‹ L'Algérie romaineChapitre 48 sur 174 · Voy. Appendice XII · texte numérisé non relu

Voy. Appendice XII

sommes, nous aussi, si justement préoccupés, et qui semble, depuis cinquante ans, avoir heureusement modifié et déjà un peu tempéré le climat de notre colonie. Il n'est point douteux que leurs villages, leurs fermes, leurs domaines ne se soient, comme le font les nôtres, revêtus peu à peu de verdure et ornés de ces bouquets d*arbres qui sont comme le témoignage et la parure de la civilisation. Leurs efforts sur ce point ne semblent pas avoir laissé de traces ; la barbarie a fait impunément son œuvre, et la stérilité a repris ses droits. Ce qui survit, ce qui est debout, ce sont les ouvrages étemels par lesquels ils ont voulu remédier à cette pauvreté d*eau, « à cette soif du ciel et de la terre, » dont a toujours souffert l'Afrique ; ce sont ces monuments indestructibles qui attestent quels furent les efforts de ces grands ouvriers pour amener à eux, pour emmagasiner ces eaux bienfaisantes, pour distribuer un trésor qu'on se disputait avidement *.

Philippeville utilise encore les citernes de Rusicade; çà et là se dressent, traversant les vallées, les restes grandioses des aqueducs, auprès de Cherchell, auprès de Gonstantine '.

1. D'après les auctores rei agrariœ^ les propriétaires, les fermiers se dispataient les eaux d'irrigation, tout comme aujourd'hui : d'où naissaient de nombreux procès, comme aujourd'hui encore.

2. Voir, dans l'Histoire des Romains de V. Duruy, deux gravures représentant les restes des citernes et des aqueducs de Carthage. Ces citernes, établies à l'est de la citadelle, paraissent avoir eu 140 pieds de long, 50 de large et 30 de haut; les murs ont 5 pieds d'épaisseur. Les citernes carthaginoises étant devenues insuffisantes pour la Carthage romaine, Hadrien lit chercher des sources jusqu'à 110 kilomètres de distance, à Zaghonen et Djoughar, et l'on construisit un gigantesque aqueduc à travers les montagnes et les vallées. Il avait une hauteur moyenne de 35 mètres et un écartement de 3 mètres seulement entre les pieds de soutènement. Il existe au-dessus du Bardo, à une heure environ de distance, une partie des arcades sur une étendue de 7 à 800 mètres. Le canal que portait l'aqueduc était voûté et assez haut pour qu'un homme de taille médiocre pût y marcher sans se courber. (De Sainte - Marie , La Tunisie chrétienne,) Une circulaire récente de M. le ministre des affaires étrangères, Barthélémy Saint-Hilaire, rappelle que c'est un ingénieur français qui a restauré, au profit de Tunis, l'aqueduc construit par Hadrien.

A Arzeu, qui manque d*eau potable, on voyait encore naguère de profondes constructions voûtées, à parois maçonnées en béton hydraulique, où se recueillaient et se conservaient Teau des sources et celle des pluies. Les traces des antiques barrages s'aperçoivent encore aujourd'hui, et fort avant dans l'intérieur*. Les inscriptions enfin témoignent abondamment des préoccupations de Rome à cet égard , et des efforts considérables qu'elle fit constamment dans ce sens pendant toute la durée de sa domination en Afrique. Je n'en citerai qu'une, qui me semble intéressante et qui donne assez bien l'idée d'un de ces grands et puissants ouvrages hydrauliques, où excellèrent ces maîtres ingénieurs.

Le grand aqueduc de Lambèse, aquœductus Tùulensis, souffrait de son état de vétusté {longa vetustate corruptum) et aussi de l'incurie des dernières années troublées par les agitations politiques {multorum incuria dilapsum et per longam annorum seriemneglectum). Les invincibles mcutres ei réorganisateurs du monde, invictissimi restitutores orhis, Dioclétien et Maximien, avaient fait réparer l'aqueduc par les soins de la troisième légion ^. Mais, en un jour de grand

1. Voir le bel ouvrage de M. Ville, inspecteur général des mines, Exploration du Hodna, Le capitaine Ragot mentionne, dans le lit de rOued-Djedi, ce grand cours d'eau qui, né des pentes du Djebel Amour, arrose tout le pays, de l'Aghouat à Biskra, et se perd dans le chott Mel'righ, les ruines d'un barrage romain considérable, qui rejetait les eaux du fleuve non seulement sur la rive gauche, mais aussi sur la rive droite, c'est-à-dire du côté du Sahara. D'autres conduites d'eau secondaires s'embranchant aux canaux principaux, les traces d'un immense canal qui, au dire des indigènes, commencerait à l'oasis des Ouled-Djellal et irait aboutir au chott Mefrigh, tout cela indique que cette zone désertique, aujourd'hui type de l'aridité, était arrosée, et qu'on tirait parti des très bonnes terres qui couvrent cette région. Nous croyons, ajoute M. Ragot, que, depuis l'occupation romaine, l'aspect de cette région a dû beaucoup se modifier, et que notamment, soit par suite du déboisement, soit par le manque d'aménagement des eaux, le pays a singulièrement changé. Tous les établissements romains considérables situés sur l'oued Cédeur, l'O. Mita, l'O. Djereh, seraient aujourd'hui inhabitables en raison de l'aridité absolue du pays.

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