T.-L., XXIX
2. « La Sicile entière accourut à Lilybée le jour du départ (204)
400 vaisseaux de transport portaient des vivres pour 45 jours, et 30 000 soldats parmi lesquels les vétérans de Cannes; 40 galères seulement les escortaient. On ne rencontra pas un navire carthaginois, et cependant, après Zama, Carthage livre .ïOO vaisseaux de guerre! " (V. Duruy.)
DE LA CONQUÊTE DE l'aFRIQUË 151
rivages, sous Téclat du soleil levant, se déploya aux yeux de la flotte dans leur merveilleuse beauté. « Quel est ce promontoire? demanda le général en chef. — G*est le Beau promontoire. — J'accepte Taugure : qu'on aborde * ! » Comment ne pas penser, nous aussi, en nous reportant aujourd'hui à près de cinquante ans en arrière, à ce départ superbe de notre flotte, au magnifique spectacle de cette armée qui s'embarquait pour venger le drapeau, pour délivrer la mer et t nous donner une France nouvelle, à ces adieux qui la sai laaienl, à ces cris et à ces vœux émus qui retentissaient dans :. l'immense rade de Toulon, à cette arrivée de nos soldats devant la pointe de Sidi Ferruch, à ce débarquement hardi sur cette plage inconnue, où tant de dangers nous attendaient, et tant de gloire I
Aussi bien, à défaut de Syphax, Scipion pouvait espérer «ne autre et précieuse alliance ; ses précautions étaient dès i longtemps prises ; il s'était ménagé un autre çof : il comptait j sur Masinissa. C'avait été là, chez le futur Africain, une I <)iplomatie de longue date ; de bonne heure il avait pris soin r ie se préparer et de cultiver pour l'avenir une liaison polii ^ue qu'il sentait devoir être efficace. Dès sa première campagne d'Espagne, une bonne fortune s'était offerte, qu'il û'avait eu garde de perdre. Un jour, après un combat victoneux, on lui avait amené, parmi les Numides prisonniers, wi jeune homme d'une rare beauté, qu'on lui dit être de sang royal. L'enfant, doucement interrogé par lui, répondit îu'il s'appelait Massiva ; orphelin, élevé par Gala, son grandpère, son oncle Masinissa l'avait amené en Espagne avec les •contingents numides qui renforçaient l'armée carthaginoise ; Masinissa l'avait jusqu'alors éloigné des combats, à cause de son jeune âge. Mais ce jour-là, à l'insu de son oncle, il avait pris des armes et un cheval, s'était jeté dans la mêlée; puis, son cheval s'étant abattu, il avait été fait prisonnier. Scipion
^- T.-L., XXIX, 27; Appendice XIX.
lui demanda s'il serait heureux de retourner auprès de son oncle : l'enfant répondit oui, en pleurant des larmes de joie. Scipion lui fit cadeau d'une bague et d'une agrafe d'or, d'une toge à large bande de pourpre, d'un cheval harnaché, et le congédia sous une petite escorte de cavaliers.
Ce sont là de nobles et touchantes actions, et qui nous font voir, dans le grand homme, une âme généreuse et tout à fait aimable; mais comme il savait bien pourtant ce qu'il faisait*! Des procédés si délicats ne pouvaient en effet que loucher l'âme noble aussi et chevaleresque de Masinissa. Dès ce moment sans doute, il se rallia tout bas et voua à Scipion cette sorte de culte enthousiaste qui ne se démentit jamais. Dès ce moment, il fait des avances ; il se ménage bientôt une confé* rence secrète avec un lieutenant de Scipion. Silanus 2, et, à la suite de cet entretien, repasse pour quelque temps en Afrique, afin de disposer ses tribus à embrasser ses nouveaux projets. Forcé de cacher encore son jeu, il revient à Gadès, à l'armée de Magon ; mais il s'en échappe dès qu'il peut et s'abouche avec Scipion dans cette curieuse entrevue que nous avons racontée plus haut et où son premier mol est un remerciement de ce qu'on a fait pour 'son neveu '. Tite- Live se demande, à propos de ces démarches de Masinissa, quels motifs portèrent le Numide à ce changement subit d'attitude ; il ajouté d'ailleurs que l'inébranlable fidélité qu'il montra depuis aux Romains, jusqu'à son extrême vieillesse, prouve qu'en cette circonstance il avait pesé sa conduite. Je veux bien croire que la clairvoyance nette qu'il eut de ses véritables intérêts et la sagacité avec laquelle il devina les chances du çof de Rome purent décider surtout l'intelligent Berbère; mais comment ne point faire entrer aussi en ligne de compte, dans les mobiles qui le firent agir, l'admiration
sincère et la reconnaissance (jue Scipion lui avait inspi- \. T.-L., xxvu, 10.