‹ L'Algérie romaineChapitre 29 sur 174 · D'Avezac, Afrique ancienne · texte numérisé non relu

D'Avezac, Afrique ancienne

2. tt Le traité de 1845, qui fixa la limite ouest de nos possessions d'Afrique, a été conclu au lendemain presque de la bataille d'Isly, c'està-dire à une époque où le gouvernement français n'avait encore que des notions très incomplètes sur la configuration du territoire. Le plénipotentiaire marocain put donc affirmer, sans être contredit, que l'Adjeroud formait au nord-ouest notre frontière naturelle, et que, le pays situé

11 y a plus : si, comme il est probable, le développement de la colonisation et les nécessités administratives amènent de prochaines subdivisions dans nos provinces actuelles, — à commencer sans doute par celle de Test, la plus vaste et la plus peuplée, — le département de la Kabylie, que Ton détachera de la province de Conslantine et dont Bougie et Sétif * seront les villes principales, ne sera guère autre chose que la réapparition et la reconstitution de la Maurétanie Sitifienne, que les Romains, eux aussi, à leur heure, devant Timportance croissante de la colonisation et les besoins du gouvernement, crurent devoir séparer de la Maurétanie Césarienne ^ .

Ces grandes et principales divisions de l'Afrique septen-

au sud des K'sours étant inhabitable, la délimitation en serait superflue. (Voir les articles 4 et 6 du traité.) On a fini par s'apercevoir que notre frontière aurait dû être fixée, non comme elle Ta été en 1845, et telle qu'elle Test encore aujourd'hui, mais bien par le cours de la Moulouya et par celui de l'Oued-Guir. Ces deux grandes rivières descendent du plateau le plus élevé de la chaîne qui traverse, de l'ouest à Test, l'empire du Maroc, et servent en quelque sorte de barrière naturelle entre les deux pays. » (A. Fillias, Géogr. phys. et polit, de VAlgérie, 2« édition, appendice, note A.) — Or l'Oued-Moulouya, c'est le Mulucha de l'antiquité, qui séparait la Maurétanie Tingitane de la Césarienne ; ce serait donc la limite romaine.

<t Avant tout, les Français devraient transporter leurs frontières jusqu'à rOued-Messaoura, s'emparer de cetle rivière et de ses affluents, ce qui entraînerait la soumission du Touat ; c'est d'ici, en effet, que partent toutes les difficultés, tous les désordres, et, tant qu'ils n'occuperont pas ces frontières naturelles, il n'y aura aucun calme durable dans le sud de la province d'Oran. » (Gérard Kohlfs^ cité par M. Paul Bourde, La France au Sotidan.) Nos frontières exactes, légitimes, sont aussi assez indécises du côté de la Tunisie ; un avenir prochain va certainement les rectifier. — V. Cherbonneau : Retme de géogr. Juillet 1881.

1 . Bougie : Salds, v. colonia Julia Augusta Saldantium Septimanorum immunis. (L. Renier, Inscr. 3311, 3512.)

Sétif : Sitifis, v. colonia Nerviana Sitifis, v. colonia Nerviana Augusta Martialis, veteranorum Sitifensium, etc. (L. Renier^ Inscription 3269 et sq.)

2. Voir, sur la carte de xM. de Champlouis, le petit croquis qui représente les divisions territoriales établies en Afrique après l'expédition de Maximien Galère (297 ap. J.-C).

trionale, je les trouve nettement indiquées dans le Jugurtha de Salluste. Après avoir exposé les préliminaires de son sujet, au moment d'entrer dans le plein courant de son récit, Salluste s'arrête et croit devoir, d'un coup de crayon rapide, esquisser légèrement , en une vue d'ensemble , l'aspect général et la physionomie de la contrée. En même temps, il indique quels peuples l'habitaient à l'origine, quelles immigrations successives s'y étaient établies et développées; enfin quel était l'état politique de ce vaste territoire au moment où commence la guerre de Jugurtha. Si, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, dans la suite de ce travail, je m'adresse de préférence à Salluste, et si je recours surtout aux renseignements qu'il nous donne, c'est qu'il est, dans l'antiquité , l'historien propre de l'Afrique, pour ainsi dire; c'est qu'il y a vécu et qu'il nous a laissé, de son séjour, de son commandement, de ses études locales, de ses informations personnelles, un monument justement célèbre; c'est qu'il est, à un certain point de vue, auquel un universitaire et un ancien professeur auront toujours plaisir et intérêt à se placer, le plus classique des écrivains qui se sont occupés de l'Afrique.

L'Afrique, dont Salluste fait une troisième partie du monde indépendante, et dont il détache l'Egypte, comme tous les anciens, a, dit-il, pour limites : au couchant, le détroit qui sépare la mer romaine^ fretum nostri maris ^ de l'océan Atlantique ; au levant, le versant d'un large plateau sablonneux qui s'abaisse vers la vallée du Nil et qu'on appelle dans

1. Nous aussi, nous disons ou nous disions un lac français. Voir, sur la carte de M. de Champlouis, les dénominations diverses par lesquelles les Romains désignaient plus précisément les différentes parties de la mer Méditerranée, suivant les rivages qu'elle baignait : mer Ibérique, le long des côtes d'Espagne ; mer Sarde, au sud de la Sardaigne ; mer Africaine, étroit bras de mer qui s'étendait entre l'Afrique proprement dite et la Sicile; petite et grande Syrte; enfin mer Libyque, autour des rivages de Cyrène. L'océan Atlantique s'appelait également océan Occidental ou encore mer Extérieure.

10 DHISIONS TERRITORIALES

le pays Catabatlimos * : celait la limite ancienne de l'Asie et de l'Afrique, la frontière de l'Egypte et du territoire de Cyrène ou Libye Pentapole ^. De ce point, en suivant la mer, on rencontre d'abord Cyrène, la fille de Théra ', la ville aux belles sources, aux magnifiques chevaux dont Pindare chantait la victoire. « On a oublié les arts de la Grèce dans ce pays barbare. Le plateau de Barka plonge sur la côte par des falaises, qui parfois baignent leur pied dans la mer môme et plus souvent laissent entre elles et le flot un petit littoral charmant par ses bosquets et ses fontaines. » C'est la parfie féconde, le Barka Rouge, el-Hanira, la belle Cyrénaïque des Grecs, jardin de Jupiter et de Vénus, jadis épanoui sur ces riches plateaux couverts de terre rouge et au flanc des gorges rapides, également revêtues de rouge humus qui descendent du rebord des plateaux au rivage de la mer. Le Barka Blanc, el-Beida, c'est le versant méridional, aride et attristé, tout gris de terres pauvres et de sables blanchâtres, et dont les oueds sans eau s'inclinent vers le Sahara libyen *.

Vient ensuite la région des deux Syrtes, entre lesquelles s'élevait sur la côte la ville de Leptis (Lebda), fondée par des habitants de Sidon qu'avaient chassés de chez eux les discordes civiles ^. Salluste reviendra plus loin sur ces deux golfes d'inégale grandeur : le plus vaste, celui de la Sidre, le plus petit, celui de Gabès, mais également semés d'écueils et de bas-fonds, et, quand la mer est grosse et le vent violent,

1. C'est aujourd'hui le Djebel Akabah el Kébir, Gatabathmus magnus, qui se continue et se développe à l'ouest, accroît son altitude, et, sous le nom de plateau de Barka, entre dans le domaine tripolitain. (Champlouis, Notice sur la carte de l'Afrique romaine, p. 17. — 0. Reclus, Tripoli.)

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