‹ L'Algérie romaineChapitre 83 sur 174 · XXVllI · texte numérisé non relu

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DE LA CONQUÊTE DE L AFRIQUE i47

utte dans le port même du roi et dans les eaux numides ; >cipion et Laelius prirent terre après lui; et tous trois se endirent auprès de Syphax.

Celui-ci ne se sentit point de joie et d'orgueil, et cela était bien naturel, en voyant ces deux représentants illustres des ieui peuples les plus puissants du monde le venir trouver à la même heure pour lui demander son alliance et son amitié. Cette situation extraordinaire l'élève lui-même et semble lui grandir le cœur ; les nobles senlimenls berbères se retrouvent là : il leur offre à tous deux rhospilalilé ; puis, s'inspirant de ce hasard qui rassemble les deux ennemis sous le même toit et au même foyer, il essaye de les aboucher et leur propose une entrevue, où peut-être ils termineront le désaccord et abjureront leurs vieilles haines. Scipion s'excusa el déclina l'offre royale et chevaleresque ; il n'avait, disait-il, aaeune inimitié privée contre Asdrubal qu'un tel entretien eût à réconcilier ; et, quant aux questions politiques, il ne se croyait pas le droit, sans l'ordre du sénat, d'en conférer avec «n ennemi national. Le roi se rabattit sur ceci qu'il voulût Men du moins prendre place au repas à côté d'Asdrubal, pour qu'il ne fût pas dit que l'un de ses hôtes parût écarté Je sa table. Scipion accepta donc, et, sur la prière de Syphax, le Romain et le Carthaginois partagèrent au banluet le môme lit. Tout cela est vraiment noble et beau ! Le îhef numide fait là fière et grande figure, et je connais peu ie scènes plus simples et plus dramatiques, plus dignes de [Corneille et de Shakespeare. Je me laisse donc aller à tra- Inire, heureux si je puis appeler l'attention sur un épisode fe curieux, qui n'est pas, ce semble, des plus connus, des ?lus quotidiens, pour ainsi dire, des plus classiques, dans le ^ exact de ce mol.

Pendant le repas, Scipion déploie évidemment toutes ses pàces, toutes ses séductions, et met quelque coquetterie à charmer, non pas seulement le roi, son hôte, naïf barbare aisément subjugué, mais surtout un ennemi que tant de

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sujets de haine doivent rendre plus récalcitrant et mettre sur la défensive. Asdrubal est pourtant séduit et s'en va sous le charme ; il se tient pour battu et cède le terrain à ce diplomate irrésistible, qui lui avait semblé, disait-il, plus admirable encore de tout près et dans la familiarité de cette entrevue que dans la lumière pourtant si brillante de ses hauts faits militaires. Il abandonna donc à Rome, au moins momentanément, Talliance de Syphax; et Scipion repartit, l'affaire faite ; Syphax et les Massaesyliens abandonnaient le çof de Garthage K

Cependant cette alliance^ jusqu'alors si indécise et si capricieuse, était d'un trop grand prix pour que Garthage y renonçât à tout jamais ; elle revint à la charge et, cette fois, eut recours à l'expédient suprême, un moyen bien carthaginois qu'elle semble avoir employé volontiers avec ces rois numides, dont elle connaissait bien l'esprit mobile, les passions ardentes, le tempérament de feu ^. Annibal, par exemple, avait marié déjà une de ses nièces à ce Mézétule que nous avons vu disputer à Masinissa l'héritage de Gala ^ Asdrubal avait une fille ; et, dans l'entrevue que nous avons racontée tout à l'heure, tout en abandonnant la partie à Soi pion, il s'était comme retranché sur le terrain des questions intimes et personnelles, et n'avait pas laissé de parler mariage à l'amoureux Numide et de faire entrevoir des projets d'alliance de famille. Lorsque Garthage vit décidément venir l'orage suprême, lorsque Scipion, à la tête de son armée de Sicile, tous ses préparatifs achevés *, eut obtenu de l'enthousiasme des commissaires romains, après une sorte d'enquête

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