Annona {Dictionnaire des antiquités de Saglio
2. Jusqu'à Ten épuiser : Africam exercemus; Tac, A., XII, 43. A la fin, les habitants se plaignent, réclament et obtiennent mainte remise d'impôts. En Egypte également, les fellahs abandonnent leurs terres pour se soustraire à la charge des impôts ou aux exactions des agents chargés d'en recouvrer le produit.
3. Plerosque senectus dissolvit, nisi qui ferro aut besiiis interiere ; nam morbus haud ssepe quemquam supcrat; ad hoc malefici generis plurima animalia, [Jug., XVII.)
« Vingt-six combats de bêtes fauves amenées d'Afrique ont été donnés par moi au peuple en mon nom et au nom de mes fils et de mes petitsfils, dans le Cirque, dans le Forum, ou dans des amphithéâtres, et environ trois mille cinq cents bêtes y ont été tuées. » Testament d'Auguste, XXII.
4. I. A. 2715. Tito Flavio Macro curatori frumenti comparandi in
annonam Urbis facto a divo Nerva Traiano, procuratori Augusti prœ-
diorum saltuum Hipponensis et Thevestini Voir, à l'appendice IX, au
sujet de ces domaines impériaux et des procurateurs qui les administraient, l'analyse d'un très intéressant article du Journal des savants sur un de ces domaines d'Afrique.
praefectus annonœ , chargé de celte lourde responsabilité d'approvisioDDer la capitale, veillait à ce que le blé des trois provinces frumentaires arrivât exactement aux époques déterminées, et aussi à ce que les agioteurs, en accaparant les convois, n'en fissent pas artificiellement monter le prix. C'était un véritable ministère qu'une telle administration; sous les ordres du préfet de l'annone, et sous ses yeux, à Rome, le prxfectus frumenti dandi s'occupait des distributions publiques et écartait tous ceux qui n'avaient point le droit d'y prendre part. En province, le préfet de Rome s'aidait d'un grand nombre de procurateurs, qui n'étaient point les premiers venus, et qui avaient eux-mêmes au-dessous d'eux des centurions de l'annone mentionnés dans les inscriptions. Et que parlé-je de ministère? C'est mieux que cela : c'est une religion, c'est un culte ! La crainte superstitieuse des uns, la flagornerie des autres en vient à inventer je ne sais quel génie des vivres et des subsistances, de la Faim de la ville sacrée, je ne sais quelle dirinité qu'on adore dans Rome, qu'on prie humblement en Afrique, et qui reçoit des vœux et des offrandes. L'annone n'est pas seulement personnifiée par l'art : ce n'est plus simplement un personnage my thologi(iue , une allégorie dont les monnaies font foi ; c'est un génie , c'est une déesse * I
L'ancienne Rusicade, aujourd'hui Philippeville, le port de notre Constanline, a été autrefois le plus riche entrepôt de la province de Numidie ^ ; une curieuse inscription de cette ville nous fait connaître un monument placé sous la protection du Génie Auguste de la Colonie et nous apprend qu'un concitoyen généreux avait fait exécuter, en même temps qu'une statue de ce génie de Rusi-
1. Amonœ sanctœ. OrcUi, 1810; Henzen, 5320, 6520, 6521, 6523, etc.
2. Au 31 décembre 1872, Philippeville avait 12 274 habitants; le nouveau dénombrement lui en donne 13 736. Le gain est de 1462.
cade, une seconde statue représentant J'Annona de la ville Auguste :
GENIOGOLONIAE VENEUIAEIIVSICADIS
AVGSAGIl- MAEMILIVSBALLATOR PRAETERHSX- MNQVAEIN OPVSCVLTVMVETHEATRl POSTVLANTEPOPVLODE DITSTATVASDVASGENl VMPATRlAENETAxXNO N AESAGRAEVRBISSVA PEGVNIAPOSVITAD Q V ARVMDEDIGAT 1 NEMDIEMLVDORVM GVMMISSILIBVSEDIDIT LDDD.
Genio Colonise yeneriœ Rusicadis Augusto sacrum.
Marcus iEmilius Ballator, prœter sesterlium decem millia nummum, quœ in opus cultumve theatri postulante populo dédit, statuas duas, genium patria^ nostric et Annonce sacrœ Urbis, sua pecunia posuit, ad quaruni dedicationem diem ludorum cum missilibus edidit. Locus datus decreto decurionum (I. A. 2174).
