Afrique impériale prétorienne, puisque le pays qui obéissait jadis au seul proconsul sera administré en partie double, pour ainsi dire, par un gouverneur militaire, le légat impérial, chargé de tout le pays qu'occuperont ses troupes, et par un gouverneur civil, le

proconsul, préposé aux régions pacifiées qui n'ont pas besoin de garnison. Mais en apparence, et officiellement, on maintient et Ton maintiendra longtemps encore la fiction de l'unité.

Et pourquoi ? C'est que cette unité fictive ne profitera qu'au légat impérial ; c'est que l'unité réelle , l'unité du pouvoir, et cela du pouvoir militaire, sera toute entre les mains du légat commandant la légion," c'est-à-dire entre les mains de l'homme de l'empereur. C'est qu'on veut par une arrière-pensée de surveillance méfiante, encore plus que pour satisfaire aux convenances militaires et aux intérêts stratégiques, permettre au légat impérial d'entrer, quand bon lui semblera, dans la province du proconsul, et qu'il faut pour couvrir cet exorbitant privilège d'un semblant de légalité, tourner et éluder cette loi fondamentale qui défendait à un gouverneur de pénétrer dans une province autre que la sienne. C'est qu'à côté du proconsul, ambitieux peutêtre, et candidat possible à ces règnes d'un instant, le prince veut placer un homme qui soit bien à lui, dont la nomination lui appartienne en propre, dont le dévouement lui soit acquis, et qui détienne la véritable force, le commandemenl militaire. Si l'on avait officiellement divisé la province, si l'on en eût fait deux provinces distinctes, on se fût heurté à la loi, et le légat n'eût point eu le droit de pénétrer sur le territoire du proconsul : or le légat sera chargé d'y faire en quelque sorte police politique, d'y surveiller les velléités ambitieuses, et même, aidé de sa légion, d'y réprimer immédiatement les soulèvements et les pronunciamientos de la province. En effet, elle était toujours en vigueur cette vieille règle préservatrice, qui défendait à tout gouverneur de province de pénétrer en armes dans un gouvernement qui n'était pas le sien. On se rappelle, entre autres exemples, l'intéressant récit que fait Tacite d'un conflit soulevé sur ce point entre deux légats impériaux *. En l'an 58 de notre ère, Lucius Vêtus,

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