Corpus ni, n- 6065. Voir à VApp. XXYIU
Justinien replaça chacune des deux Maurétanies sous rautorité d'un prxses.
Pour n'être que des procuratures, et pour n'être point, comme la province de Numidie, le quartier permanent d'une légion, les Maurétanies n'étaient pas toutefois de'pourvues de troupes d'occupation. Elles étaient gardées au contraire par des forces considérables. Elles paraissent, même avoir reçu le renfort temporaire d'une légion pendant la courte période que je signalais tout à l'heure et qui dura environ quinze années, dé 238 à 253. La mesure prise par Gordien m contre la troisième légion privait en effet toute l'Afrique du plus gros et du plus solide de ses forces, en môme temps que de l'officier considérable qui commandait ce corps de troupes. Par un expédient provisoire et absolument insolite, on essaya de parer à ces inconvénients; on plaça l'administration des deux provinces maurétaniennes dans la main d'un seul gouverneur dont on releva en même temps Tautorité et le prestige; et, devenu légat propréteur, on le chargea, même en dehors de son gouvernement spécial, même en Numidie et dans toute l'Afrique, de tenir la place et de remplir le rôle militaire qui jusqu'alors avaient incombé au légat chef de la légion. De plus, on accrut l'effectif des troupes de la Maurélanie, qui devint momentanément le quartier général des forces romaines de l'Afrique, et il paraît bien vraisemblable qu'on crut devoir y faire passer toute une autre légion d'Europe, pour combler le vide dangereux que laissait dans un tel pays le licenciement des vieux et redoutables légionnaires du camp de Lambèse.
D est certain que plus d'une inscription atteste en plusieurs endroits la présence, à Gartenna, à Auzia, à Lambèse, de militaires appartenant à la 22* légion Primigenia ainsi qu'aux troupes auxiliaires (fii l'accompagnèrent en Afrique. A Gartenna, ce sont les pierres funéraires de simples soldats de cette légion; à Lambèse, c'est le tombeau élevé par un centurion de la légion à un indigène qui fut le plus dévoué des
affranchis. A Aumale, ce sont les épitaphes de deux soldais, de noms assez barbares, qui faisaient partie de deux corps tirés de la Germanie Supérieure * ; et ces troupes, probablement, étaient les auxiliaires de la 22® légion. II semble donc qu'après la suppression de la légion 3« Augusta, en Tan 238, la 22® Primigenia vint la remplacer en Afrique, flanquée de ses corps auxiliaires, qu'elle fut mise provisoirement sous les ordres du gouverneur extraordinaire des deux Maurélanies, et qu'elle eut mission de protéger non pas seulement ces deux provinces, mais encore la Numidie, dégarnie en effet de troupes et privée de son légat impérial. Or c'est une preuve sérieuse en faveur de cette conjecture qu'en Germanie les inscriptions relatives à la 22^ Primigenia, très nombreuses jusqu'en 231 , disparaissent quelque temps après cette date.
Ce fut là d'ailleurs, à coup sûr, une mesure tout exceptionnelle.
Il est possible de se rendre compte de ce que fut, en temps ordinaire, l'effectif de l'armée qui occupait le pays maurétanien. Tacite nous montre quelque part 2, en l'année 70, Luceius Albinus, procurateur des deux Maurétanies, tenant de Néron la Césarienne, puis de Galba la Tingitane. encouragé et comme troublé par les forces dont il disposait : il commandait dix-neuf cohortes, cinq ailes de cavalerie, bon nombre de troupes indigènes ; Galba mort, le puissant procurateur perdit la tête; il porta môme au delà de l'Afrique ses regards et ses rêves ambitieux et menaça cette terre d'Espagne qu'il voyait et qu'il convoitait à travers un étroit bras de mer. Les inscriptions confirment ce renseignement précis de l'histoire : j'entends les inscriptions de la Maurétanie Césarienne, car les rares monuments que nous ayons de la Tingitane ne mentionnent aucun corps de troupes. Ce