Là où la terre s'appauvrit et ne fournit plus à la culture ces grasses épaisseurs de terres brunes et opulentes, l'élève du bétail offrait et offre encore d'abondantes ressources et de précieux revenus. Salluste vantait, à ce point de vue, l'excellence de la terre africaine, et ajoutait ce trait au tableau : l'Afrique, favorable aux semences, est bonne aussi pour les troupeaux : bonus pecori. Ce trait léger, rapide, jeté par l'historien, le grand peintre des Géorgiques l'a i^epris et l'a animé de tout l'éclat dé son imagination, de toute la vi\'acité de sa couleur. Des pâturages de l'Italie comparés à ceux de l'Afrique, il s'est plu à faire deux tableaux et comme deux pendants pleins de vie et de charme, qu'on me permettra de
rappeler ici, puisque, fidèle à une intention que j'ai exprimée une fois pour toutes, je cherche toutes les occasions d'éclairer les textes antiques que je puis ramener à mon sujet de cette vive lumière africaine dont j'ai ressenti les puissants et poétiques effets.
n s'agit là, d'autant, de ces chèvres et de ces brebis dont l'Afrique semble avoir été si riche de tout temps, et dont les longs troupeaux bêlants, aujourd'hui encore, lentement venus d'étapes en étapes des profondeurs de notre Algérie, et tristement enfermés dans les larges flancs de nos paquebots, viennent ravitailler chaque semaine les marchés du midi de la France : Virgile eût trouvé là quelqu'un de ses mots doux, attendris et mélancoliques *. Aux paysages gracieux et frais, aux vallées ombreuses d'Italie, à ces eaux faciles et courantes, à ces vieux chênes touffus dont les longs bras de feuilles enveloppent et protègent le troupeau avec son berger, voyez comme il oppose cette Libye aux habitations clair-semées, aux habitudes plus rudes et plus sauvages, et cette vie plus dure, ce plein air éternel, ces étendues immenses, ces parcours infinis !
Quid tibi paslores Libyaî, quid pascua versu Proseqaar, et raris habitata mapalia tectis?
Ssepe dieui nocteinque et totum ex ordine measem Pascitur itque pecus longa in déserta sine ullis Hospitiis : tantùm campi jaceti Omnia secum Annentarius Afer agit, tectumque Laremque, Armaque Amiclaeumque canero, Cressamque pharelram ; Non secus ac patriis acer Romanus in armis Injusto sub fasce viam quum carpit, et hosti Ante exspectatum positis stat in agmine castris.
(Virg., Géorg,, III, 339-349.)
Ah I le merveilleux don qu'ont reçu ces grands poètes ! Dans celte peinture inspirée où Virgile retrouve une Afrique
1. La richesse ovine de l'Algérie est de plus de 9500 000 tètes ; l'administration veille sur la sélection et le croisement dans la bergerie modèle de Ben-Chicao. Les moutons algériens sont recherchés pour leur laine, aussi bien que pour les ressources précieuses qu'ils fournissent k l'alimentation.
que ses yeux ne connaissaient point, quel sentiment, exquis du pays et des mœurs, ou plutôt, quelle divination! Je les vois encore, et le chemin de fer les traverse, ces Imites primitives, ces gourbis rares ou ces tentes, établis à mi-côte et défendus souvent par la haie piquante du cactus ; je les vois aussi, ces bergers longs et maigres, enveloppes de leurs burnous gris, et se détachant, en une mince et droite silhouette, sur le ciel clair du matin ou sur le pâle bleu du soir, immobiles et silencieux; ou bien, les jambes nues et leur tunique retroussée, leur gandoura serrée à la taille, accincti\ poursuivant, la* baguette en main, quelque taureau qui bondit et s'échappe ou quelque mouton qui s'attarde. Ils vont, comme dit Virgile, et la nuit et le jour, et tout un mois de suite ; et le troupeau s'avance lentement à travers ces longs plateaux déserts, où nul abri ne les reçoit jamais. Gomme la route, comme la plaine est longue ! Tantum campijacet! Le berger, lui, emporte et traîne tout avec lui i, sa maison et ses lares, son chien fidèle, aboyant et hargneux, ses armes, autrefois des flèches, aujourd'hui un simple et lourd bâton, trop souvent terrible et mortel. Ainsi marchait, — et la comparaison sans doute n'est point désobligeante pour le misérable Africain, cette sobre et énergique l)ête de somme, que j'ai vue tant de fois cheminer, courbée et résignée sous le faix, — ainsi marchait le fier soldat romain, sans être écrasé de ce fardeau militaire dont parle Végéce, et portant avec lui ce camp toujours prêt, cette forteresse improvisée qui s'élevait comme par enchantement aux yeux de l'ennemi surpris et impuissant. L'oracle de Delphes promettait jadis à Battos cette autre source de richesses, le bétail, celte seconde mamelle de l'Afrique, le pâturage : l'Algérie contemporaine tient encore les promesses du vieil oracle ^.
