CHAPITRE IV
La Numidie, province impériale distincte à partir du troisième siècle; le légat commandant la 3e légion est le prœses de la province. — Retour sur les premiers empereurs, d'Auguste à Septime Sévère : quelle part chacun d'eux a-t-il prise au développement de l'œuvre romaine en Afrique?
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J'ai montré le légat impérial devenant chaque jùut plus puissant, et marchant désormais le premier des fonctionnaires romains de TÂfrique. Il ne sera pas sans intérêt de suivrcj à travers les époques diverses de l'empire, l'histoire et les vicissitudes de cette haute magistrature ; de marquer sa période ascendante, puis comme son déclin, son retour de faveur et de prestige, jusqu'au jour où, comme toute chose, et toute institution, elle disparaît dans le désordre du Bas-Empire et dans la nuit des invasions. Ce sera d'ailleurs faire là l'histoire de la province elle-même. Ce sera surtout mettre en lumière cette observation importante : à savoir^ au milieu des remaniements successifs introduits par les
empereurs dans les rouages de la machine africaine, quette fixité de principes et de vues a pourtant toujours subsisté; comment l'esprit romain, toujours conservateur, a peu cherché, là comme ailleurs, les expériences politiques et les innovations administratives ; comment il a voulu maintenir les pratiques traditionnelles, sans se jeter périodiquement dans des essais aventureux et promptement ahandonnés, sans se laisser aller jamais au caprice des questions de personnes; comment enfin il a, sous les changements de forme, appliqué dans le fond, pendant des années et des siècles, les doctrines gouvernementales qui avaient fait la force de Rome, qui avaient propagé et sauvegardé ses conquêtes.
Quel était, à l'origine, et quel fut, dans la suite, le titre officiel que portait le légat impérial? M. Mommsen remarque avec raison que la formule en a longtemps été variable, qu'elle n'est, pendant prés de deux siècles, contrairement à ce qui a lieu pour les magistratures semblables et les emplois équivalents, ni fixe ni déterminée. Et c'est là un fait naturel. Le caractère d'abord exceptionnel des fonctions du l^t de Numidie et la nature mixte, je dirais presque équivoque, de ses attributions politiques durent nécessairement se refléter jusque dans le nom et comme dans l'étiquette. C'est pourquoi — ce qui n'arrive guère lorsqu'il s'agit des gouverneurs des autres provinces impériales — les inscriptions nous ofTrent, pour qualifier, pour définir une magistrature à certains égards extraordinaire, une aussi grande variété de titres, tant d'appellations différentes.
Tantôt, par allusion à ce caractère de gouverneur civil de la province, qui lui appartenait aussi bien que celui de commandant militaire, il a le titre de legatus Augustipro prœtore provincix Africx ou de prxtorms legatus Afrkx imperaioris Cœsaris Augusti * ; ou même, pour conserver
1. Choix d'inscriptions de Wilmanns, 1148. Le personnage ainsi qoalifié a été décoré de dons militaires par Vespasien et a exercé le coaâulat sous Domitien.
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le souvenir de l'unité fictive de la province d'Afrique, la dénomination plus simple et plus modeste de legatus Augusti provinciœ A fric» dtoeceseos Numidiœ *. Tantôt, et le plus souvent, on considère surtout en lui le commandant supérieur des forces romaines de l'Afrique. Une inscription découverte en Hongrie, et qui semble dater d'une époque voisine de Trajan, vise à la fois et cette unité officielle de la province d'Afrique et le commandemetit militaire du légat impérial ; le légat y est appelé : legatus Augusti provinciœ Africae pro prxtore legionis tertiœ Augusiœ.
Parfois on le décore de la qualification sonore et imposante de legatus Augusti pro prœtore exercitus afncani, ou bien exercitus qui est in Africa» C'est ainsi que le personnage même dont nous avons parlé tout à l'heure, le légat assassin de Pîson, Festus, que nous avons vu dans Tacite, après le meurtre du proconsul, partir en guerre contre les habitants d'Oea soutenus des Garamantes, figure, dans une inscription qui rappelle cette expédition, comme legatus pro prœtore exercitus Africx ^. Un légat, Domitius Tullus, porte un litre plus pompeux encore : missus ab imper atore Vespasiano Augusto legatus pro prœtore ad exercitum qui est in Africa. Mais Léon Renier est d'avis que cette formule, faite d'une périphrase, n'est guère dans le style épigraphique, et il regarde cette partie de l'inscription comme interpolée '.
Presque toujours, comme la légion m* Augusta formait la principale et essentielle partie de l'armée d'Afrique, le légat prenait sur les monuments le titre de legatus Augusti pro prœtore legionis III Augustœ, Une inscription du recueil d'Orelli * mentionne un legatus imperatorts Cœsaris
1. Henzen, 6495. On troave, dans les inscriptions, an Pinarias Clemens, legatus pro prœtore exercitus qui est in Germania superiore. (Henzen, 5256, 5418, 5427.)