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ie, séduite par les largesses présentes, par les promesses de avenir, les sénateurs les plus influents, les personnages les ilus considérables, sur qui naturellement devait porter le ;rand effort des envoyés numides, sont subitement pris de entiments tout autres et se trouvent remplis d'une indulgente tendresse pour ce prince africain qu'ils traitaient hier le criminel : le voici en crédit et en faveur plus que jamais ! Rome aristocratique se retourne et reconnaît qu'elle s'est trompée dans un premier moment de surprise et sur les doléances d'Adherbal. Le terrain ainsi préparé, la décision n'estplus à craindre : le sénat accorde une solennelle audience aux deux parties ; la parole est donnée d'abord à l'infortuné Adherbal.
Ici, l'aimable et excellent guide dont je parlais tout à l'heure et que je n'ai garde de quitter, me dit qu'en lisant bon nombre de passages de ce discours, la traduction arabe lui venait en quelque sorte aux lèvres. D'autres endroits, et ce ne sont pas les meilleurs, — ce sont les morceaux de rhétorique, — ne sont plus que du pur Salluste, ce qui, cette fois, est on malheur ; mais il paraît bien vraisemblable que Salluste a travaillé en cette circonstance sur un document original, sur des matériaux authentiques, sans compter d'ailleurs ses souvenirs et ses impressions personnelles de gouverneur de Numidie.
Le début, par exemple, est des plus indigènes ; il y a là des notes d'humilité tout algérienne : « Pères conscrits , mon père Mieipsa, à son lit de mort, ne m'a rien tant recommandé que de me considérer dans mon royaume comme le chargé d'affaires, comme le procurateur du peuple ro- Diain. » Ainsi, dès le premier mot, Adherbal fait acte et prête hommage de vassalité ; il jette ainsi d'abord et en avant l'argument ingénieux qui fera le fond de son discours et qui reparmtra sanç cesse. < J'étais là, dira-t-il plus tard, dans mon royaume, — je me trompe, dans le vôtre, m tmperio vestro, ne m'allendanl certes à rien moins (ju'à la violence et à la
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guerre... » Ainsi la souveraineté appartient aux Romains : le crime de Jugurtha est donc un attentat à la majesté même de l'empire. C'est par une habileté du môme genre qu'il va dire : « Vestra bénéficia mihi erepta sunt ; vos in mea injuria despecti estis, » Oublions ce style noble et laissons de côté cette pompe inévitable ; écoulons la plainte triviale de ce chef qui dit aux Français : « On m'a insulté, on m'a appelé chien; mais non pas moi seulement, vous aussi, car je ne suis que le représentant de votre autorité chez les miens et votre fondé de pouvoirs ! » N'est-ce pas là un curieux commentaire des doléances d'Adherbal ? Et dans le mot cru contemporain, ne retrouvons- nous pas la même blessure et la même habileté chez le plaignant ? C'est par là qu'Adherbal commence ; c'est par là qu'il voudra finir- « Ne souffrez pas, s'écriera-t-il suppliant, que le royaume de Numidie, pmqu'il vous appartient, périsse dans les deuils criminels et dans le sang de notre infortunée famille. » Ce n'est même plus là seulement à l'orgueil de Rome qu'il s'adresse ; c'est l'ambition du sénat qu'il tente et qu'il sollicite.
Nous avons remarqué déjà, dans les paroles de Bocchus et de Masinissa, ce curieux mélange d'humilité et d'orgueil. Nous le retrouverons chez Adherbal ; ce prince qui se déclare le sujet fidèle et soumis des Romains, qui se plaît à les appeler, s'ils veulent bien le permettre, ses alliés, ses parents même, comme le font aujourd'hui ces indigènes qui, par crainte un peu servile, ou par respectueuse reconnaissance, appellent quelque jeune officier du nom de père * ; — ce prince relève orgueilleusement la tête lorsqu'il pense à la gloire de ses pères et qu'il prononce surtout le nom vénéré de Masinissa. « En quel temps, demande- t-il au sénat avec une fierté plus généreuse peut-être qu'elle n'est habile, notre famille a-t-elle fait amitié avec votre nation? N'avons-nous pas choisi le moment où votre fortune semblait compromise?