1. Voir une peinture semblable dans Pomponius Mêla, loco citalo,
2. VUnivers : Afrique ancienne, page 78. Voir, à l'appendice X, une note insérée dans la Revue de géographie sur les produits agricoles et la richesse minérale de l'Algérie romaine.
ET PHYSIONOMIE DU PAYS oy
J'auraÎB peur d'être monotone en épuisant ce commentaire et en poussant à bout ce parallèle, d'ailleurs exact, de la vieille Afrique et de notre Algérie contemporaine. Pourtant, je tiens à faire une remarque, qui intéresse non pas seulement le grand écrivain, dont j'ai fait ressortir la justesse et la fidélité, sans en avoir assez marqué peut-être la précision et la mesure, mais encore le pays lui-même, sur lequel les exagérations, les enthousiasmes, les récits un peu trop lointains ont répandu, de nos jours, plus d'une idée fausse et d'une illusion dangereuse. Quand on parle de ces contrées fécondées du soleil, inondées de lumière, où la terre, en effet, a je ne sais quelle prodigalité particulière, où plus d'un émigrant heureux, surtout actif, laborieux et sage, a bien mené sa chance et sa fortune, où de plus il n'est pas donné à tous d'aile?' voir, la légende se crée bien vite, et il se fait, comme dans le désert, des mirages perfides et trompeurs. Comme il est bon, en pareil cas, d'interroger un juge perspicace et sincère, un narrateur discret et sobre, unSalluste, qui nous ramène au vrai point de vue et à une saine appréciation des choses! Gomme il dit bien ce qu'il a vu, sans parti pris, sans exagération d'aucune sorte, et comme il a bien vu ce dont il parle !
Il marque en traits solides, tout d'abord, les deux vertus maîtresses delà terre africaine; elle est riche et fertile ^ cette terre, et je crois qu'il est permis ici d'étendre largement le sens du mot fertile et d'enfermer, comme Sallusfe, dans le sein de ce sol opulent, tous les germes qui sont la richesse et la joie de l'agriculture; puis cette terre du grain, du raisin,
1. Un Cicéron eût-il dit simplement fertilis, et ne se fût-il pas laissé tenter au fertilissimus?
Pomponins Mêla, lui aussi, a heureusement exprimé en quelques mots la nature et Ja physionomie du pays : « Quantum incolitur, eximie fertilis; verum quod pleraque ejus inculta, et aut arenis sterilibus obducta, aut ob sitim cœîi terrarumque déserta sunt, aut infestantur multo ac maleûco génère animalium, vasta est ma^is quam frequens. » (De situ orhis, 1, 4.) — V. de Saint-Martin, p. 140.
de Tolive, des fruits de toute espèce, est aussi la terre du bétail. Mais ce pays heureux, il faut l'aller chercher à travers les vagues d'une mer irritée et qui bat un rivage ouvert et presque sans défense. Ce sol, ne nous y trompons pas, est comme la fortune chez le poète : il vend bien ce qu'on croit qu'il donne ; à qui l'effleure d'une charrue paresseuse et légère, il est rebelle ou peu généreux ; il ne prodigue ses trésors qu'à celui qui, le délivrant d'abord de toutes les plantes parasites, le défrichant au prix de ses sueurs, le déchire profondément, disons-le aussi, savamment *. Ce sol, ce sol brûlé pendant les longs étés, il faut en labourer, il faut en parcourir les immenses espaces, les plaines flamboyantes, les plateaux dénudés sous les feux d'un ardent soleil, dans la fournaise des monts stériles, sans l'abri protecteur de l'arbre, de l'arbre bienfaisant d'où tombe l'ombre et la fraîcheur, arbori infecundus 2. U y faut enfin s'habituer, se résigner à cette parcimonie des pluies célestes, à cette pauvreté des sources de la terre, cœlo terrague penuria aquarum^ à la rareté de ces eaux précieuses qui ne sont pas seulement la vie et la santé de l'homme, qui sont aussi les aides indispensables, les instruments de son travail, voire des chemins rapides qui marchent et transportent '.
Contre ces inclémences et ces duretés de la nature, les Romains avaient essayé de lutter, et nos colons tâchent de se défendre. Il n'est guère contestable que nos devanciers n'aient entrepris et mené à bien, pendant leur domination séculaire , cette œuvre lente du reboisement dont nous
1. nia seges demum votis respondet avari Agricolse, hU quœ solem, bis frigora sensit.
(Géorg., I, 47.)
Un grand agriculteur des environs de Sétif, en me montrant ses terres, me rappelait ces vers de Virgile, et me disait se trouver très bien^ en Algérie aussi, de la méthode du poète.