G*. Reclus, passim
3. « Tunis, la vieille ennemie de Garthage, et plus vieille que la métropole, se tient là^ en face d'elle et de ses murs, accroupie dans la
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dit le peintre si vrai, si vivant, si passionnément; si patriotiquement algérien, auquel j'emprunte le plus que je puis de sa verve et de sa couleur ; — petit pays, mais si fertile qu'il pourra contenir un jour une véritable nation ; « rivage toujours fleuri de la Méditerranée » où grandit, où périt la Garthage punique, où la Carthage romaine se releva de ses ruines et de ses cendres plus brillante encore et plus belle ; où Tère arabe vit naître Kaïrouan, qui fut la première ville musulmane du Moghreb, une des cités saintes de Tlslam K
3^ La Numidie : dans les larges limites où elle se développait au temps des événements que raconte Salluste, elle représente pour nous exactement cette Algérie française qui règne sur 1100 kilomètres de côte, a le pied fièrement posé sur TAtlas, et qui, placée au centre de ce monde nord-afri-
fange au bord de Teau, comme une bête venimeuse qui la regarde et qui lui veut mal de mort. » (Salammbô.)
« Tunis passe pour renfermer 100,000 habitants, dont 20,000 Juifs, et 12,000 Européens, presque tous Maltais, ce qui veut presque dire Arabes, la religion à part. Rues en escalier, ruelles en zigzag, culs-desac, places étroites, passages voûtés, boue ou poussière, l'amphithéâtrale Tunis est encore une ville orientale serrée entre deux lacs : à Touest un lac peu profond, salé, sans écoulement, à Test un golfe communiquant avec la mer par le chenal de la Goulette. Entre ce golfe et cette mer, des tronçons de murs, des décombres, des mouvements du sol, sont tout ce qui reste de la ville du grand Annibal, relevée par sa part des 80,000 vétérans que César tira d'Italie pour repeupler Carthage et Corinthe. » 0. Reclus.
1. C'est M. Reclus qui dit encore : « La régence de Tunis, comme on rappelle souvent, n*est en réalité qu'une dépendance du plateau de Constantine, qui sans nul doute se complétera quelque jour par Tannexion des vallées tunisiennes : déjà la France est solidement enracinée dans les hautes plaines numides composant Torient de TÂlgérie, et, de ces plaines, elle tendra naturellement à descendre vers le littoral, en suivant la pente même des rivières qui coulent entre Souk-Harras et Xébessa. »
Un voyageur russe du premier mérite, qui fait autorité, M. de Tchihatchef s'est appliqué à démontrer dans ses lettres célèbres à Michel Chevalier sur l'Espagne, l'Algérie et la Tunisie « que la Tunisie est la continuation, le complément naturel de l'Algérie, qu'elle doit un jour lui être rattachée, que c'est une question d'humanité, qu'il importe que cette splendide contrée redevienne le grenier et le jardin de l'Europe, qu'alors seulement la mission providentielle de la France en Afrique sera accomplie. » Voir, à l'Appendice, la note VI.
cain, envahie par plus de 300,000 Européens, maîtresse de ces hauts et salubres plateaux numides plus propices aux immigrants, plus cléments aux colons que toute autre région de cette contrée, a chance peu à peu de s'étendre sur le reste de l'île Berbère *.
4® Le grand pays des Maures, à présent l'empire du Maroc, un des pays les moins connus du monde. Et pourtant il commence à 15 kilomètres de l'Espagne ; pourtant il couvre environ la moitié de la Berbérie de ses 70 millions d'hectares; pourtant « il l'emporte en importance future, comme en richesse et en beauté, sur le reste de la Berbérie! Ses 15 à 1800 kilomètres de littoral font tête à deux mers au lieu d'une ; il ne donne pas seulement sur un lac, — la Méditerranée n'est pas autre chose — il borde l'Océan lui-même, et commande, par des roches de 350 à près de 1000 mètres d'élévation, le détroit de Gibraltar, le plus important de tous les passages marins du monde L'Atlas marocain, supérieur d'un tiers à l'Atlas algérien, dépêche vers la Méditerranée, et vers l'Océan, des fleuves de 500 à 600 kilomètres *, diluviens en hiver, bus aux trois quarts en été par un soleil qui flambe, et par un sol qui crève en sillons ou s'envole en poussière. Telle est la Malouïa, le plus long fleuve du Tell, après le Chéliff, et la limite historique de l'Algérie du côté du Moghreb-el-Aksa, l'occident lointain : de limite naturelle il n'y en a pas entre les deux contrées, tant la Berbérie est homogène. Ce fleuve, dont sans doute le bassin ne tardera pas longtemps à nous appartenir, tombe dans la Méditerranée près des Zafarines, archipel d'îlots formant un bon mouillage. Quand la France y voulut planter sa bannière, en 1847, elle y trouva les Espagnols établis depuis quinze jours '. »
Tunis, l'Algérie, le Maroc : divisions purement politiques,
i. 0. Reclus, j)amm.