‹ L'Algérie romaineChapitre 5 sur 174 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

vasion ou quelque fléau déchaîné par la colère des dieux; quelques-uns, une patrie ingrate d'où les chassent les luttes intestines. Mais tous, esprits aventureux, amoureux de voyages et de mobilité, navigateurs incomparables, matelots nés conune naissait cavalier le Numide, tous s'abandonnent sans crainte à cette mer Méditerranée, qui, pénétrant de toute part dans les replis sinueux de leurs rivages, leur est à tous familière et voisine, dont les îles les invitent et les attirent de proche en proche, et dont ils partageront l'empire avec Tyr, puis avec Garthage *. Ces enfants une fois dispersés à Milet, à Ephèse, en Crète, à Rhodes, à Syracuse, à Tarente, à Cyrène, à Marseille, la mère-patrie les perd bientôt de vue et les laisse àleur propre essor, à leur heureuse fortune ^ Tout au plus s'inquiète-t-elle encore de ceux qui grandissent en face d'elle, sur les rives de l'Ionie, et de qui lui reviennent l'épopée, la poésie lyrique, la langue naissante de l'histoire. Du moins, disséminée au fond de tous les golfes et sur toute la bordure de la mer intérieure, cette race

1. Voir toutes ces charmantes premières pages et tant de mots heureux de l'introduction qui ouvre l'ouvrage récent de M. A. Cartault : La trière athénienne, « La véritable patrie des Hellènes, c'est la Méditerranée Ils en connaissent de bonne heure les humides chemins et

la bénissent comme l'unique moyen de rapprochement entre leurs tribus éparses... Nous habitons, disait Platon, du Phase aux^Colonnes d'Hercule , une étroite bande de terre qui longe la mer, et nous sommes comme des fourmis ou des grenouilles autour d'un étang. »

2. « Ainsi que l'essaim chassé de la ruche, les colons devenaient étrangers k leur métropole ; tout au plus lui devaient-ils, dans les choses religieuses, quelques marques de déférence et de respect filial. )> (Duruy, Histoire des Romains.)

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