‹ L'Algérie romaineChapitre 50 sur 174 · SaUmmhô; cité par Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. IV · texte numérisé non relu

SaUmmhô; cité par Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. IV

transcris ce morceau intéressant : il est si difficile de trouver à citer des vers de Corippus !

Africus ignivoinas terrasqae exarere flabris Incipit, et populi vires fnriasque resolvit; Fiamine cuncta rigent igniti corpora venti :

Aret lingua viris, faciès rnbet, altns anhelat Pectora pulmo ciens, mittitque e naribas ignem. Aspera subtracta fervescunt ora saliva, Kt furit exustus siccis in faucibus ardor.

Ornais ab iotemis bumor fiait aoxias extis, Perfaaditqae culcm, quem mox exsiccat iniquas Aeris ipse calor, tepidamqae a corpore samit.

Quel Algérien ne retrouverait là, avec quelque excès dans la forme, l'image pourtant précise et énergique de ses souffrances : ce vent de feu, cette sensation étrange d'un immense foyer tout proche, et comme ce voisinage d'une gueule de four embrasée ; les forces abattues, la tête congestionnée, la bouche sans salive, la gorge et la poitrine brûlantes, suffoquées, ce malaise et cette anxiété? Et puis, autour de soi, comme en soi, tout se consumant, se desséchant sous cette haleine de flamme que souffle le désert? Qu'est-ce donc, dans les profondeurs du pays, dans ces solitudes lointaines, sur ces plateaux de sable et à travers ces dunes qui sont comme le domaine propre et le royaume du sirocco I Voici maintenant comme parle la science : elle traduira presque ici la poésie : « Pendant la durée du sirocco, l'atmosphère est comme embrasée, rougeâtre, desséchante, obscurcie partiellement par les matières terreuses ou siliceuses qu'elle tient en suspension. Sous son influence, la respiration de l'homme est haletante ; la peau, les muqueuses de la bouche et du nez sont sèches et arides, et, pour peu que pareil état dure, le cerveau ne tarde pas à manifester des symptômes de prostration. Les animaux, même les mieux acclimatés , souffrent comme les hommes ; quelquefois les chevaux refusent de marcher et tournent le dos au vent. Les plantes herbacées, au lendemain d'un sirocco, sont flétries

comme le sont dans nos climats des herbes coupées depuis quarante-huit heures. Beaucoup de feuilles et de jeunes tiges sont pour jamais privées de vie... Voilà ce fameux Notus d*Hérodote contre lequel marchèrent les Psylles et qui les ensevelit tous * . »

Ce n'est pas tout : cette antique plaie d'Egypte, la dévorante sauterelle, est aussi la plaie de TAlgérie. Nous retrouvons là Corippus : donnons-lui encore ce souvenir. Au milieu d'une énumération des soldats innombrables qu'opposera l'Afrique aux troupes de l'empereur, il s'arrête, et, comme tout poète épique, petit ou grand, doit le faire, il imagine une comparaison : celle-là, je dois le dire, juste, originale, nouvelle et africaine.

Quis cernere possct

Millia tanta virain? Vel sic locusta sub astris, Austro fiante, cadit Libycos diffusa per agros, Vere sub extremo ; vel cum Notus œthere ab alto In mare praîcipitem magnoque a turbine raptam Ire Jubet : dubiis horrescunt corda pavore Agricolis, segetes ne conterai horrida pestis, Neu vastet fructus teneros hortosque vi rentes, Moliibus aut ramis fiorentem laîdat olivam.

(Cor., II, 195.)

Je m'aide ici encore de mes souvenirs et du récit de M. Duveyrier. « Il faut avoir vu, dit-il, des invasions de sauterelles pour se faire une idée de l'étendue qu'elles embrassent et des ravages qu'elles causent. Quelquefois leurs essaims, aussi épais que des nuages, obscurcissent le soleil à plusieurs kilomètres à la ronde et font en volant un bruit sourd qui s'entend à de très grandes distances. » Bienheureux nos pauvres colons, quand le terrible nuage, chassé par un vent bienfaisant, est jeté loin du Tell sur les flots où il s'engloutit 1 Mais « malheur aux contrées sur lesquelles s'abat le fléau, car la sauterelle détruit toute la végétation et

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