‹ L'Algérie romaineChapitre 67 sur 174 · Le capitaine Kinn · texte numérisé non relu

Le capitaine Kinn

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opinions politiques, il aurait honte de mentir ; mais, dès que ses intérêts sont en jeu, il n'a plus les mêmes scrupules. Le qbaïl est jaloux de son indépendance ; il a soif d'équité encore plus que de justice. Il n*est ni vaniteux ni arrogant, mais fier, orgueilleux, entêté et susceptible ; au moindre mot qui le blesse ou le provoque , il saute sur les premières armes venues ; pierres, bâton, couteau, pioche, hachette ou fusQ, tout lui est bon. La guerre pour lui est une affaire de devoir, de nécessité, de point d'honneur .ou de vengeance ; ce n'est jamais ni un plaisir, ni une distraction, ni même un état normal ; il ne la fait qu'après avoir prévenu son ennemi, et, dans le combat ou après la victoire, il n'a pas de cruauté inutile *. »

A côté de ce portrait-type du Berber, tel que nos officiers ou nos colons se le représentent en général et le rencontrent en Algérie, sera-t-on curieux d'avoir une image plus précise et plus vivante, une physionomie particulière? L'antiquité classique nous a laissé deux portraits de Numides, deux portraits célèbres et comme en pied, celui de Masinissa (^juas Tite-Live, celui de Jugurtha dans Salluste. Veut-on les regarder d'un peu plus près, en les animant davantage par le souvenir et la lumière des iSgures contemporaines que l'Algérie française et nos luttes à peine achevées nous ont donné lieu d'aborder et d'examiner à loisir ? Assurément nous n'allons plus retrouver le héros idéal, le chevalier parfait, sans peur et sans reproche, dont Ibn Khaldoun se plaisait à retracer les traits ; mais dans ces deux figures royales, dans ces deux types de grands chefs, comme nous dirions aujourd'hui, nous étudierons deux natures singulièrement expressives et originales, deux physionomies vraiment grandes et historiques, où les vertus natives seront sans doute troublées par l'ambition princière, par la haine de l'ennemi, par les luttes de la politique, par les terribles événements et les crises où

!. Voir, à rAppendice, la note XIV.

ont été mêlées ces deux existences ; où surnageront cependant, sinon chez Jugurtha les grandes vertus morales, au moins les plus hautes qualités de Tintelligence, les plus rares et précieux dons.

« Je n'ose pas, dit M. H. Duveyrier, en retraçant le portrait du Touareg, c'est-à-dire du Berber pur, affirmer les qualités de cœur du Touareg dans les termes qu'Ibn Khaldoun employait en parlant des Berbers, au temps de la plus grande puissance de cette race ; parce que, dans plus d'une circonstance, je les ai vus emportés, vindicatifs, indifférents aux souffrances djes autres. » Mais, ces réserves faites, — encore faut-il pourtant payer sa dette à l'humanité, — le savant voyageur affirme que les Touareg ont encore, au plus haut degré, quelques-unes des belles vertus assignées à leur race. Et, par exemple, leur bravoure est proverbiale ; leur patience, leur résignation et leur fermeté dans la misère peuvent être égalées, non surpassées ; Salluste disait d'eux patiens operum. La haine de l'oppression est encore aussi vivace chez eux qu'aux plus beaux jours de leur puissance *. — Nous trouverons chez Masinissa, à deux mille ans de date, plus d'un trait de vive ressemblance avec le moderne Touareg.

La figure du vieux roi, chez Tite-Live, est des plus nettes, des plus expressives, des plus saisissantes. Tite-Live la suit avec prédilection et la met sans cesse en lumière. À peine âgé de dix-sept ans, le fils de Gala promet déjà d'être un grand prince ; et le jeune héros, pour son coup d'essai, défait Syphax, lui tue trente mille hommes, et, d'abord soutenu des Carthaginois, puis seul, se couvre de gloire ^. Il combattait en Espagne pour le compte des Carthaginois, lorsque mourut son père,'laissant l'autorité, sinon le trône, à son frère, puis à son neveu Capusa. Des guerres de succession

1. Est-ce là Texplication, sinon la circonstance atténuante du massacre récent de la mission française que dirigeait le colonel Flatters?

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