T.-L., XXlV
2. Appendice XYII. — On sait le rôle des cavaliers numides, que
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Publius Scipion est tué dans une première bataille; vinglneuf jours après lui, son frère Cneus est massacré dans une défaite plus sanglante encore : de ce double succès de Carthage, où semblaient s*être anéanties Tannée romaine et la domination de TËspagne, Masinissa et les Numides pouvaient revendiquer une large part *.
Cependant, en Afrique, la chance a complètement tourné ; Syphax du moins l'annonce à .Rome ; ses envoyés y portent la nouvelle de ses succès contre Gala et Carthage, et ses protestations d'amitié; jamais prince n'aura été plus fidèle allié de Rome, plus irréconciliable ennemi de Carthage. Il rappelle ses précédentes négociations avec les deux Scipions d'Espagne; mais cette fois, c'est à la source même, dit-il dans une image assez poétique et méridionale, qu'il vient en quelque sorte puiser les bonnes grâces romaines. Le sénal accueille fort bien les députés numides et renvoie à son tour une ambassade et de riches présents à Syphax, une loge et une tunique de pourpre, un trône d'ivoire et une coupe d'or. — Clovis, quelques siècles plus tard, recevra des présents semblables ; et le roi franc, comme le prince numide, sera singulièrement sensible à cette auguste investiture. Efl même temps, les députés romains devaient faire, à traversa Numidie, comme une tournée diplomatique; ils iraient visiter et sonder ce que Tite-Live appelle les petits rois, les princes de l'Afrique, ce que nous appelons, nous, les grands chefs, lesquels attendent sans doute et voient venir, et sont là hésitants entre les deux grands çof qui se dessinent, non plu* celui de Syphax et celui de Gala, mais celui de Rome et celui de Carthage. Ce ne sont là, on le voit bien, rien moins
Polybe nous dépeint annés d'un bouclier en peau d'éléphant et couverts de la dépouille d'un lion ou d'une panthère (I, 15), au Tessin, où ils font plier la cavalerie romaine ; à la Trébie, où ils jettent le désordre dans les deux ailes de Tennemi; après Trasimène, où ils poasseP^ leurs reconnaissances audacieuses jusqu'à deux journées de Rome; ^ Cannes, où ils écrasent, dispersent, poursuivent et achèvent l'ennemi • 1. T.-L., XXV, 34, 35, 36.
que des rois et des princes, non plus que Syphax et que Gala eux-mêmes ; ce sont des chefs de clans et de tribus, des façons de seigneurs féodaux, des daïmios, comme au lapon, des aghas et des bachagas, dirions-nous ^ que dominent les chefs plus puissants des deux grandes confédérations de l'est et de Touest. Mais il importe de gagner toute cette menue féodalité belliqueuse, de les pressentir et de les entraîner pour l'avenir; à eux aussi Ton distribue des toges.... un peu moins riches, des coupes.... un peu moins lourdes •. Les barbares acceptent, comme Syphax; puis, l'ambassade romaine ayant à peine tourné le dos, les voici, et Syphax à leur tête, qui, sur quelque retour de fortune qui semble sourire à Garthage, font comme la fortune et reviennent à l'alliance carthaginoise '.
Tel est l'état des choses en Afrique, lorsque le jeune P. Cornélius Scipion, l'héritier, le vengeur de son père et fc son oncle , ayant battu les Carthaginois et recouvré l'Espagne romaine, avide de hauts faits et plein de no.bles espérances, porte ses regards sur l'Afrique, vers cette grande Carthage, la patrie d'Annibal, vers cette gloire suprême et immortelle d'achever le terrible duel. Or, pour celui dont l'ambition voyait là l'œuvre de sa vie et l'honneur impérissable de son nom, dont l'âme généreuse, embrassant ardemïûent un tel projet, était comme décidée à réussir et résolue à vaincre, pour ce jeune héros, si avisé, chez lequel la Intime confiance en son génie et en sa bonne étoile ne fut jamais téméraire ni démesurément présomptueuse, et qui s'aida si habilement, du jour où, revêtant la robe virile, il ^ssa d'être pour tous un adolescent, de toutes les précau-
1* Ce ne sont là que des à peu près contemporains : agha et bâcha- Sha sont des termes arabes; mais ils font partie de ce qu'on peut appe- ^ï le dictionnaire algérien ; ils font image, et l'on voit bien ici ce qu'ils renient dire et ce qu'ils représentent.