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orage, l'aqueduc est rompu par les eaux ; le gouverneur de Numidie le fait rétablir : la montagne est percée de part en part, — ce sont les premières pentes de TAurés — et des conduites neuves sont reconstruites.
A Lambèse, au Nymphéum, sur une grande dalle entièrement encadrée d'une moulure :
AQVAMTITVLENSEM QVAMANTEANNOS PLVRIMOS LAMBAESITANA GIVITASIN TERVERSÔ DVCTV VI TOÙRENTIS AMISERAT PERFORATO MONTE INSTITVTO ET IAM A SOLO NOVO DVCTV SEVERINIVS APRONIANVS VPPPN PAT COLRESTITVIT GVR AELIORVFO VE FL Pl> GVR RP
Aquam Titulensem, quam aiite annos plurimos Lambœsitana civitas, interverso ductu vi torrentis, amiserat, perforato monte, instituto etiam a solo novo ductu, Severinius Apronianus, vir perfectissimus, prœses provinciœ Numidiœ, patronus colonise, restituit, curante iElio Rufo, viro egregio, flamine perpetuo, curatore reipublicce. (I. A. 117.)
A ces œuvres antiques, les maîtres actuels de l'Algérie peuvent opposer déjà de glorieux travaux. Nous aussi, nous cherchons à retenir les eaux fugitives et qui nous échappaient naguère; nous aménageons savamment les flots irréguliers, intermittents, de ces petits fleuves, disons mieux, de ces torrents capricieux, dont aucun ne coule constamment à plein lit, dont aucun n'est navigable, mais qui peuvent tous devenir à nos irrigations d'inépuisables réservoirs ; nos barrages les économisent, les répandent et les distribuent à propos. Non loin de l'embouchure du Chéliff, du Chéliff au bassin torride, aux cultures tropicales, vient aussi se perdre dans la mer la marécageuse Macta, formée de l'Habra et du Sig. Le Sig nous sert à arroser les jardins charmants de Sidi-Bel-Abbès, et les riches campagnes de Saint-Denis; l'Habra, emprisonné par un barrage, le plus vaste qui soit dans le monde entier, ouvrage gigantesque qui reçoit 30 millions de mètres
cubes, s*en échappe à notre ordre pour irriguer nos champs de cotonniers ou de cannes à sucre *.
Dans le désert, nous faisons plus encore : nos puits artésiens fécondent le sable même ^ et font sortir du sol, et comme s épanouir, au joyeux étonnement des indigènes, ces îles de verdure, ces fraîches oasis dont les mille pal* miers, le pied plongé dans Teau et la tète au soleil, abritent encore de leurs longues branches toute une végétation luxuriante. Veut-on, ici encore, une esquisse, un croquis antique? C'est comme une aquarelle, d'une rare élégance, et d'une justesse de ton parfaite ; elle est de Pline :
« Fons abundat largus qutdem, sed certis horarum spa-
tiù dispensatur inter incolas, Palmse ibi prœgrandi sub-
ditur olea^ htn'c ficus ^ fico Punica, illi vitis : sub vite
seritur frumentufn, mox legumen, deinde olus ; omnia
, eodem anno ; omniaque aliéna umbra aluntur '. >
Comment essayer de traduire ces coups de pinceaux si légers et si nets, et comme ces raccourcis de cette admirable langue latine ! L'eau ne manque pas dans l'oasis, dit Pline, mais elle ne s'y gaspille point ; chaque habitant n'en jouit que pendant un nombre d'heures déterminé. A l'ombre du palmier superbe s'élève l'olivier, sous l'olivier le figuier, puis le grenadier et la vigne : la rigne à son tour abrite le blé et les légumes ; et tout cela produit en une même année, tout cela pousse sous l'ombre mutuelle !
Comment rendrait-on mieux ce fouillis délicieux de verdure, d'ombre ensoleillée, de branches entrelacées, de feuilles de toutes sortes, ce murmure d'eau qui court, ce vert éblouissant et cette tiède fraîcheur !
1. Voir le compte rendu du voyage de M. le Gouverneur général dans la province d'Oran : 1876. — Voy. la Géographie de 0. Reclus.
2. J'aime à donner ici un souvenir à M. l'ingénieur Jus. Son œuvre achevée dans le désert, M. Jus a étudié, avec la plus heureuse obstination, toutes les applications précieuses que l'industrie pourrait tirer de l'alfa. Il aura deux fois bien mérité de l'Algérie.
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Il est d'autres dangers ou d'autres fléaux algériens contre lesquels il est plus malaisé de se défendre. L'Atlas, le vieil Allas, « bien déchu, comme le dit ingénieusement M. 0. Reclus, de sa mythologique hauteur, » ne s'élève point assez pour protéger absolument la Berbérie contre les vents incandescents du sud. L'Algérie, le Maroc et Tunis reçoivent de la fournaise saharienne le sirocco, qui dessèche et qui brûle *.
Salluste mentionne en passant et en deux mots, à son ordinaire, un de ces ouragans de sable que déchaîne le vent du désert et qui ne sont pas moins dangereux que les tempêtes de la mer ; il nous montre, dans son épisode des Philènes *, les Cyrénéens arrêtés au milieu des Hamadas arides par ces tourbillons soulevés de terre et qui, furieusement agités, remplissent la bouche et les yeux des voyageurs, les aveuglent et les emprisonnent dans un brouillard de poudre et de grains de sable. L'auteur curieux de Salammbô n*a eu garde d'oublier là un de ces effets pittoresques où il excelle; il a rendu celte tourmente africaine avec une vérité saisissante.
« Souvent, au milieu du jour, le soleil perdait ses rayons « tout à coup. Alors, le golfe et la pleine mer semblaient « immobiles comme du plomb fondu. Un nuage de poussière y^ brune, perpendiculairement étalé, accourait en tourbillonce nant ; les palmiers se courbaient, le ciel disparaissait, on « entendait rebondir des pierres sur la croupe des animaux, « et le Gaulois, les lèvres collées contre les trous de sa tente, « râlait d'épuisement et de mélancolie '. »
Corippus lui-même a trouvé là quelque inspiration ; je