‹ L'Algérie romaineChapitre 52 sur 174 · Lettre 17 à Maxime · texte numérisé non relu

Lettre 17 à Maxime

liculière et d'un culte fort répandu en Thonneur des dieux et des déesses qui veillent sur la santé des mortels. A Lambèse, et non point à Lambèse seulement, nous trouvons plus d'un monument élevé par la dévotion des fidèles en l'honneur d'Esculape et de la bonne Santé * : un consul désigné, légat propréteur, se met, lui, sa femme et ses enfants, sous la protection d'Hygie. Esculape et Hygie, les divinités bienfaisantes, sont associés encore dans un autre monument de Lambèse, un petit autel placé dans le temple d'Esculape '. Mais ce n'est point là un fait local , et cette adoration craintive et intéressée n'est point particulière à l'Afrique romaine. Ce qui est caractéristique et ce qui met en toute évidence l'insuffisante salubrité et le mauvais renom de certains parages, c'est l'inscription que voici, entre autres : elle est d'Aumafe (Auzia); c'est la pierre funéraire d'une jeune femme, sévère gardienne de son honneur et de sa bonne réputation^ et qui a vécu vingt-six ans « sans avoir eu la fièvre ! » Quel privilège était-ce donc que d'échapper à cette cruelle maladie, pour qu'on mentionnât cette bonne chance sur une épitaphe ' !

n ne faut point d'ailleurs, pour le passé non plus que pour le présent, exagérer de pareils scrupules sur la salubrité de l'Afrique. Auzia elle-même, cette ville fiévreuse, nous fournirait plus d'une épitaphe rassurante ; et mainte pierre tumulaire attesterait que non seulement on vivait à Aumale. — avec la fièvre, je le veux bien, — mais qu'encore on y vivait fort vieux, et qu'on s'y prolongeait fort longtemps. Il semble que les vieillards s'accommodent assez, en effet, de ce ciel berbère indulgent et de cette atmosphère douce et clémente *.

. 4. D'après le dernier recensement, sur les 6299 habitants de Miliana, on a compté 26i sexagénaires, 80 septuagénaires, 52 octogénaires 14 nonagénaires, deux personnes de 100 ans, une de 103, une de 112 (qui vient de mourir), une de 115.

Que si Ton prend pour éléments d'une statistique approximative les épitaphes recueillies sur divers points du territoire numide, par exemple, on peut raisonnablement en conclure, et c'est là, pour l'époque romaine, un résultat satisfaisant, qu'autrefois dans la Numidie la durée de la vie moyenne était précisément ce qu'elle est aujourd'hui en France, c'est-à-dire de 42 ans environ. Les centenaires, aussi bien, ne sont pas rares, ni dans les inscriptions romaines des environs de Conslantine *, ni dans celles de la province d'Alger. Une inscription d'Aumale môme, consacrant une triple mémoire, nous montre le mari mort à 90 ans et 10 mois, et sa femme, Herennia Siddina, parvenue à l'âge merveilleux de 120 ans et quelques mois. Un autre monument mentionne une personne de la même famille, Gargilius Siddinus, qui atteint encore ce bel âge de 80 ans et 8 mois*. La longévité sans doute était dans le sang des Siddinus; mais le climat ne contrariait point apparemment ce privilège de la nature. Les exemples abonderaient ^. Or pourquoi taxerait-on d'inexactitude involontaire ou d'exagération calculée tous ces monuments funéraires ? Pourquoi y voir, subtilement, quelque coquetterie de vieillard ? Cette formule aut plus minus^ fréquemment employée dans les inscriptions tumulaires, prouve peut-être que beaucoup de Romains, prolétaires ou petits bourgeois, ne savaient pas exactement leur âge ; mais encore ils le confessaient et même ils avaient soin de mentionner cet à peu près. Et sans doute attachait-on à ces indications posthumes une certaine importance, puisque, dans une inscription de Diana, nous voyons un personnage élever, de son vivant, son tombeau et celui de sa fenrnie, et confier à son héritier le soin de noter jusqu'à quel âge se sera prolongée sa vie : hères annos annotabit *.

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