‹ L'Algérie romaineChapitre 84 sur 174 · T.-L., XXIX, 22 : « res, non verba paravit · texte numérisé non relu

T.-L., XXIX, 22 : « res, non verba paravit

DE LA CONQUÊTE DE L'aFRIQUE U9

qui ne tourna qu'à sa gloire, la permission tant désirée \ les hommes d'État carthaginois, sachant bien à quel point le général romain devait compter sur la coopération de Syphax, résolurent de tenter sur le Numide un dernier effort et lui députèrent Âsdrubal. Celui-ci mena vivement les choses et pressa de son mieux le roi : « sa fille était nubile ; il convenait de hâter la conclusion de cette affaire et de fixer la date du mariage. » Lorsqu'il vit le Numide bien épris (les Numides sont les plus ardents et les plus passionnés des hommes), il fit venir sa fille de Carthage, brusqua l'hyménée et profita de ces réjouissances pour cimenter l'union privée des deux familles par l'alliance publique des deux peuples. Numides et Carthaginois se lièrent par des engagements réciproques et de solennels serments. Mais Syphax avait déjà tant prêté de ces serments éphémères qu'Asdrubal, dûment édifié sur l'inconstance et la versatilité des barbares, s'efforra d'amener son gendre à une rupture déclarée, définitive, éclatante, et qui le compromît à jamais. Il profita de toutes les tendresses, de toutes les ardeurs de la lune de miel ; il s'aida de toutes les séductions, de toutes les câlineries de l'épouse nouvelle, et cette femme était Sophonisbe I Syphax n'avait rien à refuser à cette Salammbô, à celle qu'il maudira plus tard, qu'il appellera sa perte, sa folie, sa furie, mais qui, à l'heure qu'il est, le possède tout entier, le fascine et, par je ne sais quels charmes, lui a pris toute son âme *. On obtient

Page 1